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Le marché mondial de l'art tente de se réinventer en pleine crise sanitaire

2020-05-14 Le 9 Kavian ROYAI

Avec l'arrêt ou le report des foires et galeries, l'épidémie a porté un coup dur au marché de l'art qui accusait déjà un essoufflement en 2019 après 10 ans de croissance continue. Le marché chinois, 3e plus gros marché au monde, manquerait encore de maturité pour contribuer à sa propre relance, selon les experts.

L’art perdrait-il son statut de valeur refuge ? Au-delà des crises liées au Brexit, aux Gilets jaunes ou à la guerre commerciale sino-américaine, le marché global de l'art montre des signes d'essoufflement et peine à attirer les acheteurs les plus fortunés. C'est ce que montre le rapport « Art Basel and UBS Global Art Market Report » publié par la banque UBS et Art Basel en mars dernier. Ainsi en 2019, le montant total des ventes d’œuvres d'art se serait élevé à 64,1 milliards de dollars, soit une baisse de 5 % par rapport à 2018. Comprises dans ce chiffre, les ventes aux enchères publiques, qui se sont affaissées de 17 %, après deux années de croissance consécutives. Les États-Unis restent le plus grand marché d'art au monde, avec 44 % de part de marché, suivis du Royaume-Uni (20 %), et de la Chine (18 %). Ces trois pays monopolisent à eux seuls plus de 80 % du marché mondial de l'art. Clare McAndrew, l'économiste du rapport d’Art Basel et d'UBS, souligne que même si les ventes d'art font généralement montre d’une bonne résilience face aux contretemps économiques et politiques globaux, les hausses tarifaires et les entraves aux ventes transfrontalières auront également un impact négatif sur la croissance future du marché.

Le marché de l’art chinois a atteint un plateau

La dernière exposition sur la dynastie Qin au Musée du Shandong © Xinhua

« Historiquement, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France étaient les trois plus grands pays commerçants du marché de l'art au monde. À partir de 2003, la demande d'investissements s’est accélérée avec le développement de l'économie chinoise. La Chine a achevé de modifier la configuration du marché mondial en devenant le premier lieu de transaction au monde en 2011 », explique Yu Jinsheng, de la China Auction Industry Association. L'activité du marché de l'art est étroitement liée à l'économie nationale et aux actifs totaux des personnes fortunées, sans compter que les banques commerciales chinoises ont aussi commencé à inclure les actifs culturels dans leurs champs d'activité. La dernière liste des personnes les plus riches publiée par le Hurun Research Institute montre d’ailleurs que sur les 2 816 entrepreneurs milliardaires dans le monde, 799 viennent de Chine, soit près de 30 %. « Le marché de l'art chinois a environ un siècle et demi de retard sur le Royaume-Uni. Toute l’évolution du marché ainsi que le processus de formation d’un réseau nécessaire de galeries n’ont pu suivre le développement économique ultra-rapide du pays et la montée des millionnaires chinois. Aujourd’hui nous avons atteint un ‘plateau’ et la tendance devrait se poursuivre un certain temps », estime Ou Shuying, secrétaire général adjointe de la China Auction Industry Association.

« Les investisseurs chinois ont clairement tendance à acheter chinois et le marché des enchères demeure dominé par l’art traditionnel : peinture, calligraphie, porcelaine... »

Au niveau local, les investisseurs reflètent des goûts différents. Ainsi l’art demeure une part importante des capitaux chez les investisseurs américains ou britanniques (de 5 % à 20 % des actifs), là où en Chine les élites préfèrent investir dans l'immobilier et les actifs financiers, selon Ou Shuying. « Les premiers ont des goûts artistiques plus diversifiés, avec une plus grande ouverture sur d'autres cultures. Les investisseurs chinois en revanche ont clairement tendance à acheter chinois et le marché des enchères demeure dominé par l’art traditionnel : peinture, calligraphie, porcelaine... »

Mais cela n’explique pas la baisse enregistrée en 2019, alors que de 2008 à 2018, la croissance globale du secteur avait pourtant été de 9 %. Selon l’experte, l’offre en œuvres haut de gamme serait devenue insuffisante. Deux saisons consécutives de ventes aux enchères à grande échelle auront réduit de 35 % le nombre d’œuvres hauts de gamme (prix dépassant 10 millions de dollars américains) pouvant être répertoriées et échangées. Or le volume global des transactions artistiques, lui, a augmenté de 2 % en 2019. « L'augmentation du volume des échanges et la baisse du montant total des ventes indiquent que le prix moyen des œuvres à l’unité a diminué, et donc qu'il y a moins de produits hauts de gamme », confirme-t-elle.

L’espoir : encore Internet et les millenials fortunés

Art Basel Hong Kong 2019© Xinhua

L’épidémie de pneumonie aura aussi forcé le report de toutes les ventes aux enchères et expositions d'art en Asie. Tous les musées du monde sont aussi affectés. Annulée, la foire Art Basel Hong Kong 2020, a été remplacée par une exposition en ligne. Selon l'organisateur, qui a copublié le rapport, le virtuel présente malgré tout quelques avantages en présentant toutes les galeries de manière exhaustive au plus grand nombre sur une plateforme relativement rentable. Malgré la distance physique entre l'œuvre et le public, la foire se sera offert une visibilité plus globale. Fondée en Suisse en 1970, Art Basel est reconnue comme le baromètre incontournable du marché de l’art. Elle a tenu sa première exposition à l’étranger aux États-Unis en 2002, avant d’atterrir à Hongkong en 2013. L’événement hongkongais est l’un des rendez-vous artistiques les plus importants d’Asie. Pour preuve : le 18 mars à son ouverture, les serveurs du site Web et de l'application sont tombés en panne pendant un bref moment 20 minutes après l'ouverture, en raison du grand nombre de visiteurs.

Bien qu’encouragées, les enchères en ligne peinent toutefois à remplacer les enchères traditionnelles hors ligne, même si une tendance se dégage, notamment chez les millenials, qui préfèrent acheter des œuvres d'art à bas prix sur des sites d'enchères de confiance. Internet aurait créé pour eux un canal plus pratique. Le rapport montre notamment comment auprès de 1 300 collectionneurs à hauts revenus (plus de 30 millions de dollars en capitaux disponibles), les millienials auraient dépensé en moyenne 3 millions de dollars sur deux ans, soit plus de six fois les dépenses des baby-boomers, passant le plus souvent par des ventes en ligne.

Photo : L'œuvre du peintre Zao Wou-Ki, Triptyque 1987-1988 (peinture à l'huile) a été vendue aux enchères chez Christie's à Hongkong le 25 mai 2019 pour un prix de 178 millions de dollars Hongkong, l'un des prix de transaction les plus élevés de l'artiste, décédé en 2013. © CNS

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