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Le patinage artistique en Chine au fil des générations

2019-11-22 La Chine au présent WANG JING

Le 10 juin 2018, l’équipe de patinage artistique chinoise présente un ballet sur glace au public au Centre des sports de Tianjin.

Le 5 juillet dernier, le premier spectacle original chinois de danse sur glace, intitulé Dream to Glide, a été présenté au Stade des travailleurs de Beijing. Les rôles principaux sont incarnés par Zhang Dan, championne mondiale de patinage artistique, et Gao Chongbo, champion national dans cette discipline, qui se partagent la scène avec une foule d’acteurs dans un décor féerique. Évoluant sur des musiques finement sélectionnées, la troupe se sert du patinage artistique comme d’une extension du langage corporel. Ce ballet intégrant notamment la danse, le théâtre et les acrobaties associe des mouvements du patinage artistique occidental aux arts populaires et scéniques traditionnelles de la Chine.

Ce spectacle raconte l’histoire touchante de Ye Yao, une jeune fille qui poursuit son rêve de devenir patineuse artistique professionnelle. Tout en présentant le parcours de ce talent en devenir, il relate les nombreuses histoires propres au développement du patinage artistique chinois, brossant un tableau vivant du sens du sacrifice qui s’est transmis de génération en génération chez les patineurs.

Intégration d’éléments culturels et artistiques

Le patinage artistique, souvent surnommé le « ballet sur glace », est un sport au carrefour de la musique, de la danse et de la glisse. Au rythme de la mélodie, le patineur artistique enchaîne les figures sur la glace immaculée, en laissant s’exprimer les émotions enfouies au plus profond de son cœur. Dans un certain sens, le patinage artistique est plus qu’un sport se pratiquant sur la glace. Il véhicule des éléments culturels et artistiques via la performance du danseur. On peut dire que le patinage artistique trouve l’accord parfait entre sport sur glace, culture et art, ce qui le pare d’un charme particulier dans les compétitions sportives.

En 2017, le célèbre réalisateur Zhang Yimou a dirigé une émission de téléréalité grand public, intitulée « The King of Kanone », dont le concept original consiste à mettre en compétition des célébrités dans le cadre d’un concours de patinage artistique. Une brochette d’acteurs et autres stars qui n’ont jamais fendu la glace sont mis au défi de réaliser une excellente performance de patinage artistique en duo au terme de quelques mois d’entraînement. Un programme qui suscite l’intérêt généralisé du milieu du patinage artistique.

Le couple de patineurs chinois Sui Wenjing et Han Cong ont choisi comme thème de la saison 2018-2019 l’opéra Turandot, que Zhang Yimou avait mis en scène précédemment notamment à la Cité interdite. Zhang Yimou a discuté avec les patineurs des émotions à faire passer et des expressions faciales à arborer dans le cadre de ce programme, émettant de nombreuses remarques et suggestions précieuses. Zhang Yimou a apporté un grand soutien au patinage artistique chinois dans la dimension artistique.

Récemment, en appui aux prochains Jeux olympiques d’hiver qui auront lieu à Beijing en 2022 et en réponse à l’appel « 300 millions de personnes sur la glace » lancé par l’Administration générale chinoise des sports, Zhang Yimou a également réalisé un télé-crochet de patinage artistique, intitulé « The Glary Youth ». Pour les besoins de l’émission, son équipe et lui ont parcouru le pays en quête de jeunes patineurs élégants et talentueux triés sur le volet, s’engageant tous ensemble dans une véritable expérience artistique. Après trois mois de recherches, d’expériences, d’entretiens et d’évaluations, plusieurs adolescents se sont distingués et monteront prochainement sur la scène du Grand Théâtre national à Beijing.

Premier pas dans la compétition internationale

Le patinage artistique existe depuis belle lurette en Chine. Dès la dynastie des Yuan (1271-1368), la population pratiquait des « jeux sur glace ». Sous la dynastie des Qing (1644-1911), des spectacles sur glace étaient organisés sur le lac gelé de Beihai, à Beijing. Ces spectacles traditionnels chinois regorgeaient déjà de gestes à la fois expressifs et artistiques.

Dans les années 1930, la Chine a appris les mouvements du patinage artistique moderne auprès de la Grande-Bretagne. Après des années d’entraînement sur plusieurs générations, le patinage artistique a pris racine en Chine, c’est-à-dire qu’il s’est imprégné des caractéristiques culturelles et artistiques du pays pour devenir une force non négligeable dans le milieu international du patinage artistique.

Après la fondation de la République populaire de Chine, le patinage artistique a été proposé en cours de sport dans un certain nombre d’établissements scolaires (du primaire à l’université) dans quelques villes au nord du pays. Toutefois, la Chine n’était pas du tout représentée dans l’arène internationale. Il a fallu attendre 1980 pour que la délégation chinoise participe pour la première fois aux JO d’hiver de Lake Placid. Bao Zhenhua, 14 ans, a disputé l’épreuve individuelle dames ; Xu Zhaoxiao, 15 ans, a concouru dans l’épreuve individuelle hommes ; quant à Yao Bi et Luan Bo, ils ont pris part à l’épreuve couple. Mais tous sont arrivés au bas du classement…

Il existait alors un énorme écart avec les sportifs étrangers, qu’il s’agisse de la technique, de la mise en scène ou des costumes. C’est le souvenir qu’ont gardé les patineurs artistiques chinois de leur première participation aux JO d’hiver.

