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Sortir de la pauvreté n’est que le premier pas

2019-07-10 La Chine au présent MA LI

Village de Bapo, dans le canton de Dulongjiang (PHOTO : ZHANG JUN)

Fin 2018, l’ethnie derung, composée d’environ 4 100 habitants vivant dans le district de Gongshan (département autonome lisu de Nujiang), est sortie une bonne fois pour toutes de la pauvreté. Peu de temps après cette victoire, les Derung ont écrit une lettre au secrétaire général Xi Jinping pour lui faire part de la bonne nouvelle.

Le 10 avril 2019, Xi Jinping leur a répondu qu’il se réjouissait de cette annonce, en ajoutant que sortir de la pauvreté n’était qu’un premier pas et que les beaux jours étaient encore à venir. Il les a aussi encouragés à conjuguer leurs efforts sans répit afin d’accéder à une vie plus heureuse.

« Nous avons réussi à éliminer la pauvreté pour toute l’ethnie. Néanmoins, nous devons continuer à œuvrer ensemble pour mieux construire notre région natale. Les beaux jours sont encore à venir », a déclaré Gao Derong, ancien chef de district.

Faire tout son possible pour aider les démunis

Les Derung, l’une des 55 ethnies minoritaires chinoises, se concentrent principalement dans le canton de Dulongjiang. En raison des hautes montagnes et des vallées profondes, les conditions naturelles y sont rigoureuses, à tel point que cette région est devenue l’une des plus pauvres de la Chine.

Mais dans le même temps, avec ses précipitations abondantes tout au long de l’année, son sol fertile et son ensoleillement idéal, Dulongjiang offre un environnement écologique unique pour la culture d’une plante, la cardamome tsao-ko. Ses fruits séchés, à la saveur particulièrement épicée, sont utilisés comme assaisonnement dans la cuisine chinoise et comme herbes thérapeutiques dans la médecine traditionnelle chinoise. « Ces dernières années, la demande intérieure pour cette plante n’a fait qu’augmenter, entraînant directement l’expansion de la zone de plantation », a expliqué Zhang Jun, directeur adjoint exécutif au service de la communication du Comité du Parti pour le district de Gongshan. D’après lui, 68 000 mu (un mu = 1/15 ha) de cardamome tsao-ko ont été plantés à Dulongjiang. Il s’agit désormais d’une industrie écologique hautement profitable pour ce canton.

À Dulongjiang, toutes les familles plantent de la cardamome tsao-ko depuis bien longtemps. Ainsi la culture de cette variété est-elle devenue une industrie locale source d’enrichissement pour la population. Pour preuve : en 2018, les recettes obtenues rien qu’à travers l’exploitation de la cardamome tsao-ko ont atteint 7,43 millions de yuans.

Cette source de richesses, les foyers la doivent à Gao Derong, qui depuis une décennie s’attache à transmettre sans relâche les techniques de plantation. « Au début, les habitants n’étaient guère enthousiastes à l’idée de cultiver cette herbe, principalement parce qu’ils ne voyaient pas les avantages économiques qu’ils pourraient en tirer à court terme », a évoqué Kong Yucai, chef du canton de Dulongjiang. Afin d’encourager la plantation, Gao Derong a payé de sa poche l’aménagement d’un champ expérimental pour permettre aux villageois de se former gratuitement aux pratiques agricoles, avant de les inviter à participer à la gestion de cette parcelle. Au bout de trois ans, les plants ont donné des fruits. De nouveau, il a fait appel aux villageois pour la cueillette. Rapidement, cinq des six villages du canton se sont mis à cultiver cette herbe. Dans le même temps, le gros des travaux entrepris pour créer une usine de transformation de cardamome tsao-ko à Dulongjiang a été achevé. Bien qu’il soit à la retraite depuis plusieurs années, sa préoccupation majeure demeure l’éradication de la pauvreté et l’enrichissement des habitants.

« L’environnement encore intact de la rivière Dulong représente une énorme richesse que nous ont léguée nos ancêtres. Nous devons la préserver autant que possible avant de pouvoir l’exploiter. » Pour Gao Derong, l’essor futur de Dulongjiang repose sur le développement simultané de l’économie forestière écologique et du tourisme rural. Même si, pour l’heure, les infrastructures demeurent insuffisantes, la capacité d’accueil des voyageurs reste limitée et le sens du service doit encore être développé, il assure que « le tourisme rural constitue une voie de développement durable pour le canton ».

De nos jours, l’économie forestière de Dulongjiang commence à prendre racine. Selon Kong Yucai, fin 2018, le canton avait planté 68 000 mu de cardamome tsao-ko. Qui plus est, les denrées alimentaires provenant des abeilles, bœufs et poulets de Dulongjiang ont toutes rejoint le catalogue des produits du terroir accessible en ligne.

Gao Derong présente la base de formation agricole qu’il a établie. (PHOTO : MA LI)

Une nouvelle maison pour une nouvelle vie plus heureuse

Tang Xiaocong, un jeune Derung âgé de 28 ans, a ouvert avec sa femme un restaurant dans le village de Maku, relevant de Dulongjiang. Celui-ci leur rapporte un revenu moyen de 5 000 à 6 000 yuans par mois.

