RETABLIR L'AUTORITE DE L'ETAT ET RENFORCER LA SECURITE DES FRANCAIS

2016-12-08 04:16:56 Chine-info.com

Nouvelles d'Europe: De récents sondages montrent que, pour une majorité de Français, la démocratie fonctionne de moins en moins bien. Etes-vous d'accord avec ce constat? Que comptez-vous faire pour regagner la confiance des électeurs?

Nicolas Sarkozy: Je comprends la défiance. Ces cinq dernières années, la République a trop reculé. Il est temps d’agir. Le débat de 2017 devra résolument tourner le dos à tous les non-dits, à toutes les approximations, parfois même à certaines de nos lâchetés. En écrivant « Tout pour la France », j’ai voulu témoigner de l’authenticité et de la détermination de ma démarche. Ce livre est le point de départ du prochain mandat, je veux convaincre des millions de Français que le débat de la campagne doit s’intégrer à part entière au futur mandat de la présidentielle. J’ai l’intime conviction que nous pouvons réussir.

Nouvelles d'Europe: Depuis plus de 30 ans, tour à tour, la droite et la gauche ont gouverné la France et aucun gouvernement n'a réussi à réaliser des réformes dites "structurelles", comme par exemple celles réalisées en Allemagne, pourtant jugées par beaucoup comme nécessaires. Quelles sont les raisons de ces échecs ? Est-ce une spécificité de la culture française?

N. Sarkozy: Durant mon quinquennat nous avons profondément reformé, que ce soit sur le plan de l’éducation avec la réforme de l’université, sur le plan économique avec la réforme des retraites mais aussi sur le plan social avec l’introduction de la règle du service minimum dans les transports publics. C’est aujourd’hui que la France s’est immobilisée.

Il n’y a pas de fatalité à ce que nous fassions moins bien que nos partenaires. Il nous faudra tout dire avant, pour tout faire après. Tout dire avant, c’est faire le pari de la franchise et de la clarté. Tout faire après, c’est faire celui de la constance et de la détermination dans l’action. La situation est trop grave pour que nous puissions continuer avec les faux-semblants et les immobilismes d’antan. En disant la vérité, on crée de la confiance et avec cette confiance, on permet de croire à nouveau dans une France qui rayonne et qui a un avenir. Seules des réformes en profondeur et de structure pourront insuffler un nouvel élan à notre pays. Il faudra en conséquence agir vite en décidant simultanément les économies et les baisses d’impôts. Il en va de la capacité à réformer notre pays, la France, qui, j’en suis convaincu, dispose de tous les atouts pour réussir.

Nouvelles d'Europe: Les Etats-Unis et le Royaume-Uni, avec leurs politiques économiques néo-libérales, étaient considérés comme leaders de la mondialisation, mais avec le Brexit et l'élection de Donald Trump, il semble que les deux pays commencent à remettre en question la mondialisation et le néo-libéralisme, alors que vous proposez dans votre programme des mesures économiques considérées plutôt comme libérales. N'y a-t-il pas un décalage entre la France et ce qui se passe dans le reste du monde? Quelle est votre vision sur la mondialisation?

N. Sarkozy: La France et l’Europe doivent tirer les conséquences de l’élection de Donald Trump.

Les Etats-Unis se sont dotés d’un Président qui va défendre avec une force redoublée les intérêts des américains, il faut donc que la France et l’Europe nous tirions immédiatement les conséquences de l’arrivée de Donald Trump, l’Europe ne peut plus être faible, l’Europe ne peut plus être naïve.

Pour cela, je demande l’adoption sans délai d’un Buy European Act, au même titre que les américains ont un Buy American Act. Dès que les Etats-Unis font un marché public, choisissent une entreprise, si cette entreprise est étrangère elle est obligée de construire aux Etats-Unis 50% de la commande publique. Je veux que l’Europe se dote de la même arme, nous ne pouvons plus laisser partir notre industrie.

Donald Trump a dit une deuxième chose, il ne tiendrait pas compte des conclusions établies à l’issu de la Cop 21, nous verrons s’il tient cet engagement et dans ce cas je demanderai que l’Europe se dote d’une taxe carbone à ses frontières pour tous les produits qui viendraient des Etats-Unis, si les Etats-Unis s’exonèrent des règles environnementales que nous nous imposons à nos entreprises. Je crois au commerce, au libre-échange et à la libre circulation des biens et des personnes mais je veux que dans ce monde sans pitié, l’Europe se réarme et puisse se défendre.

Nouvelles d'Europe: Pensez-vous qu'il y a une crise identitaire en France ? Et quelles seraient vos propositions pour y remédier ? L'immigration en France est-elle mise en question? Quelles seraient les premières mesures que vous prendriez une fois élu Président?

