Suivez-nous | français

Bourse Wu Jianmin

Le sport, un enjeu majeur pour la Chine

Je veux commenter  Alexandre Charpentier 2017-05-02 09:26:58    Source:Chine-info

J'ai eu l'occasion de me rendre deux fois en Chine. Ma première visite, lors d’un voyage touristique en 2010, m'a permis de découvrir une partie des lieux culturels emblématiques du pays en passant par Pékin, Shanghai et Xian. J'ai réalisé mon deuxième séjour à Shanghai dans le cadre de ma formation aux Mines de Paris en 2012. Ce voyage d’étude était consacré à l'innovation et nous avons eu la chance de rencontrer à la fois des industriels français opérant en Chine (Saint Gobain et Alstom notamment) mais aussi des universitaires et des responsables publics.

A la suite de mes études, j'ai rejoint le cabinet de conseil en stratégie Roland Berger à Paris, notamment pour sa très forte ouverture sur la Chine. Le cabinet a en effet développé une présence significative en Chine depuis son arrivée en 1983 et jusqu'à en faire le troisième pays du groupe en termes d'employés. Son développement constitue d'ailleurs un bel exemple de réussite des relations franco-chinoises : même si la plupart des consultants et associés sont chinois, de nombreux français complètent l'équipe et ont contribué au développement du bureau. Ce modèle est particulièrement valorisé par de nombreuses entreprises chinoises et internationales (les entreprises françaises avec une implantation en Chine en particulier) qui y trouvent le mélange de l'expertise d'un cabinet de conseil international associée à une compréhension fine des enjeux spécifiques au marché chinois. Cette ouverture m'a notamment permis de travailler en étroite collaboration avec notre bureau chinois dans le cadre de 3 missions pour des clients français souhaitant s'implanter en Chine.

Ces différentes expériences ont confirmé mon envie de découvrir davantage le pays et m'amènent à candidater aujourd’hui à la Bourse Wu Jianmin pour les échanges de la jeunesse franco-chinoise. L'opportunité de rencontrer à la fois les autorités, des universitaires ou encore de jeunes entrepreneurs constitue une chance unique que j'aimerais saisir.

Je suis par ailleurs passionné de sport depuis toujours, et je pratique notamment le tennis et le handball en compétition depuis plus de 15 ans. Le sport a cette capacité unique à rassembler des millions de personnes autour d'un même événement et à faire partager des émotions universelles. Je garde notamment un souvenir très fort de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin le 8 août 2008 à 20h08 en référence au chiffre 8, porte bonheur en Chine. Plus qu'un événement sportif, cette cérémonie aura permis de mettre en avant 5000 ans d'histoire de la Chine (invention de la boussole, de la poudre noire, du papier et de l'imprimerie ou encore construction de la Grande Muraille). Cet exemple prouve selon moi que le sport est souvent bien plus qu'un simple match ou une simple course tant il véhicule de nombreux enjeux économiques, de rayonnement international mais également de santé publique. En ce sens, le sport constitue aujourd'hui un enjeu majeur pour la Chine, et les relations franco-chinoises doivent aider à relever ces défis.

1. Le sport, un enjeu économique pour la Chine

Le sport est tout d'abord un enjeu économique majeur pour la Chine. En mai 2016, le gouvernement chinois a en effet révélé dans son plan quinquennal vouloir augmenter la taille du marché du sport à plus de 3 trillions de yuans (460 milliards de dollars) à fin 2020 (contre 1,36 trillions de yuans en 2014), représentant 1% du PIB. Le football, véritable passion du président chinois, occupe une place centrale dans ce plan qui donne l'objectif de devenir une « superpuissance du football d'ici à 2050 ». Cette volonté affichée s’est déjà traduite sur le championnat chinois avec des investissements conséquents sur le marché des transferts pour près de 400 millions d'euros investis au mercato hivernal 2017 pour attirer des stars internationales et relever le niveau du championnat. Les premiers effets économiques se font d'ores et déjà ressentir sur le merchandising (vente de maillots et de produits dérivés), le remplissage des stades et les droits de retransmission pour la télévision. China Media Capital a par exemple acheté les droits de retransmission du championnat chinois pour cinq ans, à raison de 183 millions d'euros par an, soit 22 fois le montant précédent.