Zhao Hongbo, figurant aujourd’hui parmi les rares Chinois médaillés d’or dans la catégorie couple aux JO, a commencé à pratiquer le patinage artistique il y a 40 ans. Il espérait alors intégrer une école de sport.

Les conditions d’entraînement à l’époque étaient très mauvaises. « Nous allions toujours faire du patinage à Manzhouli, au lac de Hailar ou encore sur les rivières gelées », a décrit Zhao Hongbo. « À l’extérieur, il faisait très froid. Nous devions nous couvrir avec des pulls et des pantalons très épais, avec en plus, un bonnet, une écharpe, un cache-col et des gants. Quand je transpirais, les gouttes de sueur qui perlaient sur ma peau se transformaient immédiatement en glaçons. Mon cache-col devenait tout dur sous l’effet du froid. Mes cils et sourcils étaient tout blancs, gelés. »

C’est en 1983 que la première patinoire couverte de Chine a ouvert, au sein du Gymnase de la capitale à Beijing. Zhao Hongbo a précisé : « La pratique est très différente dans une patinoire couverte. La surface de la glace est particulièrement lisse, comme un miroir, ce qui permet d’aller très vite. Cependant, comme la patinoire était souvent prise d’assaut par la foule, nous ne pouvions y aller qu’en pleine nuit pour nous entraîner. »

Avant les années 1980, il était rare pour les athlètes chinois de passer la frontière pour aller participer à des tournois à l’étranger. À cette période, ils visaient uniquement le championnat national. Comme l’a confié Zhao Hongbo en toute franchise, il n’ambitionnait même pas d’aller se mesurer à des adversaires étrangers à l’époque. C’était déjà pas mal de disputer les compétitions nationales.

Après être sorti vainqueur des Jeux nationaux de Harbin en 1991, Zhao Hongbo a été invité à se rendre en Russie pour s’y entraîner et prendre part à une compétition. Au moment du tournoi, il est resté bouche bée face aux performances. « J’étais émerveillé face à ces grands talents mondiaux du patinage, aux mouvements si élégants comme je n’en avais jamais vus auparavant. Je ne pouvais pas m’empêcher de me lever pour mieux les observer et les applaudir. À ce moment-là, j’ai réellement apprécié le patinage à sa juste valeur. »

Aux premiers rangs des classements mondiaux

Après la réforme et l’ouverture, le patinage artistique chinois a connu un essor. Les possibilités d’aller à l’étranger se sont multipliées pour les entraîneurs et les athlètes, ce qui leur a permis d’ouvrir leurs horizons et d’avoir une vision plus large. Mais à l’époque, très peu de patineurs asiatiques étaient de taille à rivaliser avec des adversaires européens et américains, toujours en pole position lors des compétitions internationales. Les patineurs artistiques chinois n’arrivaient pas à s’élever dans le classement. Jusqu’au jour où a émergé la patineuse chinoise Chen Lu...

Née dans une famille de sportifs, Chen Lu a participé en 1991 pour la première fois aux Championnats du monde de patinage artistique. Dans l’épreuve de patinage libre, elle a réussi sept triples axels. Sa performance hors du commun a retenu l’attention du monde entier, étant donné qu’à ce moment-là, le triple axel était une figure relativement nouvelle dans les épreuves individuelles dames. Puis, aux Championnats du monde de 1992 et 1993, Chen Lu a remporté la médaille de bronze, devenant la candidate toute désignée pour partir décrocher une médaille aux JO d’hiver.

Ce sport étant originaire d’Europe et d’Amérique, l’expression artistique est évaluée selon des critères esthétiques propres aux Européens et Américains. Par conséquent, la tâche est difficile pour les patineurs chinois. Bien qu’excellente côté technique, leur performance artistique était qualifiée de « médiocre ». Ils avaient la réputation de « savoir patiner, sans pour autant savoir danser ». Les patineurs artistiques chinois ont donc mis les bouchées doubles pour gagner les faveurs du jury.

Aux JO d’hiver de 1994 à Lillehammer (en Norvège), Chen Lu a rapporté une précieuse médaille de bronze, montant enfin sur le podium olympique du patinage artistique jusque-là monopolisé par les Européens et les Américains. Après ces JO, Chen Lu a raflé les médailles d’or et d’argent aux Championnats du monde de 1995 et de 1996. Cette patineuse chinoise concourant en simple dames continuait de marquer les esprits.

