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Chamanisme en Chine – La traversée des Neuf Passes

2020-07-29 Le 9 DAI Baigula et Kavian ROYAI

Aux confins de la Chine survivent aujourd'hui de vieux rites oubliés. Véritable fossile vivant, le khorchin bo ou « chamanisme de Khorchin » est une des branches de l'ancien chamanisme mongol. La traversée des Neuf Passes en est le rite d'initiation qui permet de devenir chamane, et l'un des plus impressionnants.

Dans la plaine de Khorchin, en Mongolie-Intérieure, dans le nord-est de la Chine, sous un soleil de plomb, des apprentis chamanes attendent leur tour, le regard chargé d'appréhension. Menés par le vieux chamane Bai Maoaohai (photo du haut, à droite en habit de cérémonie), ils affrontent aujourd'hui leur initiation. Au programme : convocation des esprits, danses et chants au rythme des tambours et 9 épreuves particulièrement pénibles, les Neuf Passes. Dans cette forme particulière du chamanisme mongol qu'est le khorchin bo ou chamanisme de Khorchin, l'apprenti qui veut réussir et devenir chamane devra successivement :

- se rouler sur un tapis de clous (n°8),

- retirer des pièces de bronze d'un chaudron d'huile bouillante (n°4),

- lécher une spatule d'acier chauffée à blanc (n°5),

- marcher pieds nus en équilibre sur un soc brûlant (n°9),

- marcher pieds nus sur des braises (n°7),

- se faufiler dans un anneau de feu (n°6),

- marcher à nouveau pieds nus sur des hachoirs (parfois montés en échelle),

- frotter ses mains sur des chaînes brûlantes

- manger du charbon ardent.

Autant dire que peu des participants arriveront jusqu'à la fin. Pour ce faire, ils devront montrer leur capacité à convoquer les esprits à l'aide et à user de toutes leurs ressources magiques et spirituelles. Ces pratiques ne sont pas des fables sorties d'une légende homérique. Elles font partie d'un corpus de croyances qui constituent encore aujourd'hui la religion de la majorité des Mongols de Sibérie et de Mandchourie. Les plus vieux chamanes auront au cours d'une vie guidé leurs apprentis plus d'une fois au travers des Neuf Passes. Comment font-ils pour endurer la douleur ? Le mystère demeure complet.

Les origines du chamanisme, encore assez mystérieuses, se situeraient dans une vaste région couvrant la Mongolie, la Sibérie et la Mandchourie. Le chamanisme mongol aura quant à lui particulièrement subi l'influence du bouddhisme tibétain au fil des siècles, avec pour conséquence de diviser les chamanes entre ceux qui auront intégré une partie des rites bouddhistes, qu'on appelle les chamanes blancs, et ceux qui seront restés rigoureusement attachés aux traditions anciennes, les chamanes noirs. Le chamanisme de Khorchin fait partie de ces croyances en partie teintées des couleurs du lamaïsme tibétain.

Les chamanes de Khorchin sont pour la plupart de simples fermiers et éleveurs. Leur statut ne les place pas d'office dans une position d'autorité comparable à celle, par exemple, des prêtres catholiques ou des maîtres zen. Mais leur rôle reste important dans les sacrifices, les prières et surtout les cérémonies curatives destinées à soigner les maladies. Les chamanes pensent que les hommes sont animés d'une âme immortelle. C'est lorsque cette âme quitte le corps qu'elle cause la maladie et la mort ; tout le travail du chamane consistant alors à rappeler l'âme du patient. Les maladies peuvent aussi être causées par la possession d'esprits malfaisants.

Dans nombre de rites chamaniques mongols, comme le rite d'initiation, le feu tient une place très importante. Substance sacrée née de la division du Ciel et de la Terre, le Feu est un esprit inviolable également symbole de prospérité. Les cérémonies de sacrifice au Feu sont tenues mensuellement et annuellement. Comme beaucoup de cérémonies, elles sont rythmées par les chants, les offrandes de nourriture et les libations. Ces rites forment une sorte d'art populaire que les gens de Khorchin se transmettent de génération en génération.

Photo n°1 : En cas de sécheresse grave, les Mongols implorent les dieux pour faire pleuvoir. La cérémonie consiste à élever un autel selon un calendrier précis, lancer des incantations en battant du tambour, se prosterner et faire des libations. © DAI Baigula

Photo n°2 : En cas de sécheresse grave, les Mongols implorent les dieux pour faire pleuvoir. La cérémonie consiste à élever un autel selon un calendrier précis, lancer des incantations en battant du tambour, se prosterner et faire des libations. © DAI Baigula

Photo n°3 : Menés par le vieux chamane Bai Maoaohai (à droite en habit de cérémonie), ils affrontent aujourd'hui leur initiation. © DAI Baigula

Photo n°4 : Retirer des pièces de bronze d'un chaudron d'huile bouillante © DAI Baigula

Photo n°5 : Lécher une spatule d'acier chauffée à blanc © DAI Baigula

Photo n°6 : Se faufiler dans un anneau de feu © DAI Baigula

Photo n°7 : Marcher pieds nus sur des braises © DAI Baigula

Photo n°8 : Se rouler sur un tapis de clous © DAI Baigula

Photo n°9 : Marcher pieds nus en équilibre sur un soc brûlant © DAI Baigula

Photo n°10 : Les apprentis dansent et chantent après le passage des Neuf Passes pour faire plaisir aux esprits. © DAI Baigula

Photo n°11 : Chamanes de Khorchin tenant une cérémonie d'adoration du Feu. © DAI Baigula

DAI Baigula est un photographe chinois d'ethnie mongole né en 1953 et originaire de la plaine de Khorchin en Mongolie-Intérieure. Membre de l'association des photographes de Chine, il a remporté de nombreux prix locaux et nationaux pour ses travaux de compilations des traditions mongoles. Les photos publiées ici datent de 2011 à 2015.

Trad. et arr. : Kavian ROYAI.


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