menu
menu
seacher

[Les Marco Polo] FIWA, FIWA BIO & FISA, les concours qui font rayonner des vins et des spiritueux au niveau international

2019-07-18 LE 9 Kavian Royai

France International Wine, Wine Bio & Spirits Awards sont des concours français de dégustation de vins et spiritueux de niveaux internationaux qui accompagnent leurs médaillés à la vente après l’annonce du résultat des distinctions — le tout sans commission. Pour asseoir sa notoriété, ces concours, parrainés par la prestigieuse Compagnie des courtiers jurés-experts piqueurs de vins de Paris, ont choisi de développer au maximum sa visibilité en Asie et surtout vers la Chine.

Qu’on ne s’y trompe pas : FIWA, FIWA BIO & FISA - France International Wine, Wine Bio & Spirits Awards, ont des ambitions internationales. Basés à Paris, ces concours de vins et spiritueux sont voués à mettre en compétition des produits du monde entier. Mais puisqu’il faut bien commencer à se faire connaître quelque part, et que le tandem fondateur qui l’anime, Zhang Li et Olivier Bouché, est du genre franco-chinois, FIWA a dès le début décidé de se tourner vers la Chine. Un choix stratégique à l’heure où l’économie chinoise cherche à monter en gamme et à importer davantage de produits étrangers.

Résultat, la sélection de la dernière édition de 2018 est intéressante : si chez les participants, tous les continents sont représentés, la présence en nombre de vins et spiritueux chinois parmi les médaillés n’est pas négligeable. L’occasion de découvrir des crus encore boudés ou trop méconnus dans l’hexagone. Or il faut le savoir : FIWA, FIWA BIO & FISA sont des concours TRÈS sérieux.

Jurés en pleine dégustation lors de l'édition 2018 des concours FIWA, FIWA Bio et FISA

Tout d’abord, ces concours sont parrainés par la Compagnie des courtiers jurés-experts piqueurs de vins de Paris, dont Olivier Bouché est aussi le président. La vénérable institution dévouée « à la défense des vins et spiritueux de France » est une association reconnue d’utilité publique depuis 1952. Datant de 1322, sa seule mention suffit à forcer le respect dans le monde du vin. À l’origine chargée de contrôler la qualité des marchandises de provenance viticole entrant dans la capitale, ses membres aujourd’hui, tous dégustateurs professionnels, prêtent serment au tribunal de Commerce de Paris, interviennent régulièrement dans les litiges. Une filiation qui pousse le concours dans une démarche de notation sévère. Chaque édition des concours FIWA, FIWA BIO & FISA a lieu chaque année à la mi-octobre. L’édition 2019 aura lieu à Paris les 10, 11 et 12 octobre 2019 avec remise de distinctions le 10 janvier 2020 à l’École hôtelière CFA Médéric à Paris.

« J'aime cette réglementation. Il faut des règles pour avoir un permis, il en faut aussi pour déguster, c'est pareil. »

Le 9 : Il existe de nombreux concours internationaux. Pourquoi ceux-ci?

Olivier Bouché : Le principe d'un concours, c'est de se mettre en compétition avec d’autres producteurs, de pouvoir se situer dans l’échelle qualitative à une période précise et de se remettre en question. Certains vignerons sont persuadés d’avoir le meilleur vin du monde, sans même connaître celui du voisin, situé à peine quelques kilomètres plus loin, et qui, lui, peut-être, aura une distinction. Cela permet aussi de se distinguer des concurrents et de valoriser sa production— à condition que le concours soit sérieux.

FIWA, FIWA BIO & FISA, France International Wine, Wine Bio & Spirits Awards sont des concours made in France. Donc pour commencer, nous suivons les règles de la DGCCRF (direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes, relevant du ministère de l’Économie). Elle a un rôle essentiel et va entre autres contrôler les documents et analyses des vins fournis en amont par le producteur. En France, nous sommes le seul pays à édicter des règles aussi strictes pour ce genre de concours. Dans d'autres pays, l'État n'intervient pas, ce qui est le cas de beaucoup de pays anglo-saxons. Ainsi par exemple, un tiers seulement des vins candidats peuvent sortir médaillés du concours. Le producteur sera également limité sur le nombre de macarons à poser sur la bouteille en fonction de sa production. Autant de macarons que de bouteilles, sinon c'est de la fraude. Là aussi, trop de concours à l'étranger ne suivent pas de règles. J'aime cette réglementation. Il faut des règles pour avoir un permis, et il en faut aussi pour déguster et noter : c'est pareil. C'est une sécurité pour les consommateurs.

En outre, nos jurés principalement désignés sont les courtiers jurés-experts. Ils ne sont pas rémunérés pour éviter toute atteinte à la neutralité. Nous ne prenons pas de gens trop jeunes, sans les mêmes réflexes qu’un dégustateur aguerri à ce type d’exercice de la dégustation à l’aveugle et qui par son expérience, aura capitalisé depuis 30 à 40 ans, un bon nombre de vins et spiritueux dégustés de toute provenance. Nous avons accès à un réseau de dégustateurs dans tous les pays, professionnels reconnus ayant une solide expérience dans les circuits nationaux et internationaux, jurés de réputation internationale, experts agréés, œnologues, contrôleurs des vins du Luxembourg, allemands ou suisses, etc.., qui notent les vins et spiritueux avec impartialité et neutralité dans le même esprit. Pas de journaliste, d'amateur éclairé, comme cela peut se voir dans certains concours. Et bien sûr, anonymat des bouteilles et on déguste à l'aveugle.