Quatre ans plus tard, après une période de péripéties et de frustrations ponctuée de blessures, d’un changement d’entraîneur et d’un retrait des compétitions, Chen Lu est revenue dans l’arène internationale, plus brillante encore. Aux JO d’hiver de 1998 à Nagano (au Japon), Chen Lu a brisé le cliché selon lequel « les Chinois savent patiner, sans pour autant savoir danser », en donnant une magnifique performance pleine de sensibilité sur la douce et lyrique mélodie Liang Shanbo et Zhu yingtai (L’histoires des papillons amoureux). Une prestation qui lui a valu le surnom de « papillon sur la glace » et qui lui a permis de remporter, une fois encore, la médaille de bronze aux JO d’hiver. Depuis lors, les patineurs chinois ont commencé à se hisser aux premiers rangs des classements et à se faire un nom sur la scène mondiale.

Carton plein pour le patinage en couple

Les sports d’hiver chinois ont connu leurs premiers changements au tout début de la réforme et de l’ouverture, avec l’apparition du patinage en couple. On peut donc dire que le patinage artistique chinois a été officiellement lancé en 1978. Cette même année est née Shen Xue. 14 ans plus tard, elle et son partenaire Zhao Hongbo se sont tenu la main sur la glace pour la première fois et ont continué de patiner ensemble pendant 18 ans.

18 ans après sa défaite aux JO d’hiver de Lake Placid, Yao Bin a fait de son échec une force. Il est devenu en 1998 entraîneur de l’équipe chinoise de patinage artistique et sous sa direction, la nouvelle génération de patineurs chinois en couple a de nouveau frappé les esprits sur la scène internationale.

Aux JO d’hiver de 1998, Shen Xue (20 ans) et Zhao Hongbo (25 ans) ont pris la cinquième place du classement. En 2002, le couple Shen Xue/Zhao Hongbo est arrivé à la troisième position aux JO d’hiver de Salt Lake City. Ils ont ainsi assuré la relève chinoise après Chen Lu.

Au terme de quatre ans d’entraînement acharné, aux JO d’hiver de 2006 à Turin (en Italie), les trois couples de patineurs chinois Zhang Dan/Zhang Hao, Shen Xue/Zhao Hongbo et Pang Qing/Tong Jian se sont tous classés dans les quatre premiers. Suite à ce franc succès qui a étonné les milieux sportifs, la Chine a même été comparée à la Russie, le « royaume du patinage ».

Aux JO d’hiver de 2010 à Vancouver, ces trois mêmes couples ont de nouveau montré au monde le grand potentiel des compétiteurs chinois. Dans l’épreuve de patinage libre, Shen Xue/Zhao Hongbo ont dévoilé une prestation en duo d’une qualité exceptionnelle, combinant parfaitement pas de danse et pirouettes, le tout chorégraphié au millimètre près sur le morceau poignant Adagio en G mineur. Une performance maîtrisée, qu’ils ont fini genou à terre, les yeux levés vers le soleil, dans une posture exprimant leur espoir dans l’avenir. Le jury et le public ont été époustouflés par leur prouesse.

À Vancouver, Shen Xue et Zhao Hongbo ont remporté la première médaille d’or chinoise dans l’histoire du patinage artistique grâce à leur performance frisant la perfection. Quant aux couples Pang Qing/Tong Jian et Zhang Dan/Zhang Hao, ils ont respectivement décroché la médaille d’argent et la quatrième place, redorant ainsi le blason du patinage artistique chinois.

Sept ans plus tard, aux Championnats du monde d’Helsinki en 2017, le jeune couple Sui Wenjing/Han Cong a fini premier à ce championnat devant un florilège de célèbres athlètes étrangers, devenant les leaders d’une nouvelle génération de patineurs chinois dans la catégorie couple. Aux Championnats du monde de patinage artistique 2019 qui ont eu lieu à Saitama au Japon, après avoir été absent des compétitions la majeure partie de la saison, ce duo a fait son grand retour en remportant de nouveau le championnat, offrant une performance presque parfaite couronnée de scores records. En outre, à la même compétition, un autre couple de patineurs chinois, Peng Cheng/Jin Yang, a livré une prestation remarquable qui lui a valu la quatrième place.

Bao Zhenhua, Xu Zhaoxiao et Chen Lu ainsi que les couples Yao Bin/Luan Bo, Shen Xue/Zhao Hongbo, Pang Qing/Tong Jian et Zhang Dan/Zhang Hao… Tous sont désormais des grands noms du patinage artistique. Après 40 années d’efforts intenses, les athlètes chinois, autrefois inconnus de tous, sont devenus des piliers dans le monde du patinage artistique. Zhao Hongbo, qui a fait entrer cette discipline dans une époque glorieuse et prospère en Chine, est aujourd’hui l’entraîneur de l’équipe chinoise de patinage artistique. Sous sa houlette, les nouveaux patineurs virtuoses se préparent à faire mouche et à défier leurs concurrents aux prochains JO d’hiver, qui s’ouvriront à Beijing dans trois ans.

*WANG JING est journaliste pour China Sports Daily.

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