Bruno Le Maire: « Les gestes racistes qui se multiplient contre la communauté chinoise sont absolument inacceptables en France »

2016-12-19 03:47:53 Chine-info.com

Rencontre avec Bruno Le Maire, candidat déclaré à la primaire à droite en vue de l'élection présidentielle 2017.

Ancien Ministre de l'Agriculture, le député Les Républicains de l'Eure déplore les agressions dont la communauté chinoise est victime et revient sur son contrat présidentiel, notamment sur sa politique de l'immigration et sur les relations franco-chinoises.

Nouvelles d’Europe : La communauté chinoise a organisé une manifestation le 4 septembre dernier, suite à une agression mortelle d’un commerçant d’origine chinoise. Il y a quelques jours encore, le 29 septembre, 3 personnes ont été condamnées pour le vol « raciste » d’une famille asiatique par le tribunal correctionnel de Bobigny. C’est la première fois qu’est reconnu le caractère raciste d’un vol avec violence au préjudice de la communauté asiatique. Ce qui est hautement symbolique. Quelle est votre remarque ? Quelles sont les mesures que vous proposerez en matière de sécurité ?

Bruno Le Maire : D’abord je dois dire que j’ai été très touché par les agressions dont la communauté chinoise a été victime. C’est scandaleux et totalement inacceptable. Et cela ne doit pas se reproduire. Ces gestes racistes qui se multiplient contre la communauté chinoise sont absolument inacceptables en France. Je suis de tout cœur avec la communauté chinoise contre ces agressions. Ensuite, la réponse passe évidemment par une réponse policière, mais surtout par une réponse judiciaire. Il faut renforcer les moyens de la justice pour qu’elle puisse donner les sanctions exemplaires et rapides aux auteurs de ces actes. Et j’ai prévu, dans mon contrat présidentiel, un renforcement très important des moyens de la justice pour qu’elle puisse juger plus vite et plus fort. Quand il y a récidive d'un acte raciste, à l’encontre de la communauté chinoise ou de toute autre communauté, la sanction doit être exemplaire et tomber tout de suite. Pour moi, la ligne est très simple: tolérance zéro contre ce type d’acte.

Nouvelles d’Europe : Les récents évènements ont mis sur le devant de la scène une génération de jeunes français d'origine chinoise, prête à défendre leurs idées et intérêts. Vous incarnez également le renouveau du paysage politique de la France. Comment voyez-vous cette nouvelle génération et son implication future dans la vie politique française ?

BLM : Je vois ça de manière très positive, je pense que c’est très important qu’il y ait ce renouvellement politique. Je peux vous dire qu’il y aura un renouvellement politique en France le 27 novembre prochain au second tour de la primaire de la droite et du centre.

Pour moi, les chinois sont les bienvenus. La communauté chinoise, qui travaille, crée des richesses et des emplois, avec laquelle nous avons des échanges culturels très forts, apporte beaucoup à la France.

Nouvelles d’Europe : Votre projet présidentiel comprend également un volet sur l’immigration. Comment analysez-vous la situation actuelle sur ce sujet ? Quelles sont vos remarques concernant la construction européenne et l’espace de libre circulation ? Faut-il fermer les frontières ou introduire des mesures drastiques de contrôle ?

BLM : Oui, il faut contrôler les frontières. Il n’y a pas de grand espace politique sans contrôle stricte des frontières. La Chine contrôle ses frontières, l’Europe doit être capable aussi de contrôler strictement ses frontières. Aujourd’hui, elle n’y arrive pas parce qu’il y a un afflux de réfugiés très important. Je souhaite que l’on se dote de tous les outils policiers et judiciaires pour mieux contrôler les frontières de l’Union Européenne, sinon elle disparaîtra.

Ensuite, le contrôle doit être plus strict en matière d'immigration. On ne doit accepter sur le sol français que ceux qui ont le droit d’être sur le sol français. Ceux qui n’ont pas le droit, qui n’ont pas de carte de séjour ou qui sont rentrés de manière illégale doivent être expulsés du territoire français. C’est la condition pour que ceux qui viennent légalement puissent être accueillis dans les meilleures conditions possibles.

Concernant l’espace européen, je pense que le départ de la Grande-Bretagne de l’UE offre une chance unique à la France de reprendre le leadership politique en Europe qui lui fait défaut aujourd'hui. Pour cela, il faut être une puissance économique et culturelle. Et je souhaite que la France redevienne ce grand leader en Europe qu’elle a toujours vocation à être.

Nouvelles d’Europe : Le parlement européen a récemment adopté une résolution rejetant la perspective que l’UE reconnaisse à la Chine le statut d’"économie de marché". Quelle est votre position à cet égard ? Comment interprétez-vous la tendance au protectionnisme aussi bien en France qu’en Europe ?

