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L'endiguement du Covid-19 dans « la grande muraille de solidarité » en Chine

2020-06-03 Chine-info Maxime Vivas

Le 26 février 2020, à Crépy-en-Valois dans l’Oise, une commune de 15000 habitants, au nord de l’Hexagone, à 71 kilomètres de Paris, un premier Français a succombé du Covid-19. Il avait 60 ans. Il était professeur de technologie dans un collège. A l’heure où j’écris ces lignes (26 mai 2020), 28432 de mes compatriotes ont succombé au virus selon des sources gouvernementales. On doit, en toute logique, y ajouter des personnes âgées résidant dans des maisons de retraite, appelées EHPAD (Etablissements d'Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes) où le décompte reste à faire en déterminant a posteriori les causes exactes des décès. L’organisme officiel INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques) a constaté que la surmortalité en EHPAD dans la région Île-de-France (où se trouve Paris) entre le 1er mars et 6 avril des années 2019 et 2020 est de +239 % ! Des augmentations spectaculaires sont constatées dans toutes les régions. Il faudra donc chiffrer la part due au Covid-19 dans cette hécatombe et revoir à la hausse le nombre de victimes françaises.

La Chine, où l’épidémie semble jugulée annonce (Reuters) 4 634 morts et les USA, où l’épidémie fait rage, 97722.

Virus chinois ?

Le quotidien Midi Libre pose cette question : « Coronavirus. Et si l'épidémie avait commencé en septembre 2019 et ailleurs qu'à Wuhan ? ». Le quotidien révèle que des scientifiques anglais, dont les recherches sont encadrées par l'université de Cambridge, penchent pour une autre origine spacio-temporelle du Covid-19. Les autorités chinoises ont averti fin décembre 2019 la communauté internationale que des cas avaient été découverts à Wuhan, mais, « pour le généticien de l'Université de Cambridge, Peter Forster, c'est entre le 13 septembre et le 7 décembre 2019 que la propagation du coronavirus Covid-19 parmi les humains aurait commencé. » Où ? La question fait polémique.

À la fin du mois d’octobre 2019, les Jeux mondiaux militaires se sont tenus à Wuhan. Une importante délégation états-unienne était venue. Une hypothèse est que l’armée US aurait importé le virus. Cette hypothèse (je ne dis pas que c’est la vérité) s’est affranchie de l’accusation de «complotisme» grâce à une déclaration d’un États-Unien, Robert Redfield, directeur des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC = Centers for Disease Control and prevention) qui a déclaré le 12 mars devant la Chambre des représentants qu’il n’avait pas été fait de distinction entre des morts de la grippe et d’éventuels morts de Covid-19.

À la question : « Peut-être que des gens sont morts de ce qui semblait être une grippe, alors qu’en fait ça pouvait être le Covid-19 ? » il a répondu: « Certains cas ont bien été diagnostiqués dans ce sens aux États-Unis aujourd’hui. »

Autrement dit, Robert Redfield admet qu’il est possible que des morts du Covid-19 aient été déclarés morts de la grippe. Il n’est cependant pas en mesure d’en donner des chiffres.

Le même jour, dans la soirée, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Lijian Zhao, interroge par un tweet : « Les États-Unis ont fait état de 34 millions de cas de grippe et 20 000 morts. Dites-nous s’il-vous-plaît combien sont dus au Covid-19 ? De quand date le patient zéro aux États-Unis ? Combien de personnes sont infectées ? Dans quels hôpitaux ? Cela pourrait être l’armée américaine qui a amené cette épidémie à Wuhan. Soyez transparents ! Rendez vos données publiques ! Les États-Unis nous doivent une explication ! ».

Bref, Donald Trump peut-il continuer à parler de « virus chinois » ?

On le voit, la bataille fait rage sur ce sujet, elle se déroule sur un terrain scientifico-politique, tandis qu’une autre controverse passionne les Français autour de l’efficacité de l’hydroxychloroquine, le remède préconisé par le professeur marseillais Didier Raoult. Remède qui, nous apprend-il, a été utilisé en Chine dès le début de l’épidémie. Selon le journal chinois Global Times du 4 février, des représentants du ministère chinois des sciences et technologies ont indiqué que des médicaments comme le phosphate de chloroquine donnent des résultats effectifs lors d’essais pour traiter le Covid-19. Cependant d’autres informations proviennent d’autres lieux qui infirment cette bonne nouvelle et mettent en garde contre des effets secondaires (notamment des crises cardiaques).

Sur la date et le lieu d’apparition du virus, sur son meilleur traitement, seuls des épidémiologistes et virologues sauront trancher (peut-être) et dire où est la vérité. Mes lecteurs comprendront que je ne me prononce pas. Par contre, je dispose d’éléments objectifs relatifs à la manière dont la Chine a identifié le virus, en a séquencé le génome et a communiqué les résultats au monde entier. De plus, j’ai vu comment le peuple Chinois a affronté le fléau. Et de cela je peux parler ci-après.

