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Chute des investissements mondiaux : la Chine garde la 2ème place en destination d’IDE

2019-03-04 Le 9 An'an Ding

5 experts chinois décryptent l’actualité des investissements mondiaux : alors que l’Amérique de Trump adopte une posture protectionniste et que les investissements entrant y ont chuté de 40 % en 2017, la Chine semble continuer progressivement son ouverture.

En juin dernier, la Conférence des Nations unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) publiait son traditionnel bilan annuel concernant les investissements mondiaux. Selon le Rapport sur l’investissement dans le monde de 2018, en 2017, « Les flux mondiaux d’investissement étranger direct (IED) ont chuté de 23 % pour s’établir à 1 430 milliards de dollars. Ce repli contraste nettement avec l’accélération de la croissance du PIB et du commerce ». En effet, l’économie et le commerce mondial ont respectivement augmenté de 3,7 % et 4,7 % en 2017, soit une tendance inverse à celle des investissements. Quelles sont les causes, les mécanismes derrière cette baisse ? Quelles perspectives pour le futur des investissements mondiaux ? Lors d’une table ronde organisée par Nouvelles d’Europe (la société éditrice de chine-info.com et du 9) en octobre dernier, plusieurs experts chinois se sont exprimés sur ce sujet. Selon eux, la responsabilité principale revient à la popularité grandissante du protectionnisme, tendance lancée par le président des États-Unis Donald Trump. Au contraire, la Chine, à contre courant, favoriserait les IDE au sein de son territoire.

Protectionnisme américain, baisse des fusions acquisitions et relocalisations : les causes principales de la chute des investissements mondiaux.

Selon les rapports des années précédentes de la CNUCED, les flux d’investissements transnationaux étaient en hausse ces dernières années (hausse de 38 % en 2015). La tendance s’est inversée en 2016 : les IDE ont diminué de 2 %. En 2017, ils ont chuté drastiquement de 23 %, se chiffrant à 1 430 milliards de dollars. Pour Bai Ming, le directeur adjoint de l’Institut de recherche sur les marchés internationaux rattaché au Ministère du Commerce, la baisse des IDE est aussi liée à la diminution des fusions et acquisitions : « Les fusions-acquisitions transfrontalières entre pays développés ont généralement lieu lors de périodes de stagnation économique. Alors que les économies occidentales sont en cours d’amélioration, les ressources consacrées aux fusions-acquisitions s’amenuisent. La réduction des fusions-acquisitions transfrontalières a un impact direct sur la baisse des flux d’IDE. » Mais, pour Sang Baichuan, le doyen de l’Institut d’économie internationale de l’Université de commerce international et économie, la baisse des fusions-acquisitions n’est pas la seule responsable de la chute des IDE. Les pays développés poussent leurs industries manufacturières à relocaliser leur production. Ainsi la popularité de pratiques telles que le made in France pousse à la stagnation de l’expansion des chaînes de valeur mondiales (Ndlr : l’ensemble des activités, souvent réparties dans plusieurs pays, pour produire un produit, de la conception à la livraison).

Selon Peng Zhiwei, le directeur du département d’économie et commerce international de l’Université de Nankai à Tianjin, la raison principale est la rétractation importante des IDE vers les États-Unis, le premier pays destinataire au monde, due à la politique protectionniste de Trump. Selon les statistiques de la CNUCED, en 2016, la valeur des IDE entrants dans ce pays croissait depuis plusieurs années. Mais la situation bascule en 2017. Les IDE entrants chutent de 40 %, se chiffrant à seulement 275 milliards de dollars. En accord avec son slogan de campagne « L’Amérique d’abord », Trump mène une politique visant à protéger les producteurs nationaux. Il a notamment instauré des droits de douane élevés sur les importations d’acier et d’aluminium. En août 2018, le Comité pour l’investissement étranger aux États-Unis (CFIUS) a adopté le Foreign Investment Risk Review Modernization Act (FIRRMA) afin de réduire les investissements étrangers, notamment dans des secteurs sensibles tels que celui des hautes technologies. Celui-ci étant très prisé par les entreprises chinoises, Li Wei, responsable de l’Institut de recherche sur l’Amérique et l’Océanie du Ministère du Commerce chinois, estime que le FIIRMA impactera beaucoup les investisseurs chinois. Zhao Ping, directeur de l’Institut de recherche sur le commerce international rattaché au Conseil chinois pour la promotion du Commerce international, rajoute que lorsqu’un pays, aussi important économiquement que les États-Unis, applique une telle politique, les autres pays cherchent alors à protéger leur économie en appliquant des mesures similaires. « Tout en impactant négativement les flux mondiaux d’IDE, cela apporte aussi beaucoup d’incertitude quant à la croissance de l’économie mondiale », confie Zhao Ping.

Lancement de la nouvelle usine BMW à Shenyang en octobre dernier. L'usine devrait créer près de 5000 emploi dans cette region du nord de la Chine. © Xinhua

L’attractivité grandissante de la Chine

Au contraire de son principal rival commercial, la Chine attire depuis quelques années une valeur stable d’IDE. Selon la CNUCED, en 2017, la Chine se positionnait à la deuxième place mondiale, la valeur des IDE entrant en Chine se chiffrant à 136 milliards de dollars (soit la même valeur qu’en 2015). D’après une enquête réalisée par la Chambre du commerce de l’Union européenne en Chine, 55 % des entreprises européennes sont optimistes quant à leur perspective de développement sur ce territoire. Par ailleurs, selon une enquête de la Banque japonaise pour la coopération, la Chine a été désignée, par les compagnies japonaises transnationales du secteur industriel, comme le pays avec la plus grande potentialitéde développement pour les 5 prochaines années.

L’utilisation des investissements étrangers a été bénéfique à la Chine, rappelle Sang Baichuan. Cela l’incite à continuer son processus d’ouverture. Des mesures ont été prises afin d’assouplir les limites auxquelles sont confrontés les investissements venant de l’étranger, de diminuer les effets négatifs des investissements étrangers, et d’améliorer la protection de la propriété intellectuelle.

En octobre dernier, BMW a célébré les 15 ans de sa co-entreprise avec la firme chinoise Brilliance. Lors de cette festivité, BMW a annoncé la prolongation de cette joint-venture jusqu’à 2040 ainsi qu’un nouvel investissement de plus de 3 millions d’euros. Les capacités de production de la co-entreprise devraient atteindre les 650 000 unités et 5 000 emplois devraient être créés d’ici 5 ans. Le marché chinois est prometteur pour le développement de BMW, d’autant plus que le gouvernement a annoncé assouplir d’ici 2022 la restriction obligeant toute multinationale souhaitant produire en Chine à créer une joint-venture avec une firme locale sans pouvoir posséder plus de 50 % des parts.

Pour autant, l’ouverture grandissante de la Chine ne compense pas la fermeture des États-Unis : les projections de la CNUCED pour 2018 font état d’une croissance fragile des IDE, ne pouvant atteindre plus de 10 %.

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