Au-delà du football, certaines des plus grosses entreprises chinoises commencent à se positionner sur le sport. C'est le cas d'Alibaba qui a lancé en septembre 2015 une société dédiée au sport professionnel, Alibaba Sport Group. Cette filiale s'appuie sur les plateformes de vente en ligne du groupe pour se développer et proposer des activités allant de l'organisation d'événements sportifs à la billetterie, en passant par l'information sportive. Selon Daniel Zhang, directeur général du groupe, « [Alibaba Sport Group] a pour ambition de transformer l'économie du sport en Chine et d'apporter les meilleurs produits et services aux consommateurs, aux sportifs et aux fans ». Dans le même temps, Tencent investit massivement dans l'achat de droit de diffusion pour de nombreux événements sportifs. L'achat des droits de diffusion de la NBA a par exemple coûté 500 millions de dollars sur 5 ans. En août 2016, Baidu a également annoncé la création de Baidu Sport qui a vocation à investir dans des entreprises sportives.

De façon réciproque, les principales ligues sportives nord-américaines essaient de se positionner sur ce marché grandissant. La ligue de basketball a su conquérir le public chinois grâce à l'émergence d'une star chinoise, l'ancien pivot Yao Ming (2,29 mètres), qui est aujourd'hui ambassadeur de la NBA en Chine notamment à travers l'académie "NBA Yao School" à Pékin. Selon Bloomberg, la NBA tire 250 millions de dollars de chiffre d'affaires du marché chinois. Dès lors tout est fait pour séduire les consommateurs chinois : match NBA délocalisés en Chine, horaires TV adaptés, maillots spéciaux pour le nouvel an chinois. De façon comparable la ligue de baseball (MLB) mise sur l'émergence d'un jeune joueur chinois, Xu Guiyuan, qui évolue en professionnel aux Etats Unis depuis 2015, pour développer leurs revenus en Chine. Bloomberg évoque un marché potentiel de 7,4 milliards de dollars sur 10 ans en multipliant par 4 le nombre de stades en Chine et en misant sur des centres de formation. Ces actions pourraient porter à 20 millions le nombre de téléspectateurs en Chine.

La France trouve également sa place sur le marché du sport en Chine. Patrick Kanner, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports a effectué un voyage en Chine en février 2017 pour intensifier la coopération franco-chinoise dans le domaine du sport. Le ministre a notamment soutenu les entreprises françaises spécialisées dans les équipements sportifs et articles de sport présentes en Chine : « La France va une nouvelle fois mettre son expérience et son savoir-faire au service de son partenaire chinois et mon objectif est de contribuer à faire travailler ensemble des entreprises à même d’apporter des solutions sur toute la gamme de ces marchés afin de proposer une offre française intégrée ». Ce voyage a également permis de lancer le Club Sport des entreprises françaises en Chine. Ce club, le quatrième du nom après ceux du Qatar, du Japon et de la Corée, réunit une cinquantaine d’entreprises françaises présentes en Chine dans le secteur du sport. « Le Gouvernement a une politique offensive en termes de diplomatie sportive pour soutenir les entreprises du secteur et l’un des outils que nous avons développés, ce sont les clubs sport », a expliqué le ministre. Cette structure implantée à Pékin s’attachera à coordonner la présentation de l’offre française pour proposer des solutions clefs en mains aux décideurs locaux, mutualiser la veille de marché et programmer des actions de visibilité et de promotion de l’offre française, en lien avec Business France, notamment dans la perspective des Jeux Olympiques d'hiver de 2022 à Pékin pour lequel les équipementiers français (skis, dameuses, remontées mécaniques, opérateurs de stations...) ont un vrai rôle à jouer compte tenu de leur expertise.

2. Le sport, un enjeu de rayonnement international pour la Chine

Depuis le début des années 1970 et l'épisode de la "diplomatie du ping pong", le sport a joué un rôle important dans l'image véhiculée par la Chine à l'international. En 1971, l'équipe de tennis de table américaine avait été invitée par ses homologues chinois. Cette rencontre avait été le prélude à la visite du président américain Richard Nixon en 1972 en Chine qui avait considérablement contribué à rapprocher les deux pays.

Depuis, le sport est devenu un enjeu majeur pour le rayonnement de la Chine à l'international et notamment au travers la diplomatie menée par Xi Jinping. En 2012, alors vice-président, Xi Jiping a donné le coup d’envoi d’un match de football lors d'une visite au stade de Croke Park à Dublin. La même année, lors de sa visite aux Etats-Unis, il a assisté à une rencontre de NBA entre les Los Angeles Lakers et les Phoenix Suns et reçu un maillot dédicacé de la star britannique du football David Beckham. Sa passion pour le sport n'a pas disparu après son entrée en fonction en tant que président en 2013. Il a notamment assisté à la cérémonie d'ouverture des JO d'hiver à Sotchi (Russie) en 2014 et sa visite d'Etat au Royaume-Uni en 2015 s'est achevée par une visite officielle du club anglais de Manchester City.

