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L'Expo 2019 Beijing promeut le développement durable

2019-07-01 La Chine au présent VERENA MENZEL

Conçu autour du concept « Semons le futur », le pavillon allemand a pour objectif de présenter la contribution de l’horticulture moderne et des technologies avancées au développement durable des villes, tout en démontrant l’importance de l’horticulture dans la vie moderne à travers les matières premières et produits renouvelables.

Développement économique fulgurant, mondialisation des activités commerciales et urbanisation rapide d’une part ; protection de l’environnement et du climat, développement durable, création et préservation d’un environnement de vie vert de l’autre ; voici une contradiction qui donne du grain à moudre aux écrivains de notre temps, aux médias et à l’opinion publique.

Pourtant, la nécessité du progrès social et économique et le développement vert ne sont pas nécessairement deux tendances incompatibles. Au contraire, elles se nourrissent mutuellement car en réalité la recherche de durabilité et la protection de l’environnement renferment beaucoup d’opportunités commerciales et un fort potentiel de développement économique, en particulier lorsqu’elles sont soutenues par des mesures politiques favorables. L’Exposition internationale horticole qui se tient à Beijing (Expo 2019 Beijing) jusqu’au 7 octobre sur le thème « Vivre vert, vivre mieux » donne un exemple parlant. Sur une surface d’exposition de plus de 500 ha, 110 pays et organisations internationales sont venus échanger leurs idées et leurs visions d’un mode de vie urbain vert.

Le rêve d’un paysagiste néerlandais

Le Néerlandais Bert Dautzenberg gagne aujourd’hui sa vie grâce à une entreprise dans le secteur du développement durable qu’il a montée en Chine. Installé dans ce pays depuis déjà 10 ans, ce paysagiste a développé un système de toits et de revêtements écologiques basé sur le principe des « villes éponges » qui a été breveté. Ces réservoirs d’eau suspendus qui font penser à un tapis végétal, absorbent l’eau comme une éponge, apportant des solutions à certains problèmes que connaissent les grandes villes, notamment la pénurie d’eau, la pollution de l’air ou encore la forte demande énergétique induite par les besoins en climatisation des bâtiments. Autant de défis que la ville hôte de l’Expo 2019 Beijing doit elle aussi relever. Ce n’est donc pas un hasard si les solutions très simples mais efficaces imaginées par Dautzenberg pour une meilleure utilisation des eaux de pluie ont un espace d’exposition à part entière au sein du jardin hollandais.

La Hollande est un poids lourd dans le secteur de l’horticulture, principalement en matière de commerce international de fleurs coupées, elle est donc naturellement représentée à l’Expo 2019 Beijing où elle a son propre pavillon. En 2018, le pays a exporté à l’international l’équivalent de 3,7 milliards d’euros de fleurs coupées, et contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas seulement de tulipes.

« En Chine, nous nous focalisons sur le secteur de la culture sous serre, avec un accent particulier sur l’application des nouvelles technologies à l’horticulture », explique Wouter Verhey, conseiller agricole à l’ambassade des Pays-Bas à Beijing. « Nous dirigeons ici en Chine toutes sortes de grands projets modernes nécessitant de forts investissements et basés sur des technologies de pointe. »

« Ce qui fait la particularité du marché chinois, selon Verhey, c’est sa dynamique et le fait que les Chinois soient très enthousiastes et réceptifs aux nouvelles technologies. Ici, les gens sont extrêmement avides d’apprendre, et cela se traduit par un développement très rapide du secteur horticole en Chine », explique l’expert agricole et horticole.

Dautzenberg a été témoin des progrès réalisés par la Chine dans le secteur cette année. « Autrefois, cela se limitait souvent à reverdir les villes le plus rapidement possible. L’aspect visuel était souvent secondaire. Désormais, on constate une véritable évolution vers la qualité », ajoute-t-il. Le gouvernement a également joué un rôle en faveur du développement durable. « Le président chinois Xi Jinping a toujours réaffirmé l’importance de l’écologie. Je pense que sous son gouvernement, il y a des chances pour que les choses bougent en matière de développement vert », affirme Dautzenberg.

Pour le Néerlandais, le développement durable des villes n’est pas seulement une passion mais aussi un secteur qui offre de belles perspectives professionnelles. Il a fondé en Chine sa propre entreprise de réservoirs d’eau, Hanging Water Tank, et a déjà testé avec succès ses revêtements écologiques dans des projets pilotes menés dans des métropoles chinoises aux climats différents comme Dalian, Shenzhen et Beijing. Il espère maintenant que cela pourra être reproduit à grande échelle. Pour lui, l’Expo 2019 Beijing est une opportunité pour faire prendre conscience aux gens de l’importance de l’écologie dans les villes.

Le pavillon allemand expose des objets fabriqués à partir de matières naturelles ou biodégradables, par exemple ces bottes confectionnées à partir de maïs.