La lutte contre le Covid-19 en Chine

Tout d’abord, précisons que les rumeurs propagées par quelques médias occidentaux selon lesquelles le Covid-19 serait une fabrication chinoise ont été balayées par la totalité des scientifiques du monde entier. Pour eux, c’est absolument impossible. Sans entrer dans des détails techniques compliqués, disons que les virologues savent analyser les souches, observer les évolutions des organismes viraux et la mutation naturelle de leurs gènes. En cas d’intervention humaine dans des buts de fabrication d’un virus tueur, ce virus bricolé ressemblerait, dit-on, à un virus naturel comme Frankenstein, la créature du docteur Mabuse, ressemble à un homme né d’une maman.

Reste la question, qui revient comme un leitmotiv, du manque de transparence des Chinois et de la lenteur avec laquelle ils ont alerté le monde. Voyons cela.

Lenteur, opacité ?

Le 30 décembre 2019, sur la messagerie chinoise WeChat, Li Wenliang, médecin ophtalmologue de 34 ans, alerte en privé un groupe d’anciens étudiants, des amis, du risque d’apparition d’un virus, proche du SRAS*, dont sont atteints plusieurs patients de l’hôpital de Wuhan. Il affirme qu’il s’agit d’infections dues à un coronavirus. Les coronavirus sont une famille regroupant de nombreux virus qui touchent plusieurs espèces animales. Certains de ces virus peuvent également atteindre l’Homme.

Le 31 décembre 2019 (le lendemain !), la Commission de la santé municipale de Wuhan publie sur son site Web un exposé sur l’épidémie de pneumonie dans la ville, confirmant 27 cas et disant au public de ne pas se rendre dans des lieux publics fermés ou de se rassembler. Elle suggère de porter des masques pour sortir.

Le 1er janvier, le docteur Li Wenliang et sept autres médecins sont visés par une enquête pour avoir « répandu des rumeurs ». Le docteur Li Wenliang est accusé de « perturber l’ordre social » (Nous sommes à quelques jours du nouvel an chinois, prétexte à des fêtes et à des voyages).

Le 2 janvier, le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies (CDC) de Chine et l’Académie chinoise des sciences médicales (CAMS) ont reçu le premier lot d’échantillons de quatre patients de la région de Hubei et ont commencé l’identification des agents pathogènes. Le NHC (La Commission nationale de la santé) a élaboré un ensemble de lignes directrices sur la découverte, sur le diagnostic, et elle préconise la quarantaine pour la prévention et le contrôle de la pneumonie virale de cause mal définie.

Ce que dit l’OMS (l’Organisation Mondiale de la Santé)

Quant à la chronologie des échanges entre la Chine et l’OMS, elle est la suivante, selon une déclaration de l’OMS en date du 27 avril 2020 :

31 décembre 2019. La Commission sanitaire municipale de Wuhan, dans la province de Hubei (Chine) signale un groupe de cas de pneumonie. Un nouveau coronavirus est ensuite identifié.

1er janvier 2020. L’OMS met sur pied une équipe d’appui à la gestion des incidents […] plaçant l’Organisation en état d’urgence....

4 janvier 2020. L’OMS signale sur les médias sociaux l’existence d’un groupe de cas de pneumonie – sans décès – à Wuhan, dans la province du Hubei.

5 janvier 2020. L’OMS […] se fait l’écho de ce que la Chine a indiqué à l’Organisation concernant l’état de santé des patients et la riposte mise en place en matière de santé publique face au groupe de cas de pneumonie à Wuhan.

11 janvier 2020. La Chine communique publiquement la séquence génétique du virus.

Tels sont les échanges qui ont eu lieu entre la Chine et l’OMS.

La vérité est que la Chine a réagi avec une totale transparence et avec une extraordinaire rapidité. Dans ce que rapporte l’OMS, on cherchera vainement la moindre lenteur, le moindre frein d’on ne sait quel rouage administratif (nos médias disent : « bureaucratique ») central, le moindre oukase politique de Beijing imposant une quelconque rétention de l’information.

L’intox

Cependant, il n’est pas rare en France, dans les médias et parmi les citoyens, de voir prédominer l’idée que la Chine a trop tardé et qu’elle a manqué de transparence. Notre président de la République lui-même a exprimé publiquement cette idée : « On ne sait pas. Et même, il y a manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas. » (Financial Times, le 16 avril 2020). Ainsi, les insinuations non étayées, les contre-vérités répétées finissent par apparaître comme des faits historiques dont il n’est même plus utile de vérifier la validité. Le sociologue Pierre Bourdieu appelait cela « La circulation circulaire de l’information ». Les journalistes se lisent entre eux, les responsables politiques lisent les journaux, etc.