Le rayonnement international de la Chine par le sport passe également par l'organisation d'événements sportifs majeurs. Si les Jeux Olympiques de 2008 en sont le meilleur exemple, la Chine a également accueilli les mondiaux d'athlétisme en 2015, plusieurs grands prix de formule 1, plusieurs tournois majeurs en tennis et s'apprête à organiser les mondiaux de basket en 2019 et les Jeux Olympiques d'hiver en 2022 à Pékin. A présent, l'objectif affiché du gouvernement est d'organiser la Coupe du Monde de football. Signe de la volonté chinoise, le conglomérat Wanda, spécialisé dans l’immobilier et le divertissement, est devenu l’an passé un partenaire de premier plan de la Fédération internationale de football (Fifa).

Enfin, le rayonnement international de la Chine par le sport nécessite également l'émergence de grands sportifs chinois. A ce titre, les Jeux Olympiques de Pékin ont marqué un tournant dans l'histoire sportive de la Chine qui est arrivée première nation au classement des médailles pour la première fois de son histoire. Depuis 2016, le football est devenu la priorité nationale avec la volonté affirmée de constituer une équipe de football nationale compétitive ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Comme le disait Deng Xiaoping, président de la Chine de 1978 à 1992, « l'ouverture de la Chine au football doit commencer par les enfants ». Dès lors, de nombreuses académies de football ont vu le jour dans le pays dont la plus prestigieuse, l'Evergrande Football School accueille 2.500 enfants âgés de 9 à 16 ans dans un complexe gigantesque disposant de plus de 50 terrains de football et 140 entraîneurs près de Canton.

La France a toujours été en partenaire de choix pour la Chine dans sa volonté d'étendre son rayonnement international par le sport comme l'illustre la récente prise de participation d'investisseurs chinois dans plusieurs clubs français. IDG capital a par exemple investi 100 millions d'euros dans l'Olympique Lyonnais (20% du capital du club) avec l'objectif affiché de contribuer à "accélérer les ambitions internationales" du club. Ce type de partenariats, le troisième du genre en France après les clubs de deuxième division Sochaux et Auxerre, entraîne en contrepartie la création d'académies de football en Chine avec des formations assurées par des entraîneurs français. Une entreprise détenue conjointement par l'Olympique Lyonnais (45 %) et IDG (55 %) et nommée Beijing Lyon Xingzhi Sports Culture sera notamment chargée en Chine de créer des écoles de football, avec des formations assurées par des entraîneurs de l’OL. Li Jianguang, un des dirigeants d'IDG reconnait d'ailleurs que leur but en tant qu'actionnaire d'un club français « est d’apporter en Chine toute l’expérience, les connaissances et les compétences accumulées depuis trente ans dans la formation en France ».

Au-delà du football, de nombreux entraîneurs français de renom ont fait le choix par le passé de rejoindre la Chine pour participer à la formation des meilleurs espoirs chinois dans le but d'en faire des champions olympiques potentiels. A titre d'exemple, Damien Inocencio, ancien entraîneur du recordman du monde français du saut à la perche Renaud Lavillenie a fait le choix de partir s'occuper de la formation de plusieurs jeunes perchistes chinois en 2013. Les objectifs qui lui sont donnés sont clairs : « La fédération attend des médailles, mais l’objectif, c’est les prochains Jeux Olympiques. Mon ambition est d’amener le premier Asiatique à 6m puis de laisser un héritage aux coaches locaux ». Des exemples similaires se sont également reproduits dans d'autres disciplines dans lesquels les français excellent traditionnellement : l'escrime et le vélo sur piste.

3. Le sport, un enjeu de santé publique pour la Chine

Au-delà des aspects économiques et de rayonnement à l'international, le sport revêt également des enjeux de santé importants pour la Chine. Le plan quinquennal de juin 2016 prévoit une hausse significative du nombre de personnes ayant une pratique régulière de l'exercice physique. Le président du Comité International Olympique (CIO) a d'ailleurs récemment complimenté le président chinois sur sa politique liée au développement du sport : "Il a une vision claire sur le rôle important que le sport joue dans la société et sur l'importance du sport dans l'éducation des jeunes. […] C'est pourquoi je lui ai dit que, à cet égard, il était un vrai champion olympique pour la jeunesse".

En effet, au-delà des académies destinées à déceler les futurs grands joueurs chinois, de nombreux investissements ont été consentis par les autorités chinoises sur les dernières années pour augmenter l'accès au sport pour tous : construction de 15 000 installations sportives, création de 500 centres de fitness publics, formation d'entraîneurs pour les écoles ou encore obligation de pratiquer le football à l'école.