La coopération sino-allemande

À seulement quelques pas du jardin hollandais se trouve le pavillon allemand.

On le repère de loin en raison de sa structure en bois qui attire les regards. En se rapprochant, on se rend compte non seulement que les barres en bois verticales qui composent la façade extérieure sont garnies de pots contenant des plantes ornementales, des fruits ou encore des légumes, mais aussi que certaines parties de la façade extérieure tournent et peuvent changer de position. Hans-Joachim Fuchtel, secrétaire d’État parlementaire du ministère fédéral de l’Alimentation et de l’Agriculture et membre du Bundestag nous explique qu’il s’agit d’un système de balcon intelligent informatisé. Ce dernier est venu à Beijing tout spécialement pour l’Expo 2019 Beijing.

« À long terme, la culture de fruits et légumes ne pourra se limiter aux surfaces plates. L’agriculture urbaine est donc une des pistes que nous voulons mettre en valeur pendant cette exposition », explique Fuchtel. Ces balcons intelligents développés par des ingénieurs allemands permettent de cultiver des fruits et légumes sur les murs des bâtiments. « Nous voulons présenter ici à Beijing des idées de construction alternatives particulièrement pertinentes pour un pays comme la Chine où l’espace urbain comprend majoritairement des constructions en hauteur. »

Outre les balcons intelligents, le pavillon allemand présente une ribambelle d’inventions en lien avec le développement durable, toutes plus étonnantes les unes que les autres. À l’intérieur, on peut découvrir une panoplie d’objets du quotidien imaginés par des créateurs allemands sensés apporter un peu de durabilité dans votre panier. On trouve par exemple des bottes en caoutchouc garanties imperméables fabriquées avec du maïs, des chaussures très tendances, au style naturel, fabriquées à partir de champignons, et pour les hipsters, des baskets au café qui, en plus d’être stylées, dégagent un arôme de café. Ces chaussures bio sont fabriquées à Garching, près de Munich, par la petite entreprise créative K&T GmbH.

Pas assez délirant ? Que pensez-vous des pneus en caoutchouc fabriqués avec du pissenlit par l’entreprise Continental Reifen Deutschland GmbH à Hanovre, des pots de fleur et des tasses à café biodégradables fabriqués avec des coques de graines de tournesol par l’entreprise Golden Compound à Ladbergen en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, ou encore des étuis à lunettes vitaminés fabriqués avec de la peau d’orange par la créatrice de Düsseldorf Elise Esser ?

Certes, le jour où ces produits inonderont le marché est encore loin, mais les exposants allemands ont le mérite de montrer tout ce que l’on peut créer lorsqu’on a le courage de faire marcher son imagination.

Dans le domaine de l’agriculture, de nombreux produits « Made in Germany » fournissent déjà aux gens des solutions pour mener une vie plus respectueuse de l’environnement. Or en Chine, le secteur de l’agriculture est un secteur économique particulièrement important puisque le pays doit nourrir une population de 1,3 milliard d’habitants.

D’après les informations collectées dans le pavillon allemand, en Allemagne, un agriculteur sur dix utilise déjà un drone pour optimiser ses rendements agricoles. Outre le fait que ce soit une solution pour protéger les animaux du fauchage, l’analyse des images enregistrées par des drones fournit des informations précieuses sur les besoins en fertilisation ou en irrigation des terres ainsi que sur la période de récoltes. Les drones modernes rendent donc déjà possible la pratique d’une agriculture plus durable, basée sur une moindre utilisation des engrais, donc plus respectueuse des animaux et des plantes. En matière d’innovation technique appliquée à l’agriculture, il existe pour la Chine et l’Allemagne un riche potentiel de coopération industrielle.

« La Chine est aussi très avancée en ce qui concerne le développement des drones. Dans ce domaine, il existe déjà d’étroites coopérations entre nos deux pays qui reposent largement sur la réciprocité », indique Fuchtel.

Pour Fuchtel, l’Expo 2019 Beijing est une importante plate-forme d’échanges d’idées. « Nous voulons entre autre mettre l’accent sur le fait que les technologies de l’information peuvent et doivent aussi servir les objectifs du développement durable. Une exposition comme celle qui se tient ici à Beijing contribue de toute évidence à faire naître de nouvelles idées », affirme l’homme politique.

Mais l’exposition est également un événement très important pour les entrepreneurs allemands. « Le secteur agricole allemand destine actuellement un tiers de ses produits à l’exportation. Et la Chine est une destination essentielle, en particulier en ce qui concerne l’exportation de viande. Et c’est là que l’offre allemande et la demande chinoise sont complémentaires. »

D’une manière générale, le député se montre très optimiste quant au futur de la coopération verte entre l’Allemagne et la Chine. « Je me réjouis que Xi Jinping ait mis l’accent sur le développement durable dans son récent discours lors du Forum de ‘‘la Ceinture et la Route’’ pour la coopération internationale. Cela va dans le sens de l’Agenda 2030 pour le développement durable de l’ONU. Je ne peux que l’approuver car pour parvenir à relever les défis auxquels nous devons faire face et apporter plus de durabilité dans nos modes de vie, il est nécessaire de renforcer la sensibilisation », déclare-t-il. « Le monde entier est ici à Beijing pour cette exposition, toutes les conditions sont donc réunies pour nourrir le dialogue sur les questions du développement durable. »

Le pavillon des Pays-Bas à l’Expo 2019 Beijing

Les effets bénéfiques des plantes sur la santé

Au pavillon britannique qui se trouve à quelques minutes au nord du pavillon allemand, l’exposition est également considérée comme une belle opportunité de renforcer les échanges mutuels.

