NKM: «Je suis le produit de la droite et de la gauche. C’est mon histoire politique et familiale. »

2016-12-12 03:56:28 Chine-info.com

Nouvelles d'Europe: En tant que candidate à la primaire de la droite, au lieu de parler comme d'autres candidats de la politique, de l'économie et de l'éducation, vous avez présenté votre projet, adapté à une "nouvelle France" ("Nouvelles libertés", "nouvelles sécurités" et "nouvelles responsabilités"), est-ce pour montrer votre ligne de démarcation par rapport à la droite traditionnelle, dite "conservatrice"?

Nathalie Kosciusko-Morizet: Les Français ont compris que nous avions changé de monde. Ils ont compris que le numérique et les multiples applications qui en découlent imprimaient une transformation radicale des modes de vie et de travail.

Une Nouvelle Société est en train de naître. Cette Nouvelle Société, pour émerger, a besoin qu’on l’aide à bâtir une Nouvelle France, plus libre, plus participative et plus optimiste.

Une Nouvelle France qui doit faire naître des nouvelles libertés, citoyennes, économiques et écologiques.

Une Nouvelle France qui doit construire des nouvelles sécurités, fiscales, sociales, familiales, professionnelles ou générationnelles.

Une Nouvelle France qui doit assumer des nouvelles responsabilités, pour son école, la maîtrise de sa dépense publique, la défense de sa laïcité ou l’avenir de l’Europe.

Voilà pourquoi j'ai construit mon programme autour de ces trois axes, qui représentent l'avenir des Français.

Nouvelles d'Europe: Contrairement à beaucoup de ténors de la droite, vous vous êtes montrée intransigeante vis-à-vis du Front national, notamment par votre opposition à la stratégie du "ni-ni" des Républicains; avez-vous changé d'avis pour les élections de 2017? Pourriez-vous expliquer pourquoi?

NKM: J'ai toujours été absolument contre le “ni-ni”, qui consiste à ne pas choisir entre notre adversaire (le PS) et notre ennemi (le FN). Je crois, comme les Gaullistes authentiques, comme les centristes, comme les humanistes de droite, que l'extrême-droite est notre ennemi et le reste. Je n'ai pas changé d'avis : je pense que cette politique du “ni-ni” est une faute morale et une erreur politique.

Nouvelles d'Europe: Vous promettez une réduction d'impôts et de charges de l'ordre de 100 mds d'euros pour les entreprises et un "État humble" avec 100 mds de dépenses publiques de moins, c'est donc plus d'économie et moins d'État? Peut-on qualifier votre pensée politique et économique de "libérale"? Pourquoi?

NKM: Les entreprises françaises sont asphyxiées par les charges et les impôts. Elles doivent supporter 100 Md€ de prélèvements obligatoires de plus que les entreprises allemandes. À une époque où les marchés (et notamment en Europe) sont parfaitement intégrés, nos entreprises ne peuvent se montrer compétitives si on ne leur redonne pas de l'air. Elles ne peuvent pas embaucher, et elles ne peuvent pas investir. C'est pourquoi la France a un taux de chômage beaucoup plus élevé qu'en Allemagne et une croissance atone depuis 5 ans, alors que l'Allemagne a su rebondir après la crise.

Je veux libérer les entreprises, car ce sont elles qui font vivre notre économie, qui font vivre nos compatriotes.

A l'inverse, la dépense publique est l'une des plus élevées au monde, pour un résultat très moyen. Je veux réformer l'État-providence, améliorer l'efficacité de la dépense publique, et utiliser les économies réalisées pour financer le choc fiscal de 100 Md€ en faveur de l'investissement et de l'emploi.

Nouvelles d'Europe: Vous parlez du chômage et du terrorisme comme grands risques de la société française d'aujourd'hui et évoquez cette nouvelle France révolutionnée par le numérique: vous promettez une "transformation radicale" de nos "modes de vie et de travail". Alors qu'aux États-Unis les débats sont lancés sur "le monde des bits et le monde des atomes", pensez-vous vraiment que le numérique serait la clé pour remédier au chômage et résoudre d'autres problèmes?

NKM: La révolution du numérique est extraordinaire. Aux États-Unis, au Royaume-Uni, dans plusieurs autres pays, elle révolutionne les emplois, la société, la santé, l'éducation, et la politique !

