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L’agriculture chinoise depuis 70 ans : forte croissance et innovation

2019-10-22 La Chine au présent DU ZHIXIONG et XIAO WEIDONG

Au début du printemps 1979, des agriculteurs épandent du fumier sur leurs champs de blé contractés.

Ce mois d’octobre marque le 70e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine (RPC). Ces dernières années, le secteur agricole, à l’instar de nombreux autres secteurs, a réalisé des progrès remarquables, malgré quelques revers. Grâce à cela, le pays a pu, avec des ressources limitées, subvenir aux besoins de son immense population.

L’évolution du système de fonctionnement

La réforme agraire lancée suite à la fondation de la RPC a conduit à la mise en place d’un système de base. La réforme a d’abord établi l’égalité des droits de propriété, ce qui a abouti à la création d’un système de propriété privée et d’exploitation des terres. Par la suite, entre 1953 et 1956, la coopération agricole a été encouragée afin d’établir un système d’assistance mutuelle et de gestion collective des terres, toujours sur la base de la propriété privée des terres. Puis de 1957 à 1978, le gouvernement a mis en place le système des communes populaires qui consistait en une collectivisation des terres. Les paysans étaient rémunérés selon un système de points de travail.

Après le lancement de la réforme et l’ouverture en 1978, le système des communes populaires a été remplacé par le système d’exploitation agricole rurale basé sur la prise en charge forfaitaire par les familles et alliant les initiatives collectives et individuelles. Le système de responsabilité forfaitaire des ménages a fortement ravivé l’enthousiasme des paysans et a considérablement amélioré les rendements de la production agricole. Des études ont montré que la mise en place de ce système a contribué à hauteur de 50 % à la croissance agricole et à hauteur de 35 % à la croissance agricole céréalière dans les années qui ont suivi le lancement de la réforme et l’ouverture.

Dans les années 1990, le système de responsabilité forfaitaire des ménages a été renforcé et amélioré, stimulant davantage l’agriculture chinoise.

Dans les années 2010, les autorités centrales de Chine ont décidé de clarifier la distinction entre le droit de propriété, le droit de prise en charge forfaitaire et le droit d’exploitation de terres agricoles. C’est une réforme qui apportait une réponse au désir des paysans de conserver leur droit de propriété tout en transférant le droit de gestion de leurs terres afin de pouvoir aller travailler en ville. Cette réforme est conforme à la loi qui veut que le système de production s’adapte au développement des forces productives et atteste de la vitalité du système de base régissant l’agriculture chinoise.

Le XIXe Congrès du Parti communiste chinois (PCC) qui s’est tenu en octobre 2017 a affirmé : « Le droit forfaitaire devant être stabilisé et maintenu à long terme, les contrats signés pour la deuxième tranche de 30 ans et arrivés à échéance seront renouvelés. » Pour favoriser la revitalisation des campagnes de Chine, ce système de propriété collective et de contrats de gestion des terres agricoles sera encore maintenu pendant un certain temps.

Ces dernières années, sur la base du système de responsabilité forfaitaire des ménages, les réformes agraires ont été approfondies et réadaptées à l’évolution de la situation dans les zones rurales. Ainsi, de plus en plus d’agriculteurs partent travailler en ville ou se réorientent vers d’autres secteurs ; les terres sous contrat changent de main plus souvent ; de plus en plus d’exploitations agricoles intensives se spécialisent ; leur organisation s’améliore et elles développent leur secteur commercial ; de nouveaux types d’entités de production agricole ou de services agricoles voient le jour, notamment de grandes exploitations familiales, des fermes familiales, des coopératives, de grandes entreprises agricoles et des entreprises de services dédiés au secteur agricole ; de nouveaux modes d’exploitation agricole apparaissent.

Les grandes exploitations familiales et les fermes familiales constituent la force principale de production dans le secteur céréalier et dans d’autres secteurs-clés. Ainsi, l’exploitation familiale des terres agricoles est fondamentale pour la production agricole chinoise. Les coopératives agricoles jouent quant à elles un rôle important dans la constitution et l’organisation d’un réseau d’agriculteurs et apportent une aide précieuse aux petits exploitants. Les grandes entreprises agricoles orientent la production haut de gamme. Et les entreprises de services apportent une assistance à l’ensemble de ces acteurs.

Pour résumer, au moment de la fondation de la RPC, le secteur agricole en Chine était majoritairement dominé par les collectivités. Dans les années qui ont suivi le lancement de la réforme et l’ouverture, les exploitations familiales sont devenues majoritaires, pour finalement laisser place à une grande diversité d’acteurs qui collaborent et se partagent les tâches. Au final, un système agricole moderne multi-dimensionnel et composite a vu le jour. Il repose sur les exploitations familiales qui sont elles-mêmes liées par des coopérations et des associations et soutenues par des entreprises de services.

Le 18 septembre 2019, dans le village de Yangzhuang, district de Tancheng, province du Shandong, un agriculteur fait sécher le maïs.