Quand il était petit, Tang Xiaocong habitait avec sa famille dans une maison au beau milieu des montagnes : l’été, la pluie s’infiltrait par le toit ; l’hiver, le froid pénétrait de tous les côtés. En ce temps-là, pour se rendre à son collège situé au chef-lieu du district, il lui fallait marcher trois ou quatre jours. En hiver, comme tous les accès étaient bloqués par la neige, il n’avait d’autre choix que de continuer à loger à l’école pendant les vacances. Mais aujourd’hui, nous a-t-il confié, non seulement le canton est mieux desservi en routes et tunnels, mais en plus, les villageois sont reliés au monde extérieur via Internet. Grâce à l’e-commerce, il est possible de faire venir des marchandises de l’extérieur, comme il est possible de distribuer les produits agricoles des villageois à l’extérieur. Selon Tang Xiaocong, le développement et les mutations qu’a connus le canton de Dulongjiang ces dernières années ont rehaussé l’enthousiasme de la population.

Tang Xiaocong se souvient encore, lorsqu’il était enfant, que sa famille cherchait souvent un endroit où défricher les terres, puis elle s’y installait quelques années seulement, menant ainsi une vie extrêmement instable. Le quatrième et dernier déménagement que Tang Xiaocong a vécu s’est déroulé en 2014, quand sa famille s’est établie dans le village de Maku. Contrairement aux déménagements précédents, ils ont emménagé cette année-là dans une maison en briques, recouverte de tuiles et de lanières de bambou. C’était une demeure avec trois chambres, un salon et une cuisine spacieuse. « Tous les frais ont été payés par le gouvernement. Je n’ai pas déboursé un sou ! » Comme nous l’a révélé Tang Xiaocong, ses parents n’avaient jamais espéré vivre un jour dans une aussi belle maison.

Selon Zhang Jun, depuis 2010, la province du Yunnan a mis en place une initiative solidaire visant à favoriser le développement de tout le canton de Dulongjiang et de toute l’ethnie derung, ce qui a permis au canton de faire peau neuve. En 2014, 26 sites de réinstallation, abritant 1 068 habitations, ont été construits le long des deux rives de la rivière Dulong. Résultat : les Derung aux quatre coins du canton ont été relogés dans ces nouveaux villages aux maisons flambant neuves. Ainsi, le problème du logement a pu être résolu pour les habitants ruraux du canton. Tang Xiaocong et ses parents figurent parmi les bénéficiaires de cette initiative.

Tang Xiaocong est aujourd’hui papa d’une charmante petite fille. « Quand elle sera grande, j’espère qu’elle parviendra à entrer dans une bonne université, puis qu’elle reviendra sur sa terre natale pour construire le foyer des Derung. »

L’espoir de ceux qui restent

À 5 h du matin, alors que tout le canton est encore plongé dans le sommeil, les lumières de la gargote Lijiang, au bord de la rivière, sont allumées. Tang Jiajia, 28 ans, et son mari Zhu Guangyue, 34 ans, ont déjà commencé à préparer le petit-déjeuner pour leurs clients. « Je me lève tous les jours à 5 h. C’est une habitude que j’ai prise dès mon arrivée à Dulongjiang, il y a plus de 10 ans », a confié Tang Jiajia avec son franc-parler.

En 2008, Tang Jiajia, 17 ans, est partie de Lijiang pour venir vivre à Dulongjiang avec des membres de sa famille. « Les Derung n’ont pas trop la fibre commerciale. Ici, les gens qui exercent en tant que commerçants viennent pour la plupart de Lijiang. Il faut savoir que, dans toutes les boutiques à Dulongjiang, les produits sont vendus hors taxes et le loyer d’un local commercial n’est pas cher. Il y a donc moyen de faire des affaires sans trop de pression. » Mais si elle a fait le choix de rester ici, c’est avant tout parce qu’elle trouve les habitants locaux généreux et accueillants.

Ici, Tang Jiajia a commencé par tenir avec sa mère un stand de restauration de rue. Actuellement, elle gère une boutique en dur, bien tenue. Au fil de son expérience, ces dernières années, elle a vivement ressenti l’amélioration constante des infrastructures et de l’environnement des affaires à Dulongjiang. « Quand j’ai débuté dans la vente il y a dix ans, très souvent, je n’arrivais pas à écouler tout mon stock. Alors j’allais de village en village au guidon de mon tricycle pour vendre mes collations. C’est totalement différent maintenant. » Tous les matins, les gens affluent vers sa gargote, qui propose un grand choix de nourriture pour le petit-déjeuner.

En 2016, Tang Jiajia a rencontré Zhu Guangyue et depuis leur mariage, ils gèrent ensemble la gargote Lijiang, dont les affaires marchent bien. « Nous gagnons assez d’argent pour vivre décemment et récemment, de notre amour est né notre bébé si mignon. C’est peut-être cela que les gens ordinaires appellent le bonheur », a exprimé Zhu Guangyue, qui voit déjà Dulongjiang comme son deuxième foyer. « Si vous nous demandez combien de temps nous comptons encore travailler ici, je dirais que dix ans, c’est trop court ; 20 ans, ce n’est toujours pas assez », ont conclu Tang Jiajia et Zhu Guangyue, qui coulent ici des jours heureux.

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