menu
menu
seacher

2020 : L’année du Cochon se terminera-t-elle sans cochon ?

2019-12-26 LE 9 Sacha Halter

Le Nouvel An chinois arrive à grand pas. Mais, depuis un an, le pays fait face à une pénurie de porcs. En cause : la grippe porcine. Les autorités n’ont d’autre choix que d’abattre les porcs malades. Les prix grimpent à des niveaux jamais atteints. Un drame national pour les Chinois : impossible d’imaginer le repas du Nouvel An sans cochon ! Pourquoi la Chine est-elle à ce point touchée ? Peut-elle surmonter cette pénurie ?

En Chine, le prix du porc a doublé depuis le début de l’année 2019. De quoi compliquer la liste de courses pour la traditionnelle fête du Nouvel An. Depuis plus d’un an, la Chine est ravagée par la grippe porcine. Le porc est pourtant la viande préférée des Chinois. Impossible de s’en passer, d’autant moins que c’est le gagne-pain de plusieurs millions de petits éleveurs dans tout le pays. Quelles solutions? Acheter du porc à l’étranger ? Insuffisant. Augmenter la productivité? Pas pour tout de suite. Se passer de viande ? Impensable. Il ne reste qu’à prendre son mal en patience.

La grippe porcine africaine est apparue en Afrique il y a 100 ans. Elle n’est pas transmissible à l’homme, mais très contagieuse et mortelle pour les porcs et sangliers. Il n’y a pas de vaccin. Les autorités ne peuvent que tuer les porcs malades et limiter les contaminations. La grippe porcine a atteint le monde entier et s’est étendue l’année dernière à l’Asie. La Chine, plus grand producteur mondial de porc, est ravagée. Selon le Bureau national des statistiques, le cheptel est passé de 430 à 350 millions depuis le début de l’année. Les prix s’envolent : 103,7 % entre janvier et décembre 2019. Une hausse qui s’étend à tous les prix : l’inflation a atteint 2,43 % sur la même période.

Les Chinois : premiers producteurs et mangeurs de porc

La Chine est le plus grand producteur de viande de porc au monde. 54 millions de tonnes en 2018, la moitié de la production mondiale ! La Chine cherche l’autosuffisance : elle importe donc peu de biens alimentaires, notamment pour protéger ses agriculteurs de la concurrence étrangère. Malgré la grippe porcine, le gouvernement a réaffirmé, en septembre, l’objectif d’un taux d’autosuffisance de 95 % dans l’industrie du porc. Or consommer un aliment produit dans son propre pays revient à placer tous ses œufs dans le même panier.

« Pour combler le manque chinois, il faudrait en fait réorienter l’ensemble du commerce mondial de porc vers la Chine.C’est impossible. »

Les conditions d’élevage du porc, à bas coût et qui demande peu d’espace, expliquent en partie l’importance du porc pour les Chinois. Les agriculteurs, qui constituent 40 % de la population chinoise, doivent se partager seulement 8 % des terres arables du monde, pour nourrir 22 % de la population mondiale. Or l’élevage de porcs est mieux adapté aux petites parcelles familiales, le porc n’ayant pas besoin de gambader dans une grande prairie.

Importer plus de porc : la fausse solution

Les Chinois s’enrichissent, les classes moyennes sont plus exigeantes en quantité et en qualité. Depuis peu, la Chine importe plus de viande et lève les restrictions aux importations. En 2017, le porc importé en Chine provenait surtout des États-Unis. Les Américains proposaient alors des prix très intéressants : entre 10,65 et 11,9 yuans le kilo, contre 12,3 pour le porc chinois. Les États-Unis ont la chance d’avoir des fermes de grande envergure, dont proviennent 80 % de leur viande. Ils ont de grandes quantités de nourriture pour leur cheptel, du matériel informatique dernier cri, des prix avantageux pour l’eau et l’électricité. En 2018, selon la société chinoise Huachuang Securities, les importations américaines ont cependant baissé en raison des tensions commerciales. Mais la Chine peut aussi compter sur l’Union européenne, surtout l’Allemagne et l’Espagne. Le porc européen est plus cher, mais de bonne qualité. Selon François Blanc, conseiller à l’Ambassade de France en Chine, l’offre française est relativement chère, mais sa production de porc est extrêmement contrôlée, au niveau de la sécurité sanitaire et des limites en matière de résidus. Entre les États-Unis et l’Europe, la Chine se fournit désormais en porc… brésilien. La Chine en raffole depuis seulement un an, mais d’après le site internet chinois Yangzhu.com, le Brésil sera bientôt son premier fournisseur. Le Brésil est en effet le premier producteur mondial de maïs et de soja, et 60 à 70 % des coûts de l’élevage des porcs proviennent de leur alimentation. Le porc brésilien est donc à 6,64 yuans le kilo, soit la moitié du prix du porc chinois.