En France, elle est sous-exploitée. Le Code du Travail n'est pas adapté à l'émergence des nouveaux métiers du numérique, et les politiques continuent à légiférer comme au siècle dernier alors que les Français gèrent leur vie sur leur smartphone.

Pire, elle est crainte alors qu'elle représente un potentiel incroyable pour vaincre les fléaux qui ravagent notre pays (chômage, insécurité, terrorisme...)

Il ne suffit plus de regarder la vague du numérique passer comme nous le faisons aujourd'hui. Il faut l'accompagner, la surfer pendant qu'elle est vigoureuse. Et pour cela il faut avoir le courage de réformer notre pays.

Nouvelles d'Europe: Et comment comptez-vous faire pour rassurer que, en défaisant le salariat au sens classique, on aurait plus de protection?

NKM: Je ne cherche pas à défaire le salariat, mais à développer et accompagner l'émergence du travail indépendant. L’essor incroyable du travail libre est une chance pour lutter contre notre principal fléau sociétal : le chômage de masse et son cortège de destructions sociales et humaines. Regardons ailleurs : 90 % des emplois créés au Royaume-Uni en 2013, en sortie de crise, ont été l’œuvre de travailleurs indépendants.

Aux questions douloureuses que le RSI laissait en suspens - comment être certain que mes enfants seront protégés, quelle imposition anticiper, à combien faut-il cotiser ?... – je propose de substituer la création d’un statut général du travailleur indépendant, qui regrouperait des dispositions communes à toutes les différentes formes de travail indépendant, afin de réduire la complexité des multiples statuts, et qui garantirait une protection sociale renforcée et simple pour les indépendants.

Les travailleurs indépendants, tous regroupés sous ce label, auraient alors un choix très simple : rejoindre le régime général, garant de prévisibilité, ou opter pour des assurances privées, moyennant une contribution de solidarité très inférieure à leurs cotisations actuelles.

Nouvelles d'Europe: Que proposez-vous sur le temps du travail réglementé (par exemple les 35h) et sur les retraites?

NKM: Je pense que les Français sont assez grands pour choisir eux-mêmes le temps qu’ils souhaitent travailler ou l’âge de leur départ à la retraite.

La question n'est plus de savoir si l'on doit travailler 35, 37, 39 heures ou plus. Il faut en finir avec la durée légale unique, uniforme, identique pour tous. Il faut naturellement respecter la législation européenne qui fixe à 48 heures la durée hebdomadaire maximale, mais renvoyer le reste à l’accord dans l’entreprise. Il s'agit d’anticiper, de s’adapter aux nouvelles formes de travail, qui se développent à côté du salariat.

Je veux également mettre en place un régime de retraite par points pour tous, comme les Suédois l’ont fait. Chacun saura alors, à tout moment, quel sera le montant de sa retraite s'il décidait de la prendre aujourd'hui, dans 5 ans ou dans 10 ans.

Nouvelles d'Europe: Presque tous les candidats de la droite prônent la suppression de l'ISF, mais vous avez une position plus nuancée: vous voulez le transformer en obligation d'investissement. Pourquoi?

NKM: L'ISF est confiscatoire. Je veux abaisser son taux supérieur, et supprimer le plafonnement de l'ISF-PME pour le transformer en obligation d'investissement. Cela permettra de rediriger des capitaux privés vers les PME en difficultés de financement.

Si on supprime l’ISF, on risque de ne faire que ça en matière de réforme fiscale, alors que cela concerne très peu de Français. Je préfère m'intéresser à l'impôt sur le revenu qui concerne un nombre plus important de Français.

Nouvelles d'Europe: Vous êtes la seule personne parmi les candidats de la droite à proposer le revenu de base. Pour quelles raisons? Pouvez-vous l'expliquer?

NKM: Notre système fiscal est illisible, l’impôt sur le revenu n’est payé que par une minorité de ménages français, les niches fiscales toujours plus nombreuses favorisent ceux qui sont des experts de l’optimisation, et chacun soupçonne l’autre de bénéficier de plus d’aides que lui. L’opacité de l’impôt sur le revenu et des aides alimente le sentiment que le travail ne paye pas, que le système est injuste. En outre, payer l’impôt sur le revenu est un des ciments de notre société, il doit être partagé par tous. Enfin, le modèle social actuel n’encourage pas à retrouver un emploi : la perte des allocations n’est pas toujours compensée par le salaire.