Sara Everett, commissaire générale du Département du commerce international britannique et chef de projet de la participation du Royaume-Uni à l’Expo 2019 Beijing, explique : « Nous voulons que cette exposition serve de plate-forme favorisant le contact entre les experts britanniques et chinois et qu’elle nous permette de montrer à nos partenaires chinois ce que nous faisons en Grande-Bretagne et vice-versa, cela dans le but de renforcer nos relations. Ainsi, dans les prochains mois nous allons organiser au sein du pavillon britannique toute une série d’événements sur le thème du développement urbain vert qui est d’ailleurs le thème de l’exposition cette année. »

Pour la conception du jardin du pavillon britannique, Everett explique qu’elle a choisi de mélanger des plantes très variées. Des roses, de la lavande, du jasmin et toutes sortes d’herbes – les parterres rassemblent les plantes les plus différentes qui soient et le bénéfice pour les citadins est double.

« D’un côté, nous voulons montrer aux gens comment ils peuvent faire pousser eux-mêmes les plantes qu’ils voient dans le jardin de l’exposition, par exemple sur les espaces en friche de leur propre communauté. D’un autre côté, nous voulons leur montrer qu’en utilisant ces plantes dans l’alimentation ou la préparation de produits naturels, ils profiteront de leurs bienfaits et mèneront une vie plus saine », explique-t-elle.

Ainsi, la commissaire britannique insiste sur le fait que les plantes ne représentent pas seulement une valeur marchande tangible ou la matière première de produits verts mais qu’elles véhiculent aussi un idéal pour la cohabitation humaine. Les vertus de ces plantes peuvent être particulièrement bénéfiques aux citadins stressés. « Un jardin bien entretenu contribue à la santé physique et mentale de l’être humain – les effets bénéfiques sur la santé que l’on attribue au jardin, par exemple à l’extérieur d’un cadre hospitalier, a déjà été démontré dans diverses études médicales et scientifiques », poursuit Everett.

Et justement, en ce qui concerne les effets bénéfiques des plantes sur la santé, la spécialiste en horticulture entrevoit un large potentiel pour la coopération bilatérale, non seulement sur le plan scientifique mais aussi sur le plan économique. Cela vaut par exemple pour la médecine traditionnelle chinoise. « Le recours à des remèdes naturels pour soigner les maladies est de plus en plus à la mode en Grande-Bretagne. Nous avons une forte demande et la Chine a beaucoup à nous apprendre dans ce domaine », affirme-t-elle.

Vers une coopération fructueuse

Wouter Verhey, Hans-Joachim Fuchtel, Sara Everett, tous confirment que les liens avec la Chine en matière d’horticulture ne cessent de se resserrer, tant sur le plan scientifique que sur le plan économique.

Mais pour Bert Dautzenberg, paysagiste et créateur d’entreprises habitué des échanges interculturels, le secret d’une coopération fructueuse tient dans l’établissement de relations amicales fortes et d’une confiance réciproque. C’est ce mélange qui constitue le terrain favorable pour avancer ensemble et trouver des réponses aux grandes questions de notre époque sur le développement durable, qui, en fin de compte, concernent tous les pays du monde.

« L’expérience que j’ai acquise au cours de toutes ces années m’a appris une chose : là où il y a du contact humain et de l’amitié, les choses avancent. Et pour obtenir quelque chose, il faut constamment donner », confie le Néerlandais.

Et parfois, on réalise en y regardant de plus près que des pays aussi éloignés que la Chine et la Hollande sont à bien des égards plus proches qu’on ne pourrait le penser. « La surface agricole disponible par habitant est presque la même aux Pays-Bas qu’en Chine », déclare Wouter Verhey. « Et pour ce qui est du rendement par habitant, nous devons gérer la même pression que la Chine dans les régions agricoles et nous sommes donc confrontés aux mêmes problèmes. »

Sara Everett confirme elle aussi que l’exposition est une plate-forme de rencontre : « Ce qui est formidable avec cette exposition horticole, c’est que nous sommes tous là physiquement. Nous pouvons nous rencontrer, discuter et nous présenter nos produits les uns aux autres. » Reste donc à savoir quels semences germeront de ce dialogue en direct de Beijing et quels fruits de coopération pousseront avant la fin de cette exposition.

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