« Les vins chinois arriveront un jour en Europe et on les retrouvera dans les restaurants chinois. »

Le 9 : Vos concours font la part belle aux vins chinois. Pourquoi ?

O. B. : Les Chinois sont entrés dans la même progression qualitative que les vins européens et du nouveau monde. Aujourd’hui en Europe, les techniques ont tellement bien évolué que c'est quasiment impossible de faire un mauvais vin. Les Chinois possèdent désormais ce savoir-là, que nos œnologues leur ont transmis. À terme, ils n'auront plus besoin de nous, mais nous garderons certainement toujours un capital historique lié à notre savoir-faire. C'est l'approche de la dégustation où ils peuvent peut-être avoir un peu moins de recul que nous.

Le 9 : Certains ont pu reprocher aux viticulteurs chinois de n’utiliser que les techniques bordelaises, ce qui aurait pour résultat d’avoir uniformisé les goûts. Qu’en pensez-vous ?

O. B. : C'était peut-être vrai il y a quelques années, mais quand on va en Chine déguster dans les domaines viticoles, la réalité est différente. La tendance à une époque fut de produire des vins à cépage merlot, cabernet sauvignon avec un boisé très présent pour les vins dans le haut de gamme. Aujourd’hui, la production voit plus large en expérimentant d’autres cépages plus adaptés et plus résistants à leur terroir, les cépages grenache et marselan trouvent leur place dans ce nouveau découpage viticole, les cépages blancs sont aussi présents et donnent des vins assez friands. Les jeunes générations souhaitent consommer d’autres vins et différemment de leurs parents. Or qu'est-ce qu'on nous a mis en vin chinois sur la table en France en 30 ans ? Pas grand-chose, dès lors, difficile d’en parler sans aller sur place! Cependant, il y a de la place pour que cela évolue. Dans une pizzeria, on trouve bien du vin italien; dans les restaurants libanais, du vin libanais, ce qui n'était pas le cas il y a 30 ans. Mais dans les restaurants chinois, on ne trouve encore que du vin français ! Il faut savoir qu’en Chine, il y a tellement de demande que parfois les producteurs n'ont plus de stock pour exporter même s’ils en avaient la capacité. Je pense que ceux-là arriveront un jour en Europe et on les retrouvera dans les restaurants chinois et certainement bien avant dans la restauration étoilée et chez les cavistes de bon niveau. Dans le Ningxia, Xinjiang ou le Hebei par exemple, il y a des vins exceptionnels ! Et notre concours permet de les distinguer ici.

Olivier Bouché, président de FIWA et de la Compagnie des courtiers jurés-experts piqueurs de vins de Paris : « La dégustation, c'est énormément de concentration. Le moindre bruit peut vous faire perdre le fil. Après une bonne quarantaine de vins, on se sent très fatigué. » DR.

Le 9 : Quel est l'intérêt pour vous de vous investir autant dans ce projet ?

O. B. : On est passionné par le vin, moi le premier, et Zhang Li de son côté a beaucoup de contacts dans la viticulture en Chine. Nous sommes très animés par l’idée d’aider à commercer, surtout les étrangers qui ne comprennent pas la mécanique chinoise, et bien sûr les Chinois qui veulent venir en France. FIWA par son savoir-faire et son expertise du marché chinois accompagne dans cette dynamique les producteurs du monde entier souhaitant commercer avec la Chine. L’acheteur chinois n’est pas encore aguerri à sélectionner facilement de nouveaux produits, l’importance du macaron prend toute son explication sur ce marché où l’acheteur chinois n’a de premier repère qualitatif immédiat que la présence de celui-ci sur la bouteille. Afin que les producteurs abordent plus sereinement les marchés d’Asie, les concours FIWA ne s’arrêtent pas à la délivrance de médailles, le seul concours à procéder ainsi à ma connaissance. Nous continuons à les aider à se développer à l’export tout particulièrement en Chine grâce au "FIWA SALON B2B-No Commission", 6 périodes par an, 4 en Chine et 2 en France avec un pavillon dédié aux vins et spiritueux médaillés des 3 concours. Les résultats des concours sont annoncés toute l’année sur les salons dans lesquels nous participons ou que nous organisons. FIWA ne s’occupe ni d’achats ni de ventes: nous organisons nos salons pour mettre en relation des producteurs médaillés et importateurs, distributeurs, sans prendre aucune commission sur les ventes que ce soit en France, en Chine ou à l’international. Nous en organiserons un en novembre à Shanghai lors de la China International Import Expo (CIIE – la plus grande foire aux produits étrangers de Chine — cf. Le 9 n°15), juste après l’édition 2019 des concours en octobre.