Ces sujets sont d'autant plus importants que les dernières études sur l'obésité en Chine font clairement apparaître une détérioration de la situation. En effet, selon le National Health and Family Planning Commission, en 10 ans, la Chine a vu son obésité adulte augmenter de 67% et l'obésité infantile tripler. Cette progression est plus élevée que dans les autres pays développés auxquels la Chine se compare. En 2008, les Jeux olympiques à Pékin avaient conduit à un regain d'intérêt passager pour la pratique du sport – et à la proclamation d'une Journée nationale de la santé physique. De manière générale, les activités sportives et de loisirs sont en plein essor dans les villes les plus riches, mais ne suffisent pas à compenser des modes de vie nettement plus motorisés qu'il y a vingt ans.

La France a récemment étendu sa collaboration avec la Chine sur les sujets de santé publique par la pratique du sport. Dans le cadre du programme "Foot à l'école", la fédération française de football (FFF) vient par exemple d’ouvrir un bureau à Pékin début 2017 pour former des entraîneurs et éducateurs chinois. Ces éducateurs auront pour mission de sensibiliser les enfants à la pratique régulière d’une activité physique et de faire découvrir le football au plus grand nombre comme le témoigne le directeur adjoint de la FFF : « Ils veulent repenser leur système de pratique et d'enseignement. Or le savoir-faire français en matière de formation est reconnu et transposable. Après être allée là-bas cet hiver présenter notamment notre programme 'Foot à l'école', nous accueillerons une délégation chinoise en juin à Clairefontaine ». De la même manière, l'école nationale des sports de montagne (ENSM) vient de signer un contrat de partenariat avec l'université de Pékin pour former des moniteurs de ski, tout comme la filière hippique française et l'université du commerce de Wuhan viennent de signer un accord sur des actions de découverte des activités hippiques en Chine.

Une proposition pour l'avenir

Ces différents exemples illustrent l'importance considérable prise par le sport lors des dernières années en Chine. Le gouvernement a fixé des objectifs ambitieux et les premiers résultats visibles à travers le football laissent à penser qu'ils pourront être atteints. La France, forte d'une riche tradition sportive a su se positionner comme un partenaire de choix pour la Chine.

En s’inspirant des nombreux modèles de partenariats dans le sport évoqués, il pourrait être intéressant d'envisager à l'avenir une nouvelle forme de collaboration franco-chinoise sur le sport et le football en particulier. En effet, si de nombreuses académies de football apparaissent en Chine, notamment avec l'aide de la France, le développement d'académies pour joueurs de football chinois en France pourrait également être intéressant. Ce modèle fournirait en effet une réponse aux grands enjeux auxquels fait face la Chine sur le sport, tout en offrant une solution intéressante pour la France.

De manière concrète, pour un club français, ouvrir une académie pour joueur chinois en France permettrait tout d'abord de capter une part de l'enjeu économique du sport en Chine. Sur le modèle de Yao Ming en NBA ou Xu Guiyuan en MLB, la présence de joueurs chinois attirerait les téléspectateurs chinois et permettrait de valoriser les droits télévisuels du championnat de France de football en Chine mais également d'augmenter ses revenus de merchandising.

Ce modèle permettrait également de garantir la qualité de la formation prodiguée aux jeunes joueurs chinois en s'appuyant sur les infrastructures existantes et l'encadrement du club français. Cela répondrait donc également aux attentes de rayonnement de la Chine avec de jeunes joueurs formés dans les meilleures conditions et pouvant à terme intégrer la sélection nationale chinoise pour les meilleurs d'entre eux. Toutefois, contrairement au modèle actuel des académies se développant en Chine, le joueur jouerait en France, dans un club français ce qui lui permettrait de se confronter à un championnat plus élevé et de participer aux coupes d'Europe, référence absolue dans le football. Sur le modèle des meilleurs talents sud-américains venant se confronter très tôt au plus haut niveau européen, ces académies en France permettraient une progression plus rapide que celle permise par le championnat chinois. Par ailleurs, la possibilité de venir étudier en Europe constituerait une ouverture culturelle forte pour ces joueurs chinois et cette exposition à l'international ne pourrait être que bénéfique pour la suite de leur parcours.

+plus Rendez-vous

chine-info.com

J’aime

Suivez nous sur Facebook chine-info.com

Suivez nous sur Twitter

@chine-info.com

suivre @chine-info.com

chine-info.com

Suivez-nous sur Instagram : chineinfophotos