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Un nouveau modèle économique mondial se forme

2019-11-07 La Chine au présent SERGEY YURIEVICH GLAZYEV

Le président chinois Xi Jinping (2e à g.) pose avec le président brésilien Jair Bolsonaro (au milieu), le président russe Vladimir Poutine (1er à g.), le premier ministre indien Narendra Modi (1er à dr.) et le président sud-africain Cyril Ramaphosa (2e à dr.), suite à une réunion des dirigeants des pays BRICS, tenue le 28 juin 2019 en marge du Sommet du G20 à Osaka, au Japon.

Nous assistons actuellement à une restructuration de l’économie mondiale, en lien avec sa transition vers un nouveau paradigme technologique. Cette transition repose sur un ensemble de technologies, des nanotechnologies aux TIC en passant par la bio-ingénierie.

De telles périodes de mutation technologique mondiale offrent aux pays à la traîne la possibilité d’accélérer leur progression économique pour rattraper le niveau des pays avancés, alors que ces derniers sont confrontés à une suraccumulation du capital dans des ensembles technologiques et de production obsolètes.

Groupe BRICS : coalition pacifique et dynamique

Il est fort probable que ce sont les pays dominants d’Eurasie qui seront les grands gagnants dans ces processus. La Chine et des pays d’Asie du Sud-Est connaissent aujourd’hui cette accélération économique. Au cours des trois dernières décennies, la Chine a réalisé des progrès impressionnants. Autrefois en lointaine périphérie de l’économie mondiale, elle a fait un bond en avant pour prendre place aux côtés des leaders économiques, se positionnant même au premier rang mondial en considération du PIB physique et du volume d’exportation de produits de haute technologie.

L’Inde est en train de réaliser un essor décisif grâce à un nouveau régime technologique, avançant simultanément avec la Chine, et s’impose aujourd’hui comme le pays affichant le plus fort taux de croissance économique. En outre, bien que l’économie brésilienne se développe au ralenti et que l’économie russe soit en recul depuis leur adhésion aux dogmes du « Consensus de Washington », les pays BRICS représentent ensemble la coalition la plus puissante et la plus dynamique du monde. Les BRICS sont à même de devenir le moteur de la croissance économique mondiale jusqu’à la fin du siècle.

Jusqu’à présent, les grands changements structurels intervenus dans l’économie mondiale, suite au changement des modèles technologiques et économiques mondiaux, ont été régis par les révolutions et les guerres mondiales. Les pays membres du groupe BRICS, de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et de l’Union économique eurasiatique (UEE), où un nouveau système économique mondial est sur le point de se former, se tournent vers un développement pacifique. Consciente de cette réalité, l’élite dirigeante aux États-Unis mène une guerre hybride mondiale contre ces pays, soulevant des conflits entre eux, organisant des révolutions de couleur et des coups d’État, recourant à des sanctions économiques, à des guerres commerciales et à des actes de cyberterrorisme, etc.

Pour éviter une nouvelle escalade de cette guerre mondiale hybride continuellement alimentée par l’élite dirigeante américaine, les divers pays doivent accélérer la transition vers un nouveau modèle et un nouvel ordre économiques mondiaux. Ce processus implique les actions suivantes :

- Premièrement, le rétablissement du droit international, considérablement mis à mal par les États-Unis et ses satellites, qui violent de manière arbitraire et systématique les règles de l’OMC, du FMI et de l’ONU.

- Deuxièmement, la reconnaissance par chaque pays du droit de mener une politique monétaire et économique souveraine.

- Troisièmement, la fin du monopole du dollar américain ou de toute autre monnaie privée. La devise de réserve du monde devrait être créée sur la base d’un accord international réglementant son ordre d’émission et sa circulation.

- Quatrièmement, l’arrêt complet du recours au cyberterrorisme par tous les pays. Pour ce faire, les nations devront parvenir à un consensus autour d’une convention internationale sur la cybersécurité, qui prévoira un embargo sur l’importation de TIC, de biens et de services en provenance des pays contrevenants.