De nouvelles industries, de nouvelles formes d’activités et de nouveaux moteurs de croissance

Avant la réforme et l’ouverture, le gouvernement fixait les prix des produits agricoles et gardait le monopole sur l’approvisionnement des agriculteurs et les ventes. L’excédent du secteur agricole était redirigé vers le secteur industriel pour accélérer le développement de ce dernier. Le secteur agricole recevait peu de subventions de l’État. Entre 1952 et 1978, l’État a alloué au secteur agricole un budget total de 157,7 milliards de yuans, soit un budget annuel de 5,4 milliards de yuans. Pendant la même période, 391,5 milliards de yuans provenant du secteur agricole ont été redirigés vers le secteur industriel, soit 13,5 milliards par an.

Outre la mise en place du système de responsabilité forfaitaire des ménages, la Chine, depuis le lancement de la réforme et l’ouverture, a mis en place un certain nombre de mesures pour soutenir le secteur agricole et les agriculteurs, optimisant et renforçant sans cesse le système d’aide et de protection. Ces mesures incluent la mise en place d’un système de circulation des produits agricoles conforme aux règles de l’OMC, qui fixe, entre autres, des prix minimaux d’achat des céréales, et qui permet d’améliorer la répartition des subventions avec un système de prix d’achat de base garantis et un système d’achat et de stockage par l’État des principaux produits agricoles. Petit à petit, les intrants agricoles subventionnés par l’État ont été optimisés et renforcés, et les méthodes d’investissement agricole et de financement ont été améliorées. La charge des agriculteurs a également été allégée avec la suppression de la taxe agricole et la réduction voire l’annulation des taxes liées au secteur agricole ; le système fiscal a été réformé aux niveaux des districts et des municipalités ; le système de finance publique et les politiques de subventions agricoles ont sans cesse été améliorées ; les organisations financières rurales ont été développées ; le crédit rural et les services d’assurance agricole ont été renouvelés, ce qui a permis de renforcer le soutien et la protection des agriculteurs.

Au début de la réforme et l’ouverture, le secteur primaire en Chine était dominé par la production de produits agricoles primaires, la foresterie, l'élevage et la pêche. L’agriculture protégée et l’agritourisme n’existaient quasiment pas et l’industrie de transformation de produits agricoles accusait du retard. Avec la mise en place du système de responsabilité forfaitaire des ménages, la réforme du système d’achat et de vente des produits agricoles, et le développement rapide d’entreprises agricoles de petite taille, le secteur agricole ne s’est plus cantonné à l’exploitation de produits primaires. De nouvelles industries et de nouvelles formes d’activités ont vu le jour et sont devenues les nouvelles forces motrices du développement des zones rurales et du secteur agricole, surtout depuis les années 2000.

Parallèlement, on a observé un boom du e-commerce dans les campagnes. Selon le ministère du Commerce, de 2014 à 2017, les ventes au détail en ligne dans les zones rurales ont fait un bond de 180 milliards de yuans à 1 244,88 milliards de yuans, ce qui représente une augmentation de 96,23 % en glissement annuel. Et leur part dans la croissance nationale est passée de 6 % à 17,4 %, soit une augmentation de 3,8 % par an. En 2017, les ventes de produits agricoles en ligne en Chine ont été évaluées à 243,66 milliards de yuans, ce qui représente une augmentation de 53,3 % par rapport à 2016. Fin 2017, on dénombrait 9,856 millions de boutiques en ligne basées à la campagne, 2 118 villages Taobao (villages dans lesquels au moins 10 % des familles gèrent une boutique en ligne) et 585 marchés en ligne destinés au commerce de produits agricoles ; les transactions en ligne liées à la vente de produits agricoles frais atteignaient 139,13 milliards de yuans.

L’agritourisme est également florissant. En 2017, on dénombrait 330 000 entreprises dont les activités s’apparentaient à de l’agritourisme ou à d’autres formes de tourisme rural qui généraient 9 millions d’emplois et qui recevaient 2,2 milliards de visiteurs. Leurs revenus ont atteint les 620 milliards de yuans en 2017, contre 300 milliards de yuans en 2014, soit une croissance de 28,33 % en glissement annuel. Plus de 7 millions de familles rurales ont bénéficié du tourisme rural qui leur a apporté un travail ou des revenus.

Pour résumer, le secteur agricole chinois a évolué de la production de produits primaires vers le développement d’une chaîne industrielle intégrée verticalement couvrant la production, la transformation et la commercialisation ainsi que des activités parallèles telles que la mise en valeur du patrimoine, la protection de l’environnement et le tourisme.

Le 15 novembre 2018, des agriculteurs cueillent des oranges dans une grande plantation du bourg de Zhulan, district de Huichang, province du Jiangxi.

