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Les néologismes de la période moderne - La leçon de chinois

2020-05-06 Le 9 Joël BELLASSEN

Phénomène de langue

Les éruptions néologiques de la période moderne

Depuis les guerres de l’opium au XIXe siècle, un premier enseignement institutionnel de langues étrangères a vu le jour à Pékin en 1862, des centres de traduction sont créés à Pékin, Shanghai et Canton, et la traduction d’œuvres étrangères va connaître un essor sans précédent. Mais c’est autour de la période du Mouvement du 4 Mai 1919, véritable révolution culturelle, que va se produire la première éruption néologique au sein de la langue chinoise. Un de ses principaux mots d’ordre sera d’appeler à l’apparition en Chine de « Monsieur De et Monsieur Sai », respectivement la Démocratie (démòkèlāxī) et la Science (sàiyīnsī).

Il est plus que jamais intéressant de voir à travers ces créations de mots, qu’elles soient phonétiques ou sémantiques, comme peut-être autant de « manques » dans la langue chinoise, comme autant de parties de l’environnement matériel et culturel que celle-ci n’avait pas reflétées : gélángmă, grammaire n’apparaît qu’en 1898 (!), remplacé plus tard par wénfă et yŭfă (« les lois de la langue ») ; la notion de définition fait une entrée tardive dans la langue chinoise avec jièshuō (« le propos qui délimite »), puis dìngyì (« le sens établi ») ; niúyóu (« l’huile de vache »), puis huángyóu (« l’huile jaune ») transposent le mot beurre, etc.

La création de mots à partir du japonais est quantitativement très importante (plus de 70 % des termes de la sphère sociale et des lettres !). Cependant, l’origine même des mots peut relever de trois opérations distinctes :

- Afin de traduire des notions présentes dans les langues occidentales, le japonais utilise des mots du chinois ancien et les investit d’un sens nouveau : c’est le cas pour société, shèhuì ; économie, jīngjì ; métaphysique, xíng’érshàngxué ; conscience, yìshí ; -isme, zhŭyì, etc.

- Le japonais peut avoir recours à des sinogrammes pour rendre la signification du mot : chuántŏng, tradition ; qĭyè, entreprise ; wénhuà, culture.

- Des mots proprement japonais transcrits en chinois : shŏuxù, formalités ; jījí, positif ; xiāojí, négatif, etc.

Importés également de notions occidentales : kēxué science, zhéxué philosophie, gōngwùyuán fonctionnaire, fălü droit, chuánránbìng maladie contagieuse, gōngmín citoyen, zhŭtĭ-kètĭ sujet-objet, jiăoxiăngyuè symphonie, zhèngdăng parti politique, fēnxī analyse.

La fin du XXe siècle continuera de voir le chinois s’enrichir de nouveau mots, notamment grâce à Internet. À suivre…

La vie des caractères

DR.

Que nous donne à voir cette photo ? Bien plus qu’il n’y paraît à première vue… Un caractère de près de trois mètres de haut, signifiant « longévité », creusé dans une paroi rocheuse. Mais encore ? Ce signe d’écriture (壽 ou 寿 en caractère simplifié) s’éloigne de la simple fonction référentielle de la langue : il n’est pas là pour désigner l’objet d’un propos quelconque. Nous sommes en présence de la manifestation d’une fonction quasi magique que certains sinogrammes conservent çà et là : le signe d’écriture se voit conférer le pouvoir de ce qu’il exprime, celui de transmettre ou souhaiter longue vie à ceux qui passent devant l’inscription. Cette photo donne à voir également une fonction esthétique singulière : l’écriture en Chine embellit le paysage. En d’autres termes, ce qui chez nous relève de la culture (l’écriture) s’intègre de façon fusionnelle à la nature.

Joël BELLASSEN, ancien professeur des universités, est inspecteur général honoraire de chinois au ministère de l’Éducation nationale.

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