BLM : Le protectionnisme n’est pas qu’en France ou en Europe. La Chine est très habile pour se doter de réglementations très strictes qui lui permettent de se protéger. Les Etats-Unis également. Essayez de vendre un Airbus à l’armée américaine, vous verrez à quel point c’est compliqué. Donc je crois que chaque grand continent fait cela.

Sur l’économie de marché, je pense que c’est prématuré. Il ne faut pas précipiter les choses. Cela ne nous empêche pas de construire une relation économique très forte entre la France, l’Union Européenne et la Chine. J’estime que les échanges commerciaux entre la France et la Chine sont très en dessous de ce qui devrait être. Il y a des possibilités de développement majeures, des échanges économiques entre la France et la Chine, et il n’y a pas besoin de reconnaître l’économie de marché à la Chine pour ça. Il faut développer les investissements, il faut rendre notre pays plus attractif, il faut développer certaines filières sur lesquelles nous avons de vraies possibilités, qui vont du nucléaire à l’agroalimentaire en passant par l’agriculture, où il existe des possibilités de développement entre les deux pays qui sont exceptionnelles.

J’ai été ministre de l’agriculture et j’ai été très lié avec mon homologue chinois, me rendant à plusieurs reprises en Chine pour des négociations sur les relations agricoles entre la France et la Chine. La Chine a plus d’un milliard de personnes à nourrir, le développement agricole est une clé absolue, c’est fondamental pour le continent chinois. Il y a un départ massif des campagnes vers les villes en Chine qui pose un vrai problème agricole. De ce point de vue là, une coopération renforcée entre la France et la Chine dans le domaine agricole me paraît une vraie priorité.

Nouvelles d’Europe : On parle de la levée de l’embargo des bœufs français pour le marché chinois. Quel argument donneriez-vous pour persuader le gouvernement chinois de lever cet embargo ?

BLM : La raison est simple, c’est que le bœuf français est le meilleur au monde et que ce serait dommage que la Chine, qui est une immense civilisation ayant une culture culinaire exceptionnelle, soit privée du meilleur produit bovin, c’est à dire le bœuf français. Voilà l’argument.

Mais de manière plus générale, j’attache de l’importance, au delà de l’agriculture, à une relation économique beaucoup plus poussée entre la France et la Chine, et surtout une relation stratégique. Il y a un vrai axe à construire entre la France, la Russie et la Chine, sur toutes les questions stratégiques qui concernent la stabilité au Moyen-Orient, la paix dans le monde, etc. Je crois que nous avons beaucoup de choses à construire ensemble et cela fait partie de mes priorités si demain je devais être élu président de la République.

Nouvelles d’Europe : La presse a dévoilé votre projet présidentiel qui est très dense. Quel est le sujet qui vous préoccupe le plus?

BLM : Ce qui me préoccupe le plus, c’est la question du travail, qui reste la question fondamentale pour la France. Un pays dans lequel il n’y a pas de travail pour tout le monde est un pays qui se porte mal donc pour moi, la priorité absolue aujourd’hui est de redonner un travail à tous en France. Et cela passe par des transformations complètes de notre modèle économique et social. La communauté chinoise en France est très importante et travaille beaucoup, qui se heurte à des obstacles en matière réglementaire, législative très importants. Prenez par exemple les 35h : ma proposition serait de laisser chaque entreprise libre de décider de son temps de travail. Je veux que ceux qui ont envie de travailler en France, qui ont envie de développer des emplois et des entreprises, puissent le faire beaucoup plus librement.

Nouvelles d’Europe : Le gouvernement actuel a engagé des réformes sur la loi du travail mais qui rencontrent des refus de la part des travailleurs. On remarque que ces réformes sont en grande partie des idées défendues par la droite. Pourquoi la droite s’y oppose-t-elle ? Quels seraient les remèdes que vous prescrirez pour inverser la courbe de l’emploi ?

BLM : D’abord il y a des oppositions tout simplement parce que le président de la République, le gouvernement de gauche, n’ont pas annoncé à l’avance ces réformes. Quand vous prenez les gens par surprise, ça se passe toujours mal. Je pense qu’il faut prévenir les gens à l’avance, préciser son projet. C’est tout le sens de mon contrat présidentiel. Il est précis, détaillé et chiffré. Au moins les gens savent ce que je propose et où je veux aller. Ce n’est pas le cas de ce que fait la gauche qui à la fin de son quinquennat sort une loi qui surprend tout le monde.

La deuxième chose, et pour le coup c’est vrai que la droite a manqué de courage pour porter ces changements dans l’organisation du marché du travail en France, c'est la question du temps de travail et du soutien aux entrepreneurs. Cela fait 30 ans que nous aurions du soutenir davantage nos entrepreneurs, les artisans, les commerçants, libérer le marché du travail. Et bien moi je suis décidé à le faire maintenant.

Entretien réalisé par Liu Jian et Zhang Xin

Propos recueillis par Zhu Shanshan

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