S’ouvrir petit à petit

Dans les années qui ont suivi la fondation de la RPC, le secteur agricole en Chine était fermé ou semi-fermé et réalisait peu d’échanges commerciaux avec le reste du monde. Après le lancement de la réforme et l’ouverture, et plus particulièrement depuis l’entrée de la Chine dans l’OMC, le secteur s’est ouvert aux investissements et activités venant de l’étranger et a renforcé sa présence sur le marché international.

De 1995 à 2017, la valeur des importations et des exportations agricoles chinoises a quasiment été multipliée par 7, passant de 25,42 milliards de dollars à 201,39 milliards de dollars, soit un taux d’augmentation annuel de 10,64 %. Outre les capitaux étrangers, le secteur agricole chinois attire également les technologies de pointe ainsi que des experts étrangers. De 1997 à 2016, l’investissement étranger et les investissements issus d’entreprises à capitaux étrangers en Chine ont respectivement augmenté de 628 millions de dollars à 1,898 milliard de dollars et de 12,5 milliards de dollars à 81,4 milliards de dollars, soit des croissances annuelles de 8,08 % et 12,04 %. Cela représente des totaux cumulés de 24,278 milliards de dollars et de 519,2 milliards de dollars. Parallèlement, la Chine a lancé un certain nombre de projets de coopération qui nécessitent l’importation d’échantillons de germoplasme, de technologies, de machines, d’expertise managériale et de professionnels.

Pour ce qui est des investissements chinois à l’étranger dans le secteur agricole, ils sont passés de 290 millions de dollars en 2004 à 3,287 milliards de dollars en 2016, ce qui représente une croissance annuelle de 33,43 % et le stock de ces investissements est passé de 834 millions de dollars à 14,885 milliards, soit une croissance annuelle de 30,13 %. Fin 2016, la Chine avait créé plus de 1 300 entreprises liées à l’agriculture, la foresterie, l’élevage ou la pêche dans plus de 100 pays et régions du monde.

Innovation scientifique et technologique

En 1993, l’ancien dirigeant chinois Deng Xiaoping a déclaré que le développement de l’agriculture dépendait d’abord de la politique d’un pays et ensuite de la science. C’était vrai autrefois, ça l’est encore aujourd’hui et ça le sera toujours dans le futur. L’innovation scientifique et technologique est essentielle au développement de l’agriculture, à sa modernisation et à l’amélioration de la capacité de production. Autrefois, les agriculteurs chinois étaient dépendants de la nature, ou du ciel, pour leurs récoltes. Depuis le lancement de la réforme et l’ouverture, la Chine a encouragé l’innovation en matière de sciences et technologies agricoles afin de parvenir à libérer les forces de production agricoles et de réformer la structure de la production agricole. Au cours des 40 dernières années, surtout depuis le XVIIIe Congrès du PCC (2012), la Chine a augmenté son soutien financier à l’innovation scientifique et technologique agricole. De 1978 à 2015, les intrants de l’État dans ce secteur ont été multipliés par 75,39, passant de 720 millions de yuans à 55 milliards, avec un montant alloué à la R&D multiplié par 184,71, passant de 140 millions de yuans à 26 milliards de yuans. Les réformes institutionnelles en matière de science et technologie agricole ont été approfondies. Différents types d’entités agricoles et acteurs du marché font preuve d’un enthousiasme croissant pour l’esprit d’entreprise et l’innovation. Et un système d’innovation scientifique et technique en agriculture est en train de prendre forme pour répondre à la demande du développement économique de haute qualité.

La Chine a donc considérablement amélioré sa capacité d’innovation scientifique et technologique dans le secteur agricole. De grandes avancées ont été réalisées dans les champs de l’élevage biologique, de la culture de variétés transgéniques, de la prévention et du contrôle des principales maladies affectant les cultures et les élevages ainsi qu’en matière de technologies de télédétection et de technologies de l’information relatives aux activités agricoles. De nombreuses technologies avancées dans les domaines de l’économie d’eau, de la fertilisation basée sur l’analyse des sols, de la prévention et du contrôle systématiques des maladies et des insectes nuisibles, ont été appliquées dans l’ensemble du pays. En 2017, la contribution des sciences et technologies au développement agricole a été estimée à 57,5 %, soit une augmentation de 4 points de pourcentage par rapport à 2012 et 9,5 points de pourcentage par rapport à 2005. Le taux de couverture des variétés de cultures améliorées est supérieur à 96 %. L’innovation scientifique et technologique soutient la transformation et la modernisation du secteur agricole chinois, l’optimisation de l’offre des produits agricoles et l’exploitation de nouveaux moteurs de croissance dans le secteur, donnant une impulsion vers le développement de haute qualité et renforçant sa compétitivité.

En conclusion, depuis la fondation de la RPC, l’agriculture chinoise a fait d’immenses progrès et apporté une grande contribution à la sécurité alimentaire internationale, à la lutte contre la pauvreté et au développement durable de l’agriculture mondiale.

*DU ZHIXIONG est chercheur à l’Institut de développement agricole de l’Académie des sciences sociales ; XIAO WEIDONG est professeur à l’École d’administration publique de l’Université normale du Shandong.

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