Je veux simplifier cette fiscalité en mettant en place une réforme à trois volets, tous les trois absolument indissociables. Un revenu de base de 470€/mois qui remplace les minima sociaux du même montant, mais distribué à tout adulte, qu'il travaille ou non ; un revenu de 200€ par enfant de moins de 14 ans, et 270€ par jeune de 14-17 ans, distribué aux parents, qui remplace les allocations familiales ; et enfin un impôt proportionnel (flat tax) de 23,5% sur tous les revenus hors revenu de base, qui remplace l'impôt sur le revenu actuel. Cette flat tax permet que tout le monde participe aux financements publics, et que chaque euro gagné vaille la même chose après prélèvement fiscal afin que le travail paie toujours.

Nouvelles d'Europe: Vous insistez sur l'importance de l'adaptation à un monde qui change, mais vous n'avez pas évoqué la volonté de changer ce monde, injuste à bien des égards, avec par exemple un système financier qui a fait beaucoup de dégâts dans le monde et de toutes sortes de mesures fiscales qui aggravent les inégalités. Pourquoi?

NKM: Je suis candidate à une élection pour présider la France. Or le système financier qui s'impose à la France est international. Les pays qui ont tenté de mettre en place un système anticapitaliste ont connu un violent échec et en souffrent encore plusieurs années plus tard. Il faudrait un consensus international pour changer ce modèle. Ceux qui pensaient en 2012 que notre ennemi était la finance ont compris que cette philosophie était néfaste pour les Français. Au contraire, la France doit trouver sa place dans le capitalisme du 21ème siècle et adapter son modèle pour en tirer le meilleur profit, en ne laissant surtout personne de côté.

Nouvelles d'Europe: Vous dites "Je suis de droite et de gauche" : que voulez-vous dire par ces termes? Que l'idéologie vous paraît peu importante? Que vous êtes une politique pragmatique?

NKM: On ne peut pas tout organiser de manière artificielle autour du clivage gauche/droite. Il y a des conservateurs de gauche et des conservateurs de droite ; des révolutionnaires de gauche et des révolutionnaires de droite. Il est détestable de toujours structurer la vie politique comme un théâtre qui serait fait juste de la polémique entre droite et gauche. Je veux pouvoir dire que je suis le produit de la droite et de la gauche. C’est mon histoire politique et familiale. Et c’est le cas de beaucoup de Français.

Nouvelles d'Europe: Les relations franco-chinoises paraissent très importantes pour beaucoup de la communauté chinoise en France. Quelle en est votre vision?

NKM: Les relations franco-chinoises sont très importantes pour la France. La coopération dans de nombreux domaines tels que le commerce ou le tourisme est importante pour les deux pays. La Chine est un partenaire stratégique et le sera encore plus dans les années à venir.

Nouvelles d'Europe: L'insécurité est une question qui préoccupe la communauté chinoise. Que comptez-vous faire?

NKM: L’insécurité concerne malheureusement beaucoup de résidents en France. Il faut réinvestir dans la sécurité mais surtout clarifier le rôle de chacune de nos forces de sécurités. La police municipale doit être dotée de plus de compétences pour œuvrer pour la sécurité et la tranquillité publique.

Nouvelles d'Europe: Quelle est la place de l'immigration dans votre programme?

NKM: L’immigration est un sujet primordial. Tout d’abord, je ne reviendrai pas sur le droit du sol, cela fait partie de notre histoire. Cependant, il faut réduire le conditionnement du regroupement familial en revoyant les conditions d’obtention. De plus, l’immigration économique doit également répondre à des objectifs stricts d’emplois non pourvus qui seront fixés par le Parlement chaque année.

Nouvelles d'Europe: Certains membres de la communauté chinoise critiquent l'insuffisance de la méritocratie en France. Que leur répondrez-vous?

NKM: La méritocratie française existe. Ce principe est indissociable des valeurs de la République. Il faut aller encore plus loin et l’intensifier. C’est pour cela que je propose que les droits d’inscriptions à l’université soient progressifs en fonction des revenus. Et pour préserver l’accès de tous à l’enseignement supérieur, chaque université devrait avoir l’obligation d’un quota de boursiers de 30%.

La rédaction de Nouvelles d'Europe

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