N. Sarkozy: Hier encore, affirmer publiquement qu’il existait une identité française, elle-même faite d’identités multiples, anciennes ou plus récentes, était considéré par ceux qui prétendaient arbitrer la pensée politique dans notre pays comme une insupportable provocation. Il était donc interdit d’évoquer l’identité de la France. La lucidité nous oblige à dire que nos procédures d’intégration sont frappées d’une embolie complète depuis que nous avons été submergés par le nombre. Pour cela je propose une réduction drastique du nombre d’étrangers accueillis en France. En ce qui concerne l’immigration économique, nous devrons la stopper pendant le prochain quinquennat. Nous devons porter une politique d’assimilation pour que le nouveau venu adopte la culture française. C’est pourquoi je veux proposer un nouveau pacte d’assimilation, qui passe par l’éducation, afin de redonner à l’histoire de notre pays toute sa place. Enfin, je propose que, tant que la nouvelle politique d’immigration ne sera pas mise en œuvre au plan national comme européen, le regroupement familial soit suspendu.Nous devrons également nous engager dans un Schengen II, avec un Euro-Schengen, une même politique migratoire, une même détermination à lutter contre l’immigration clandestine. Dans l’attente, je demande à ce que les contrôles à nos frontières soient maintenus jusqu’à la mise en place d’un Schengen II. Par ailleurs, un délai de 5 ans sera établi avant qu’un étranger puisse bénéficier en France d’une allocation sociale non contributive. Enfin, la suppression de l’AME (Aide Médicale de l'Etat) sera remplacée par une aide couvrant uniquement les urgences vitales.

Nouvelles d'Europe: La communauté chinoise en France est particulièrement préoccupée par le problème de l'insécurité qui persiste et même s'aggrave dans certains quartiers, quelles seraient vos propositions pour garantir la sécurité des citoyens?

N. Sarkozy: J’ai été extrêmement choqué par le drame d’Aubervilliers. Cet acte d’une barbarie inouïe m’a profondément touché. Ce n’est malheureusement pas un cas isolé ; tout le monde sait que les agressions et les violences envers les membres de la communauté chinoise ont littéralement explosé au cours des dernières années. Ce phénomène n’est ni plus ni moins que le résultat du recul de l’autorité de l’Etat que je n’accepte pas. Les membres de la communauté chinoise ont le droit d’être défendus comme les autres. Je connais bien la communauté chinoise de France, pour laquelle j’ai beaucoup d’estime et de considération. Elle travaille dur, elle ne se plaint jamais, elle est solidaire. Mais ce n’est pas parce qu’elle ne réclame rien, parce qu’elle ne casse rien qu’elle ne doit pas être protégée. Vous me demandez ce que je compte faire : vous l’avez vu, j’ai mis la restauration de l’autorité de l’Etat et le renforcement de la sécurité des Français au cœur de mon projet, car je considère que c’est l’un des premiers défis auxquels nous sommes confrontés. Les mesures que je propose profiteront à la communauté chinoise de France autant qu’à tous les Français. Ces mesures sont également nécessaires et indispensables pour redonner confiance aux touristes, notamment asiatiques, qui visitent notre pays et sa capitale.

Nouvelles d'Europe: Comment voyez-vous l'avenir des relations franco-chinoises? Et la stratégie de la Nouvelle Route de la Soie? Quels en sont les défis et les opportunités? Et pour ce qui relève des coopérations économiques entre les deux pays, notamment en marchés tiers en Afrique par exemple, ou en Europe, comme cette coopération franco-chinoise dans le domaine de l'énergie nucléaire à Hinkley Point au Royaume-Uni?

N. Sarkozy: La Chine est devenue une immense puissance économique et comme toutes les grandes puissances économiques il est légitime qu’elle développe une stratégie de rayonnement d’autant qu’elle a la possibilité de l’appuyer sur des ressources financières considérables. Cette stratégie peut développer des partenariats « gagnant gagnant », fondés sur la loyauté et la réciprocité. C’est vrai pour les pays directement bénéficiaires des investissements chinois, c’est vrai aussi pour des pays comme la France qui a tout intérêt à nouer des alliances additionnant les atouts de l’un et de l’autre pour bâtir certains projets. Le projet d’Hinkley Point au Royaume-Uni en est la démonstration. Président de la République, j’ai cherché dans certains domaines de Haute technologie, comme celui du nucléaire, à construire ces partenariats qui peuvent être bénéfiques pour les deux parties.

Propos recueillis par Zhang Xin

Nouvelles d'Europe

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