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La leçon de chinois – Les mots venus d’ailleurs dans la langue chinoise (2)

2020-04-01 Le 9 Joël Bellassen

Phénomène de langue

Les mots venus d’ailleurs en chinois (suite)

Les mots importés dans la langue chinoise ont une histoire, un parcours :

- Jusqu’au IVe siècle après J.-C.

Sur un mode de transposition essentiellement phonétique, les mots proviennent à cette époque des langues des peuples nomades du Nord (auxquelles le chinois doit xīngxīng, orangoutang, ou luòtuo, chameau) ou prennent racine dans le persan, le sanskrit ou le grec (shīzi, lion, ou pútao, raisin).

- Du IVe siècle au XIIe siècle

Durant cette période, le chinois va s’enrichir de mots principalement venus du sanskrit ; le mode de la traduction en fonction du sens va peu à peu s’imposer, favorisant ainsi la diffusion du bouddhisme. Si fútú, puis viennent de Buddha, , pagode, d’une contraction de stupa ; yèchā, démon, de yaksa ; mòli, jasmin, de mallika ; on voit aussi se forger sémantiquement des mots tels que : tiāntáng (« le palais céleste ») pour paradis ; dìyù (« la prison terrestre ») pour enfer ; yīnguǒ, « cause-effet » pour causalité ; xìnyăng pour foi ; guòqù, xiànzài, wèilái, pour passé, présent, avenir, píngděng, pour égalité, etc.

- Du XIIIe siècle au XIXe siècle

Malgré la domination des dynasties Yuan (1279-1368) et Qing (1644-1911), peu de mots mongols et mandchous s’intégreront au chinois. Sont d’origine mongole hútòng 胡同 (ruelle), mógu 蘑菇 (champignon), zhàn (le relais de poste, la station) ; d’origine mandchoue bièniu 别扭 (mal à l’aise) ou fújìn 福晋 (l’épouse d’un prince) ; d’origine tibétaine lăma 喇嘛 (désignant les guides spirituels tibétains), 哈达 hădá (khata, écharpe de Félicité) ; voire persane 唢呐 suŏnà (sorte de hautbois au son strident). Phénomène intéressant, sous les Ming (1368-1644) et au début des Qing, le chinois va s’enrichir d’un certain nombre de mots issus des langues occidentales, et en particulier des traductions d’ouvrages scientifiques par les missionnaires jésuites. Apparaissent durant cette période : zìxíngchē 自行车 (vélo) ; bǐlì比例 (proportion) ; luòrìjiā 络日伽 (de logica, logique) ; chǐlún 齿轮 (roue dentée) ; jǐ 几何 (géométrie), etc. Que ce soit durant cette période ou durant l’époque de l’introduction du bouddhisme en Chine dès le début de notre ère, la néologie en chinois relève d’une dynamique interculturelle, voire est la résultante d’un dialogue interculturel, tel celui entrepris par Matteo Ricci et Xu Guangqi, savant et ministre de la cour impériale, converti au christianisme. Ce dernier traduira en chinois nombre d’ouvrages scientifiques occidentaux, dont les Eléments d’Euclide. Ces vagues de néologie nous tendent un miroir de ce que la pensée chinoise n’avait pas pensé ou catégorisé : passé-présent-avenir, âme, égalité ou logique. Mais la véritable irruption néologique, au plan quantitatif et qualitatif, est à venir… À suivre.

Le caractère du mois

LA CLÉ DES SIGNES

Le caractère tián figure un champ, divisé par ses chemins de traverse. Associé à la clé de l’homme, la combinaison signifie fermier : diàn ; le caractère signifiant l’homme ( nán) est expliqué par l’association de la force et du champ ; le caractère signifiant peindre : huà représente le tracé délimitant un champ. En revanche, les deux sinogrammes : penser et : fin révèlent une polysémie graphique de en tant que composant, qui représente alors la tête, marquée par la fontanelle : la tête est dans le premier cas associée au cœur, dans le second à la soie, faisant penser à la finesse du cheveu.

MOTS

丹田气 dāntiánqì : souffle qui vient du ventre (que l’on travaille pour le chant, les arts martiaux, la course) [souffle du Champ de cinabre, aux trois centres du corps : cerveau, cœur, ventre]

田鸡 tiánjī : grenouille [poulet des champs]

梯田 títián : rizières en terrasses [champs en escaliers]

EXPRESSIONS

沧海桑田 cāng hăi sāng tián : les vicissitudes et changements de la vie [vaste mer (se transforme en) champ de mûriers]

瓜田李下 guā tián lĭ xià : il ne faut pas prêter aux soupçons [champ de pastèques, sous un prunier : dans un champ de pastèques, ne pas remettre ses souliers, sous un prunier, ne pas ajuster son chapeau, faute de quoi on serait soupçonné de chapardage de fruits…]

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