Photo ©YANG Huafeng / Xinhua

Toujours selon Yangzhu.com, qui cite la société publique de services financiers américaine INTL FCStone Inc., le volume des importations de porc en Chine devrait s’élever à 3,3 millions de tonnes en 2019 puis à 4,2 millions de tonnes en 2020. Une aubaine pour les pays qui en exportent, mais ce sera malgré tout bien insuffisant pour l’ogre chinois, dont la consommation atteignait 27,3 millions de tonnes pour l’année 2018. François Blanc est catégorique : « Pour combler le manque chinois, il faudrait en fait réorienter l’ensemble du commerce mondial de porc vers la Chine.C’est impossible. »

Augmenter la productivité ? Un processus long et coûteux

En juin 2019, le ministère chinois de l’Agriculture et celui des finances ont accordé des subventions aux éleveurs. Tous les moyens sont bons pour réduire les pertes. Les leaders chinois des nouvelles technologies comme Jingdong, Alibaba ou NetEase volent donc au secours des éleveurs, notamment dans le traitement des déchets, qui améliore la santé des porcs pendant l’élevage. L’expertise internationale est aussi la bienvenue. Selon Stéphane Layani, président-directeur général de Semmaris, Rungis Marché International, la France peut aider dans la distribution : « Les transferts de technologie peuvent permettre aux Chinois d’éviter des problèmes sanitaires ou le gaspillage alimentaire. Dans le monde, 30 % de la production alimentaire disparaît à cause de l’insuffisante maîtrise de la chaîne du froid. Les Chinois doivent développer des marchés de gros, comme à Rungis. »

En attendant, la Chine n’a pas d’autres choix que de renforcer ses contrôles aux frontières pour limiter les risques de contamination. D’après le site internet Yangzhu.com, de nombreux contrebandiers du Vietnam font parvenir du porc en Chine. Or le Vietnam est le premier pays producteur de porc en Asie du Sud-est, il est aussi durement touché par l’épidémie. Les contrôles en mer et sur terre ont été renforcés. Dans tous les cas, la grippe porcine continue de se propager, et les prix d’augmenter.

Un Chinois qui habite en ville mange en moyenne par an 20 kilos de porc, contre 30 kilos pour un Français moyen, et il ne mange que 2,6 kilos de bœuf !

Solutions ultimes : viande artificielle ou plats végétariens

Le prix de la volaille, du lapin ou de l’agneau augmente aussi. Tout le monde cherche un substitut au porc. Or il serait bientôt possible de manger de la viande artificielle, dont le Quotidien du peuple mentionnait les nombreux avantages dans un article paru en septembre dernier. Il existe ainsi la « viande végétale », élaborée à base de protéines provenant du soja ou de blé, et la « viande de laboratoire » provenant de la mise en culture de cellules souches animales. Une solution bien déconcertante, qui aurait surtout un avantage environnemental. D’après l’institut environnemental international « WildAid », en 2016, la production mondiale de bétail produisait 14,5 % du total de l’émission des gaz à effet de serre : davantage que tous les transports réunis. La viande artificielle pourrait aussi résoudre définitivement les problèmes sanitaires : plus de grippe porcine, ni de grippe aviaire. Pas sûr que les éleveurs et les amateurs de gastronomie l’entendent de cette oreille.

Photo ©ZHAN Yan / Xinhua

Les Chinois seraient-ils prêt à abandonner la viande? Contrairement à une idée reçue, ils sont déjà sur la bonne voie. À part le porc, la volaille et le poisson, les Chinois mangent en réalité peu de viande. D’après le Bureau national des statistiques, un Chinois qui habite en ville mange en moyenne par an 20 kilos de porc, contre 30 kilos pour un Français moyen, et il ne mange que 2,6 kilos de bœuf ! Selon le site chinois Sohu.com, 4 % de la population chinoise serait déjà végétarienne, contre 2 % en France, selon les chiffres de l’institut d’études privées français Xerfi. D’après un article paru sur QQ.com en mai 2019, la moitié des 50 millions de Chinois végétariens seraient même végétaliens : ils ne mangent aucun produit provenant de l’animal, pas même les œufs ou le miel.

C’est en revanche quand il s’agit de justifier leurs choix alimentaires, que les Chinois se distinguent des végétariens Occidentaux, bien souvent militants de la condition animale. Les Chinois cherchent surtout à éviter une alimentation de mauvaise qualité. C’est par exemple le cas de Madame Shu, 47 ans, végétarienne et pékinoise, qui travaille dans le design : « En tant que végétariens nous sommes considérés comme des personnes à part. En Chine, beaucoup de personnes de 40 à 60 ans sont végétariennes par souci de santé. Il est plus rare de croiser des végétariens parmi les jeunes. Après oui, les nouvelles générations sont parfois dégoûtées des conditions dans lesquelles la viande est obtenue. Une partie refuse désormais de manger certaines catégories de viande, parce qu’ils ont vu des vidéos d’abattoirs, ou à cause des fraudes, comme les cas de viande de porc gorgée d’eau. [Une pratique consistant à rajouter de l’eau dans la viande pour augmenter son poids, qui avait fait polémique en Chine]... » En clair, c’est plutôt le goût et l’odeur de la viande qui déplaît à certains Chinois, les poussant parfois à devenir végétariens : « Il y a de plus en plus de végétariens dans mon entourage, des gens qui boivent du thé ou qui mangent des produits éco-friendly et qui supportent de moins en moins le goût de la viande. » En Chine, les végétariens ne semblent pas former de groupes organisés pour la promotion de ce mode de vie et Mme Shu n’en connaît d’ailleurs pas l’existence : « Ce n’est pas pour la cause animale que nous sommes végétariens. » Mais finalement, dans l’ensemble, la Chine semble encore très attachée à la viande. Pour beaucoup, un avenir sans viande semble assez difficile à imaginer.

Photo du haut ©ZHAO Dongshan / Xinhua

Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir la newsletter de Chine-info !

Commentaires

Rentrez votre adresse e-mail pour laisser un commentaire.