- Enfin, l’adhésion aux principes du volontarisme, des avantages mutuels, de la complémentarité, de la transparence, de la légalité et de la justice dans le cadre de la coopération économique internationale.

Ces principes sont établis dans le processus d’alliance entre l’UEE et l’initiative « la Ceinture et la Route ». Sous l’interconnexion entre l’UEE et l’initiative « la Ceinture et la Route », il faut voir la combinaison de l’Espace économique commun avec des projets d’infrastructures communes, des institutions de développement, des programmes conjoints d’échanges commerciaux et de coopération économique, scientifique, technique, industrielle et humanitaire, ainsi que des investissements groupés en faveur du développement durable et harmonieux des pays partenaires, pour le bien-être et la prospérité de leurs citoyens.

Sous nos yeux se forme un nouveau système social et économique, plus efficace que les précédents, tandis que le centre de gravité du développement mondial se déplace vers l’Asie du Sud-Est. En conséquence, un certain nombre de chercheurs parlent aujourd’hui du début d’un nouveau cycle de cent ans (celui de l’Asie) marqué par l’accumulation du capital.

Un ensemble de gratte-ciel au Centre de commerce international de Moscou

Le rôle majeur de l’État

Conformément à la théorie du changement des cycles séculaires d’accumulation du capital, le cycle asiatique en train d’émerger doit s’appuyer sur un nouveau système d’institutions de reproduction du capital. Ces institutions conservent les acquis matériels et techniques hérités et créent de nouvelles opportunités pour le développement des forces productives de la société. Pour prédire comment les choses vont évoluer, il est nécessaire de comprendre la structure des institutions du nouveau modèle économique mondial.

Quelle que soit la forme de propriété dominante (étatique, comme en Chine ou au Vietnam, ou privée, comme au Japon ou en Corée du Sud), un nouveau modèle économique mondial d’accumulation se caractérise par la combinaison entre les institutions de planification centralisée avec l’auto-organisation du marché, entre le contrôle de l’État sur les principaux paramètres de la reproduction de l’économie avec la liberté d’entreprise, et entre l’idéologie du bien commun et les initiatives privées. Compte tenu de ce qui précède, les formes d’organisation politique peuvent être fondamentalement différentes. Comme dans les cas de l’Inde et de la Chine, par exemple. La constante demeure la priorité des intérêts nationaux par rapport aux intérêts privés, ce qui se traduit par des mécanismes stricts de responsabilisation des citoyens pour qu’ils adoptent un comportement exemplaire, accomplissent pleinement leurs devoirs, respectent les lois et contribuent à la réalisation des objectifs nationaux. Le système de gestion du développement économique et social repose sur des mécanismes de responsabilisation permettant d’améliorer le bien-être national.

La primauté des intérêts publics sur les intérêts privés s’exprime dans la structure institutionnelle de la régulation économique, typique du nouveau modèle économique mondial. Au premier plan se trouve le contrôle de l’État sur les paramètres fondamentaux de la reproduction du capital par le biais de mécanismes de planification, de crédit, de subvention, de tarification et de réglementation des conditions entrepreneuriales de base. Les fonctionnaires n’essaient pas de gérer les entrepreneurs, mais organisent le travail conjoint des communautés commerciale, scientifique et technique afin de définir des objectifs de développement communs et d’élaborer des méthodes pour les atteindre. Les mécanismes de régulation publique de l’économie sont également adaptés à cette fin.

L’État fournit un accès aux infrastructures à bas prix et les entreprises assument la responsabilité de la production de produits compétitifs. Afin d’améliorer la qualité de ces produits, l’État organise et finance les activités de R&D, d’apprentissage et de formation nécessaires, tandis que les entrepreneurs mettent en œuvre des innovations et investissent dans les nouvelles technologies. Le partenariat public-privé est subordonné aux intérêts publics en matière de développement économique, d’amélioration du bien-être national et de qualité de vie. En conséquence, l’idéologie propre à la coopération internationale évolue également, c’est-à-dire que le paradigme de la mondialisation libérale dans l’intérêt du capital privé des principaux pays du monde est remplacé par celui du développement durable au bénéfice de toute l’humanité.

