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"Marchons sur un grand chemin", une série documentaire historique sur l'évolution de la Chine depuis 1949

2019-11-27 Lionel Vairon

En octobre 2019, la République Populaire de Chine a célébré son 70ème anniversaire avec faste. La télévision nationale chinoise a diffusé à cette occasion une série de 24 documentaires intitulée « Un voyage historique » abordant l’ensemble des secteurs de la vie nationale depuis la fondation de la république populaire le 1er octobre 1949 sur la place Tian An Men jusqu’à la période la plus récente. Ce documentaire, diffusé en langue anglaise, est venu à point, alors que la Chine est désormais victime d’une campagne quotidienne dénonçant son émergence dans la société internationale et l’accusant de tous les maux, pour rappeler d’où est partie la nation chinoise en 1949 et ce qu’elle a accompli en soixante-dix années. Il mérite, en cette époque de brouillard médiatique et de réécriture de l’histoire, d’être regardé avec attention par un public étranger peu au fait de l’histoire chinoise et trop souvent écrasé par les approximations médiatiques, les préjugés et la désinformation. Naturellement, la Chine est susceptible d’être critiquée car aucun État ni aucun gouvernement ne sont parfait ou irréprochables. Des erreurs, quelquefois graves, ont été commises pendant la période post-révolutionnaire, mais elles ne peuvent servir à jeter aux oubliettes les prouesses du peuple chinois. Pour n’évoquer que la France, pendant les quatre-vingt-dix années – de 1789 à 1870 - qui ont suivi sa révolution, la France a connu une série de tragédies, de révolutions, de guerres et d’errements politiques, sans oublier une politique coloniale qui fit des millions de victimes.

En octobre 1949, la Chine émergeait d’un siècle d’exploitation semi-coloniale, depuis les guerres de l’opium et les plus de 400 traités inégaux qui s’en suivirent, le règne des seigneurs de la guerre jusqu’à l’invasion japonaise et la guerre civile qui causa vingt millions de morts. Les images d’archives de cette fin des années quarante sont parlantes: un pays dévasté par les guerres, appauvri, où la famine était le lot régulier des campagnes, où les populations rurales vivaient dans un état de quasi esclavage. Ces images montrent également l’extraordinaire enthousiasme des populations tant rurales qu’urbaines lors de l’arrivée de l’Armée Populaire de Libération, qui signifiaient pour elles la fin des guerres incessantes et la souveraineté nationale retrouvée.

Parmi les épisodes les plus marquants de cette série, « La lutte contre la pauvreté », « Un destin commun » et « Une glorieuse nouvelle ère » sont peut-être les plus marquants car ils présentent la Chine du XXIe siècle avec ses succès, ses aspirations et sa volonté de partager sa prospérité nouvelle avec le reste de la planète. Depuis le début des réformes en 1978, 800 millions de citoyens chinois ont été sortis de la pauvreté absolue, un résultat inégalé dans l’histoire humaine. S’il demeure entre 70 et 90 millions de pauvres selon les sources de statistiques, le président Xi Jinping s’est engagé en 2015 devant le Forum contre la Pauvreté à Beijing à éradiquer complètement cette pauvreté absolue d’ici 2020. Des politiques ad-hoc ont été mises en place pour atteindre cet objectif. Les dirigeants chinois entendent bâtir à terme un « pays socialiste moderne, démocratique, prospère, civilisé, harmonieux et beau », une grande partie du chemin a été fait mais nombre d’obstacles demeurent. Après soixante-dix années, le pays a hissé sa population de la famine généralisée à une société de prospérité modérée, un succès déjà particulièrement remarquable. Quelques chiffres donnés illustrent cette situation : en 60 secondes, le train rapide chinois parcourt six kilomètres, 400 000 yuans [52 000 €] sont payés par des moyens électroniques, 9 600 colis arrivent à leurs destinataires ; le PIB augmente de 177 millions de yuans [22 820 000 €], 475 km de routes sont pavés et 30 millions de yuan [3 870 000 €] de marchandises exportées… La nouvelle ère qui s‘est ouverte en 1978 avec les réformes a permis en quarante ans à la Chine de devenir la 2ème puissance économique mondiale, d’atteindre le 1er rang mondial pour la production manufacturière, le commerce international et les réserves de devises, mais aussi pour la production d’acier et de charbon et d’électricité. 29 000 km de lignes de train à grande vitesse ont été construites et d’ici 30 000 km devraient être encore mises en services d’ici 2020. Parmi ses réalisations technologiques, il faut souligner la réalisation du plus grand télescope au monde – 500 m de diamètre, appelé « l’œil du ciel » -, le lancement en 2017 du premier avion de transport de passagers ou l’exploration pour la première fois dans l’histoire, de la face cachée de la lune en janvier 2018 dans le cadre du programme spatial Chang’E.

