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Macron en Chine : treize milliards d’euros de contrats, mais aussi d’importants projets culturels

2019-12-23 LE 9 Camille-Yihua Chen

Lors de sa visite de la Foire internationale des importations, Emmanuel Macron a, après le discours d’ouverture de son homologue chinois Xi Jinping, prononcé une allocution dans laquelle il a formulé trois vœux : voir la Chine consolider son travail d’ouverture, redéfinir avec elle un ordre commercial ouvert, plus équitable et plus coopératif, et, enfin, bâtir avec elle « un ordre international d’équilibre durable » susceptible de « répondre aux désordres économiques, sociaux, climatiques ».

Connue sous le nom de CIIE (China International Import Expo ; Cf. Le 9 n°15, mars 2019), la Foire internationale des importations de Shanghai s’était tenue pour la première fois en 2018. L’objectif était de permettre aux pays étrangers de profiter d’une nouvelle opportunité qui se profilait sur le marché chinois : la montée en puissance des classes moyennes chinoises, estimées à quelque 400 millions de personnes. C’était aussi l’occasion pour la Chine d’ouvrir plus grand son marché domestique.Lors de son édition 2019 qui était structurée autour du thème de l’importation mondiale,la Foire internationale des importations a réuni plus de 3800 entreprises issues de 180 pays. Pendant une semaine, six espaces thématique sont été mis à l’honneur : high-tech de la vie quotidienne, équipements, biens médicaux, produits de consommation courante, services, et agroalimentaire. Au total, 79 entités françaises y étaient inscrites (hors celles qui avaient fait le choix d’être hébergées sur le Pavillon français porté par Business France), un chiffre plutôt modeste en comparaison avec les 205 participants allemands... La France pourrait mieux faire.C’est sans doute la raison pour laquelle, dans son allocution, Emmanuel Macron a souligné : « La France a des parts de marché à conquérir en Chine (...) On a énormément de marge de manœuvre encore (...) Le marché chinois a été plus ouvert pour d’autres que pour nous, parce que nous n’avons pas su nous organiser (...) Il ne faut pas toujours dire que c’est l’autre en face qui est fermé. Nous n’avons pas été aussi bons que nous devions l’être. » À noter que les exposants hexagonaux étaient à 58 % des PME/TPE et à 36 % de grandes entreprises,dont 41% spécialisées dans l’agroalimentaire. Indication importante : l’agroalimentaire est le 3ème poste des exportations françaises en Chine.

Autre temps fort de la visite présidentielle : la très attendue cérémonie de signature de contrats, le 6 novembre, en présence des deux chefs d’État. Au total, une quarantaine de contrats ont été signés entre la France et la Chine, pour un montant de 13,6 milliards d’euros. Les secteurs concernés vont de l’agroalimentaire à l’aéronautique en passant par le domaine spatial, l’énergie, l'environnement et le commerce. Parmi les plus gros contrats : les investissements dans les énergies nouvelles pour un montant de 1,3 milliard d’euros,signés entre les groupes industriels Engie et Beijing Entreprises Clean Energy ; le projet, estimé à 1 milliard d’euros et porté par GTT, filiale d’Engie, qui doit installer un terminal et un stokage GNL (Gaz naturel liquéfié) dans l’agglomération de Tianjin,ainsi qu'une canalisation sur environ 230 km pour acheminer le gaz jusqu'à Pékin. Ou encore, dans l’aéronautique, une commande d’un milliard d’euros de moteurs d’avions Safran passée par la compagnie aérienne chinoise. En outre le projet d’usine de traitement de combustibles nucléaires usés d’Orano (ex-Areva), en discussion depuis 15 ans, est proche d’un accord final. Emmanuel Macron a en effet parlé d’un protocole d’accord franco-chinois qui doit permettre « de dégager un cadre clair pour finaliser nos travaux, avec pour délai le 31 janvier 2020 ». Des « discussions entre les entreprises doivent se finaliser sur le prix et sur le lieu,qui doit être trouvé », a-t-il précisé. Mené avec l'entreprise publique chinoise CNNC, le projet d’usine représente un investissement de 20 milliards d'euros, dont 11 milliards d’euros assumés par Orano. Il s’agirait du premier site de traitement de combustibles nucléaires usés en Chine.

Centre Pompidou X West Bund Museum Project : la plus importante coopération culturelle jamais entreprise entre la France et la Chine.

Le Centre Pompidou à Shanghai

Outre le business, le chef de l’État a participé à l’inauguration du 3ème projet du Centre Pompidou : le « Centre Pompidou x West Bund Museum Project ». Fruit de la coopération entre le Centre Pompidoude Paris et le West Bund Development Group, l’activité de la nouvelle structure s’articule autour de plusieurs axes : le prêt d’œuvres des collections du Centre Pompidou ; la conception d’expositions exclusives ; la mise enœuvre d’une programmation culturelle et d’activités de médiation ; la formation de professionnels des musées ; la présentation au Centre Pompidou à Paris de projets et d’expositions d’artistes chinois. Il s’agit de la plus importante coopération culturelle jamais entreprise entre la France et la Chine. Conçu par le célèbre architecte britannique David Chipperfield, le Centre Pompidou de Shanghai s’étend sur un espace de près de 25000 m². Le président français a visité l’exposition The Shape of Times (La Forme du temps). Première série d’une séquence de trois expositions semi-permanentes, celle-ci propose une introduction à l’histoire de l’art des 20e et 21e siècles, autour de la notion du temps. Selon Serge Lasvignes, président du Centre Pompidou à Paris, « Les équipes du Centre Pompidou travaillent avec leurs homologues chinois en toute autonomie dans le choix des œuvres, des thèmes et le montage des expositions (...) Notre volonté est de travailler ensemble, de trouver des terrains communs et de nous entendre sur des choix partagés qui font sens pour les deux pays.»

L’étape culturelle de la visite en Chine du président Macron livre un message clair : le commerce franco-chinois doit aller de pair avec les échanges culturels entre la France et la Chine.

Indication géographique protégée

Lors de la 2ème visite en Chine du président français, Emmanuel Macron a annoncé la signature d’un accord sur les Indications géographiques protégées (IGP) entre Pékin et l’Union européenne. L’IGP identifie un produit agricole dont la qualité, la réputation ou d’autres caractéristiques sont liées à son origine géographique. Elle s’applique aux secteurs agricoles, agroalimentaires et viticoles. 140 IGP agroalimentaires et 74 IGP viticoles, représentant 3,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, sont enregistrées en France. L’IGP permettra de protéger les produits du terroir français contre des contrefaçons, comme ce fut le cas en 2014, lorsqu’un entrepreneur chinois avait déposé la marque « Kalisong d’Aix » en Chine. Le Figaro Economie révèle qu’en 2017, « l’Union des fabricants de calissons d’Aix-en-Provence avait réussi à faire interdire la commercialisation de ce produit, au prix d’une bataille juridique extrêmement coûteuse ». Grâce à la reconnaissance des 26 labels IGP par les autorités chinoises, « un recours sera maintenant possible plus rapidement ».

Auteure et spécialiste des questions économiques, Camille-Yihua CHEN est rédactrice en chef ajointe à Mandarin TV.

Photo © LI Xueren / Xinhua

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