menu
menu
seacher

Wuhan, la ville punk en déconfinement

2020-04-23 Chine-info Hu Wenyan

Après 76 jours de confinement, la ville de Wuhan, ancien épicentre du Covid-19 rouvrait ses portes le 8 avril 2020, accompagnée de ces paroles « Elle sera libre, elle sera belle. La ville ne ressemblera pas éternellement à une prison », – qui n’ont jamais sonné aussi vraies, tirées d’une chanson sortie en 2008 de SMZB (生命之饼 ou Le Pain de la Vie), le groupe de punk local. C’est que ce genre musical ne se démode jamais à Wuhan, ville précurseuse du punk chinois.

C’est également cette chanson que le groupe Wechat « Rue Lumo » a choisit pour exprimer le ressenti de leurs membres, des bénévoles ayant aidé les habitants de la ville pendant le confinement. Lorsque Wuhan se met en quarantaine le 23 janvier, des citoyens lambda se mobilisent très vite pour apporter leur aide. Le groupe « Rue Lumo », qui rassemble une vingtaine de personnes en fait partie, toutes des amateures de punk. Une initiative spontanée qui fait sens : avant d’être connue dans le monde entier avec l’explosion du coronavirus, Wuhan brillait aussi pour être le berceau de la culture punk en Chine.

1998, année zéro

Dans la vraie vie, la rue Lumo se trouve dans la ville de Wuchang, une des trois villes-arrondissements de Wuhan. Cette rue, qui traverse un quartier universitaire, est surtout connue pour abriter les deux live house les plus connues de la ville : VOX et Wuhan Prison. Les bénévoles du groupe Wechat sont des habitués du quartier, d’où le nom « Rue Lumo » qu’ils ont donné à leur groupe de discussion.

Wuhan, réputée pour être une ville universitaire, compte plus d’un million d’étudiants. Baignée dans la culture jeune, la ville devient le haut-lieu du punk dans les années 90. SMZB, le premier groupe punk de Wuhan naît en 1996. S’ensuit l’apparition de trois autres groupes : Mum (妈妈), Si Dou Le (死逗乐) et Yeux de chien en colère (愤怒的狗眼).

En 1998, ces quatre groupes lancent ensemble une tournée nationale. L’effet fut immédiat et le punk de Wuhan fit sensation en Chine. La même année, Peng Hongwu, rédacteur en chef du magazine Chansons populaires et critique musical très pointu, qualifie pour la première fois Wuhan de « Ville Punk ». Cette réputation fait désormais partie de l’identité culturelle de cette mégapole de plus de dix millions d’habitants.

Wu Wei, fils de prolo devenu parrain du punk de Wuhan

Dans les années 90, le punk de Wuhan, incarné par SMZB, dénote de sa teneur brute dans le paysage musical du pays. Selon Ke Zhang, animateur d’un podcast culturel, « avec une mélodie simple, un rythme accéléré et des paroles sans détour, le groupe aborde souvent des polémiques de la société et des sujets politiques parfois tabous ».

Wu Wei, fondateur et chanteur du SMZB, est considéré comme le parrain du punk de Wuhan. Pour ce fils d’ouvrier, être punk, c’est également être une personne courageuse, honnête, gentille, dotée d’un esprit critique et rebelle. Cet homme de 45 ans pensait faire sa carrière à Pékin, mais il ne supportait pas le climat de la capitale chinoise qu’il considérait fermé et hypocrite, où le concours d’egos était monnaie courante.

Wu Wei en 2019 @compte officiel Weibo de SMZB

Pour Mei Er, un des fondateurs de Dingma, groupe de punk basé à Shanghai, Wu Wei incarne une forme de contestation populaire, aux antipodes d'un courant bobo de Pékin. De quoi donner du charme au punk de Wuhan.

Le punk au moment de l’épidémie : espoir du renouveau

À l’ère d’internet, alors que les jeunes ont davantage accès aux informations et avec elles la prolifération de styles musicaux, la plupart des groupes punk de Wuhan sont tombés dans l’oubli. Mais 20 ans plus tard, le groupe SMZB de Wu Wei tient toujours debout et prévoit de sortir un nouvel album au mois de mai (2020). En plus, l’un des anciens membres du SMZB a fondé la live house VOX, dont le slogan – « Voix des jeunes, voix de la liberté » - nous rappelle toujours la belle époque du punk de Wuhan.

Au moment de l’épidémie, avant que le gouvernement mette en place des mesures nécessaires, des étudiants ou salariés passionnés par le punk, tous adeptes du VOX, s’activaient dans le groupe Wechat « Rue Lumo » et servaient de pont entre les personnels soignants et les livreurs / chauffeurs bénévoles. Ils ont également récolté plus de 40 000 yuans (5 196 euros) pour acheter des équipements dédiés aux hôpitaux. Cette anecdote, qui a été beaucoup relayée dans la presse chinoise, s'inscrit également dans l’héritage du punk de Wuhan.

Le 8 avril, à 00h45, Wuhan a repris vie depuis 45 mn, ainsi que le compte Weibo de la live house VOX qui ne tarde pas à publier son premier message de déconfinement, sobre mais plein d’espoirs : « C’est une nouvelle journée. Bonjour à tous ».

Photo du haut : concert SMZB en 2018 @compte officiel Weibo de SMZB

Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir la newsletter de Chine-info !

Commentaires

Rentrez votre adresse e-mail pour laisser un commentaire.