Le 9 : Cette année vous serez encore la seule structure de ce genre à représenter les producteurs français de vins et spiritueux dans cet événement, pourquoi ?

O. B. : La CIIE est un forum difficile d'accès, qui a gardé une caractéristique très diplomatique et très haut de gamme. Il faut donc assurer un haut niveau relationnel pour entrer. Vous savez, c’est un événement qui reste politique, car c'est la grande idée du président Xi. Le président Macron devrait même y être présent cette année. À la CIIE, il faut donc jouer des coudes et s'y prendre très en avance. Les premiers entrés sont les premiers servis, car les acheteurs chinois ont des quotas d'achat sur ce forum, ils pourront rencontrer les producteurs eux-mêmes et pour nos médaillés qui exposeront, ce sera la garantie de pouvoir récupérer une partie de leur investissement et aux acheteurs professionnels un gage de qualité prix et de traçabilité du produit, car médaillé dans un concours officiel français.

« Pour un accord mets-vins, une solution est de déterminer d'abord les vins avant, puis de commander les plats en fonction. »

Le 9 : Vous parliez d’approches gustatives différentes entre la Chine et l’Europe.

O. B. : Aujourd’hui, la tendance est à la dégustation. On déguste des vins de meilleure qualité, on cherche des produits de plaisir de moyenne et haut de gamme. Le vin de table peut-on dire, ça n'existe plus, le vin n'est plus un produit alimentaire. Autrefois en France, le vin de table se consommait quotidiennement avec une certaine habitude culturelle et de mode de vie. Il titrait moins en degré alcool, les beaux flacons des châteaux et maisons prestigieuses ne sortaient qu’aux grandes occasions. La consommation de produits alcooliers a baissé, ainsi, en France, on boit beaucoup mois de produits anisés qu’avant pour prendre un exemple. C'est une tendance mondiale, en Chine aussi, sauf que cela est arrivé tout de suite là où cela nous a pris un siècle. Ils ont un rapport avec le produit tout à fait différent: ils consomment du vin rouge sans passer par des vins blancs ou liquoreux comme peut le faire ici un jeune qui fait son apprentissage du vin. Ils n'ont pas non plus le même protocole à table, avec un apéritif où on préférera une bouteille à bulles, comme on peut le voir en Europe.

La question est qu’étant donné que les Chinois ont plusieurs plats à table, comment faire un accord mets-vins ? Une solution est de déterminer d'abord le ou les vins avant, puis de commander les mets en fonction. Je suis partisan de cette méthode, même en France. Une démarche rare qui pourrait peut-être se populariser à l’avenir mais qui demande du savoir. Les manières de consommer changent. En l’espace de 30 ans, les Français sont passés de près de 2 heures à table le midi à moins d’une demi-heure. Ils consacrent moins de temps à table pour déjeuner pendant la semaine et ils ont une consommation raisonnable de vins et spiritueux. Ils se mettent à consommer le week-end, le soir plutôt que le midi. En Chine aussi les habitudes, on le voit déjà, vont changer.

Le 9 : Vous aimez le baijiu ? (Ndlr : alcool blanc traditionnel chinois, fort et souvent à base de sorgho) À quand un baijiu français?

O. B. : J’aime le baijiu à condition de le consommer comme en Chine, il existe sur le marché chinois différentes marques accessibles de bon niveau qualitatif pour le plus grand nombre ainsi que certains flacons plus rares de très haut niveau pour les plus exigeants. En France, il existe d’ailleurs une spécificité française qui est le Mei kuei lu français (alcool de sorgho aromatisé à la rose), qui est produit en France et que l’on retrouve souvent en cocktail d’accueil. Ce n'est pas extraordinaire, mais c'est une réussite industrielle, puisqu'on le trouve dans tous les restaurants chinois et seulement en Europe. C'est une adaptation française d'un produit chinois.

Il faut noter aussi ces quelques marques chinoises qui investissent récemment en France pour se faire connaître [Ndlr : Moutai et Yanghe, etc..]. Cependant je pense que l'approche marketing est à revoir. Il faudrait essayer d'abord de toucher les classes aisées en les y éduquant, puis après, de lancer des produits moyens et d’accès gamme une fois que c'est acquis, pour qu’ils puissent toucher le plus grand nombre. Mais il ne faut surtout pas mélanger le baijiu dans des cocktails comme on peut le voir dans certains salons parisiens : cela véhicule implicitement à l'Européen le message qu'il faut le mélanger pour le boire, donc, que ce n’est pas un bon produit. Le baijiu se déguste pur. Un Moutai de 40 ans c'est un plaisir, rien à voir avec un 5 ans d'âge. Commencer par le haut de gamme, c'est ce qu'ont fait les Japonais avec le whisky : aujourd'hui vous n'achetez pas un whisky japonais à 200 € pour le boire en cocktail coupé avec un soft drink et des glaçons, n’est-ce pas ? Maître-mot du baijiu: consommer bon avec modération.

En partenariat avec

Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir la newsletter de Chine-info !

Commentaires

Rentrez votre adresse e-mail pour laisser un commentaire.