Ces progrès technologiques ont très fortement contribué aux succès rencontrés dans la lutte contre la pauvreté. Ainsi, les régions les plus reculées du pays et les plus inaccessibles du pays, souvent peuplées de minorités nationales, ont bénéficié du développement de la 5G, de la couverture satellitaire ou du développement des voies ferrées et des routes. Les éleveurs en Mongolie Intérieure, dont le temps était absorbé par la recherche des animaux égarés, ont aujourd’hui accès au GPS, passés au cou des animaux, et qui leur permet de contrôler en temps réel la position des troupeaux et, surtout, de consacrer davantage de temps au travail de la terre, également mécanisé. La technologie est ainsi entrée dans tous les secteurs de la vie économique et a permis de faire face aux problèmes insurmontables que constituaient autrefois l’isolement, les obstacles naturels, le niveau d’éducation, l’absence de réseaux de communication…

C’est sur la foi de ces succès économiques et sociaux incontestables que le président chinois Xi Jinping a affirmé sa volonté d’approfondir les réformes, de mettre en œuvre de nouvelles politiques sociales, en particulier en faveur des populations le plus défavorisées, mais aussi de lancer des initiatives au plan international pour faire prendre conscience à ses homologues de l’importance qu’il y a à accorder une attention particulière aux problèmes du sous-développement. Dans un monde devenu d’une complexité extrême face aux conflits régionaux, au terrorisme, aux politiques de puissance menées par certains acteurs et aux inégalités de revenus considérables, la voix de la Chine se fait entendre de manière croissante pour appeler les nations à orienter leurs efforts vers l’objectif de communauté de destin pour l’avenir de l’humanité. Ce concept novateur est devenu le fil conducteur de la politique étrangères de la Chine. Le président chinois a entamé une activité diplomatique très intense, multiplié les voyages à l’étranger et les participations à des rendez-vous internationaux, afin de convaincre de la pertinence de son analyse. L’initiative Ceinture et Route a été inauguré dans ce but et appuyée par la création de la Banque Asiatique des Infrastructures. Si cette initiative a rencontré un incontestable succès, en particulier dans les pays en voie de développement, elle se heurte également à un regain de protectionnisme et d’hostilité de la part de ceux dont cette politique vient bouleverser les habitudes hégémoniques. Le déclenchement en 2017 par le président américain d’une guerre commerciale contre la Chine – mais aussi contre d’autres partenaires commerciaux des États-Unis – a d’ores et déjà eu de graves conséquences pour les économies américaine et chinoise, mais également pour la croissance mondiale. La Chine représentait jusqu’à présent 30 % de la croissance mondiale, la politique de Washington ne peut donc que nuire à l’ensemble de la communauté internationale. La relation sino-américaine est pourtant désormais le facteur central de l’ordre international : à eux deux, la Chine et les États-Unis représentent 1/3 de l’économie mondiale, ¼ de la population et 1/5 du commerce mondial. Face à cette provocation américaine et à l’escalade incessante de cette hostilité, la Chine a tenté, avec peu de succès jusqu’à présent en raison de l’incohérence et de l’inconstance des exigences américaines, de faire face avec calme et bonne volonté. Cette menace sur l’économie mondiale que font peser les États-Unis vise, au-delà des problèmes commerciaux, à enrayer l’émergence de la Chine. Mais cette stratégie est condamnée à l’échec car tous les acteurs de la communauté internationale doivent désormais choisir en l’hégémonie et la voie vers une communauté de destin. La série documentaire de CGTN présente ces succès chinois et éclairent les limites de ceux qui tentent de briser cet élan…

Site du documentaire : https://francais.cgtn.com/n/BfIcA-CIA-EA/BEEIAA/index.html

Lionel Vairon est titulaire d’un doctorat d’études vietnamiennes, diplômé de Chinois et de Sciences politiques ; ancien journaliste (1985-1989), ancien diplomate (1991-2002) en poste successivement au Cambodge, en Thaïlande et en Iraq, ancien enseignant à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales au Département de Vietnamien et de Hautes Études internationales et à HEC, conférencier sur la Chine à l’IHEDN et à l'École de Guerre ;auteur d’articles de plusieurs ouvrages sur la Chine en France, en Chine et aux États-Unis, et dans des revues spécialisées, en particulier sur la géopolitique de la Chine, les relations internationales, le monde arabo-musulman et les mouvements communistes indochinois. Président de la société CEC Consulting et Senior Researcher de l'Institut Charhar des Relations internationales et de diplomatie publique à Pékin.

Photo : Wu Yi - Unsplash

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