Le soja importé du Brésil est examiné sur un site de mouillage utilisé à des fins de mise en quarantaine à Yantai (province du Shandong).

Noyau émergent du nouveau paradigme économique mondial

Les dirigeants chinois continuent d’appeler, avec modestie, leur nation un pays en développement. Cette affirmation est vraie, à en juger par son PIB par habitant. Mais en termes de capacité économique, la Chine a déjà atteint le niveau des pays leaders du monde. La Chine est en train de devenir un modèle pour de nombreux pays en développement, désireux de connaître eux aussi le même miracle économique. Les relations industrielles et sociopolitiques qui se sont formées en Chine ne doivent pas être considérées comme temporaires, mais comme caractéristiques du système social et économique le plus avancé de ce siècle.

Les pays voisins, tels que la Russie, l’Inde, le Vietnam, la Malaisie, l’Indonésie et les pays d’Amérique latine, notamment le Brésil, le Venezuela et Cuba, entre autres, s’avancent vers le noyau émergent du nouvel ordre économique mondial. Les pays africains prennent de plus en plus la même direction. Pris ensemble, ces pays représentent déjà un poids économique comparable à celui des principaux pays du cycle d’accumulation américain.

À la différence des principaux pays du paradigme économique mondial existant qui a imposé au monde le système universel des relations financières et économiques en tant que base de la mondialisation libérale, le noyau émergent du nouveau paradigme économique mondial est très divers. Cette différence s’observe également de façon évidente dans les valeurs communes des BRICS : liberté de choisir sa propre voie de développement, refus de l’hégémonie et souveraineté des traditions historiques et culturelles. En d’autres termes, l’association des cinq membres des BRICS constitue un modèle de coopération nouveau d’un point de vue qualitatif, qui valorise la diversité par opposition à l’uniformité de la mondialisation libérale et qui est satisfaisante pour tous les pays, quel que soit leur stade de développement économique et social.

Ce paradigme économique mondial intégré se forme sur une base de civilisation différente. En dépit de sa composition complexe, on retrouve chez les principaux pays du cycle asiatique des valeurs communes ancrées dans leurs traditions spirituelles, notamment : la renonciation à la violence comme principale forme d’expression ; la recherche de l’harmonie entre l’homme, la nature et la société ; la condamnation de l’avarice, l’aspiration à la coopération mutuelle et à l’équilibre des intérêts. Dans les relations internationales, ces valeurs se manifestent dans le respect mutuel des souverainetés nationales, dans le désir de coopérer tout en préservant la diversité des pays et dans l’élaboration de stratégies de développement communes. Dans le domaine économique, ils se révèlent dans les critiques selon lesquelles l’ordre économique mondial actuel est injuste et assure l’enrichissement des pays les plus riches en exploitant le reste de l’humanité par le biais d’échanges économiques extérieurs inégaux.

Le nouveau modèle de système économique mondial peut utiliser comme prototype le Grand Partenariat eurasien proposé par le président russe Vladimir Poutine et conçu comme une « intégration d’intégrations », dont le noyau peut être l’OCS couplée à l’alliance de l’UEE, du Grand Partenariat eurasien et de l’initiative chinoise « la Ceinture et la Route ». Le Grand Partenariat eurasien est fondé sur les principes du volontarisme, des avantages mutuels, du respect de la souveraineté nationale et de l’accomplissement des obligations internationales. Il devrait être destiné à créer des conditions propices au développement économique avancé, sur la base d’une combinaison entre les avantages concurrentiels des pays participant au processus d’intégration et l’amélioration du bien-être des peuples eurasiens, grâce à un soutien sans réserve envers l’investissement conjoint, l’expansion du commerce mutuel et la création d’un espace économique commun.

*SERGEY YURIEVICH GLAZYEV est membre de l’Académie des sciences de Russie et conseiller du président de la Fédération de Russie.

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