Je vais résister en cet instant précis à l’envie d’exposer ce qui a été fait, pas fait, mal fait, dit et contredit chez nous. On y verrait trop de retards et trop d’opacité, pour ne pas dire trop de mensonges, dans une totale impunité de ceux qui ont commis des fautes.

Revenons à la chronologie du traitement de l’épidémie en Chine

Le 23 janvier, 56 millions de Chinois sont confinés dans leur ville à Wuhan et dans 13 municipalités de la région de Hubei.

Le 1er février, le docteur Li Wenliang est testé positif au coronavirus.

Le 5 février, toute une série d’officiels de la région de Hubei sont sanctionnés pour fautes graves.

Le 7 février, le docteur Li Wenliang meurt.

Le 8 février, l’hôpital chinois construit en 10 jours, doté de 32 salles d’isolement et de 1 000 lits, ouvre ses portes à Wuhan.

Le 11 février, Zhang Jin, le principal responsable de la Commission provinciale de la Santé, et Liu Yingzi, la directrice, sont démis de leurs fonctions.

Le 13 février, le secrétaire du Parti communiste chinois (PCC) et N°1 du Hubei et le secrétaire du PCC de Wuhan sont limogés.

Le 10 mars 2020, le président chinois en visite à Wuhan juge l'épidémie « pratiquement jugulée » à l'épicentre du Covid-19.

Le 29 mars, la Chine annonce la fin de l’épidémie sur tout son territoire.

Le 8 avril, la ville de Wuhan met fin à un confinement de plus de deux mois.

Que conclure de cette lutte de la Chine contre ce fléau ?

Le monde entier a pu constater un immense élan de solidarité, patriotique et spontanée parmi le peuple chinois: des dizaines de milliers de personnels de la santé se sont rendus au Hubei, partout des bénévoles sont intervenus quotidiennement, les citoyens se sont pliés de bonne grâce au port du masque, au confinement, à tous les contrôles préventifs (température, tests, traçage). Les technologies les plus modernes ont été mobilisées. Des vidéos sur la construction d’un hôpital en 10 jours ont fasciné les Internautes et les chaînes de télévision n’ont pu faire moins que de les montrer.

Les responsables locaux défaillants on été sanctionnés. Le gouvernement central a fait le choix de figer pendant des semaines l’économie de toute une région, de bloquer les échanges à l’intérieur du pays et avec le reste du monde, en priorisant ce qui lui semblait le plus important : le facteur humain.

Il semblerait que ce choix ait été le bon puisque le nombre de morts est faible par rapport à celui de pays qui ont fait un choix différent. L’économie redémarre. Pour le coup, et dans ces circonstances, l’existence d’un Pouvoir cohérent et fort a pu apparaître comme un atout. En dépit des critiques systématiques des USA et de ceux que ce pays inspire, l’image de la Chine s’est améliorée.

Le 21 mai 2020, dans son discours d’ouverture de la session annuelle du Parlement chinois devant 3 000 députés, le Premier ministre Li Keqiang a eu cette formule pour évoquer la lutte de son pays contre le Covid-19 : « Nous avons élevé une grande muraille de solidarité ».

Par ailleurs, le président Xi Jinping a annoncé qu'un éventuel vaccin chinois serait un « bien public mondial ». Cette décision entre dans le cadre des options souvent répétées, selon lesquelles le bonheur de la Chine est indissociable du bonheur mondial. Dans le point 13 de son allocution au 19e congrès du PCC, le président chinois avait en effet déclaré que la Chine veut « promouvoir la construction d'une communauté de destin pour l'humanité. Le rêve du peuple chinois est étroitement lié aux rêves des autres peuples. »

L’envoi par la Chine, dès le mois de mars, de matériel médical dans plusieurs pays (dont la France) et de médecins pour lutter contre le virus en Italie, Irak et Iran s’inscrit dans la logique de cette déclaration.

Il n’est nécessaire de souhaiter que la France adopte les systèmes politique, économique, social, culturel, médiatique, militaire de la Chine pour écrire ce que vous venez de lire. Il suffit de souscrire à la froide réalité des choses.

Maxime Vivas

Ancien référent littéraire d’Attac, administrateur du site d’information « Le Grand Soir » (legrandsoir.info), animateur radio, auteur de nombreux articles dans la presse et de vingt livres (romans, polars, essais, humour, jeunesse) dont deux ont été primés. Traduit en six langues, édité dans plusieurs pays dont les USA et la Chine.

* SRAS : Syndrome Respiratoire Aigu Sévère. En anglais : SARS (Severe Acute Respiratory Syndrome).

Photo: GAO Xiang / Xinhua

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