menu
menu
seacher

Crise et opportunité pour l’économie chinoise

2020-06-02 Le 9 Camille-Yihua CHEN

La Chine se bat face à la plus grave crise qu’elle ait jamais connue depuis 1978. Et cherche son salut dans un secteur très prometteur : l’économie numérique.

La pandémie de coronavirus a frappé de plein fouet l'économie chinoise qui, au premier trimestre, a vu son PIB chuter de 6,8 %. Soit, à en juger par les statistiques officielles, sa pire contre-performance depuis...1968. Même au plus fort de la crise financière survenue en 2007, la Chine avait, sur la même période, réalisé une croissance positive de 10,6 % en 2008 et de 6,10 % en 2009. C’est dire l’ampleur et la gravité de l’impact négatif du Covid-19 sur l’économie chinoise. Comment expliquer un tel plongeon, inédit depuis la réforme économique du pays initiée en 1978 ? Et comment la deuxième puissance mondiale, qui en 2019 devrait peser 16 % de la croissance mondiale, parviendra-t-elle à s’en relever ?

Consommation : le secteur le plus touché

Pendant près de deux mois, confinement oblige, tous les moteurs de la croissance chinoise – de la consommation à l’exportation en passant par l’investissement – se sont grippés. Certes, grâce à une gestion efficace de la crise sanitaire déclenchée par le coronavirus, l’activité économique est progressivement repartie, avec, pour les petites et moyennes entreprises, un taux de reprise du travail de 32,8 % le 26 février, de 71,7 % le 24 mars et de 84 % le 15 avril. Mais le retour à une croissance positive risque de se faire attendre : selon Yao Yang, directeur du Centre d’études du développement national de l’Université de Pékin, il est probable qu’au deuxième trimestre la Chine enregistrera un taux de croissance du PIB toujours négatif. « Quant à savoir s’il sera positif aux troisième et quatrième trimestres, la réponse dépendra de l’évolution de la consommation », analyse-t-il.

Pour rappel : depuis cinq ans la consommation est devenue le premier moteur de la croissance chinoise depuis 2015, devant l’exportation, qui y avait le plus contribué pendant plusieurs décennies. En 2019, la consommation représentait 57,8 % du PIB national, pour plonger à 19 % au premier trimestre, contre + 8,3 % l’année précédente et +9,8 % en 2018 à la même période. La baisse a été constatée dans quasiment tous les postes de consommation, notamment : les hôtels, cafés et restaurants (-44,3 %), la joaillerie (-37,7 %), les articles d’habillement et chaussures (-32,2 %), les achats de véhicules (-30,3 %) et l’électroménager (-29,9 %). Seuls trois postes ont échappé à la baisse : l’alimentation (12,6 %), les boissons (4,1 %), et les médicaments chinois et occidentaux, soit les articles de première nécessité. Derrière une chute de la consommation aussi importante se cachent plusieurs dures réalités : la fermeture de 460 000 entreprises, la hausse du chômage – passée de 4,9 % en décembre à 5,6 % fin mars, compte non tenu, sans doute, des 290 millions de travailleurs migrants –, sans oublier la baisse de 3,9 % du revenu disponible par habitant. Autant d’éléments qui n’ont pas manqué de faire baisser le pouvoir d’achat des Chinois, et qui expliquent en grande partie pourquoi, même après le déconfinement, la consommation n’est pas repartie aussi vite qu’escompté : fin avril, la croissance de la consommation des ménages était toujours négative : - 7,5 %.

Qu’en est-il de l’exportation, deuxième moteur de la croissance chinoise ? Certes, 84 % des petites et moyennes entreprises avaient repris leur activité au 15 avril ; et, dans l’industrie manufacturière – domaine qui se situe en amont de l’exportation et où la Chine est leader au niveau mondial –, le taux de reprise d’activité a même atteint 99 % dès le 14 avril. Toutefois, du fait de la propagation rapide du coronavirus à l’échelle mondiale, nombre d’entreprises chinoises souffrent d’une insuffisance de la demande internationale, de l’augmentation des coûts de production, des difficultés au niveau de la rotation des capitaux, mais aussi des difficultés liées aux transports de marchandises. De plus, une fois arrivés aux douanes, les produits made in China doivent subir des contrôles sanitaires payants, ce qui augmente d’autant les frais de transports et génère un surcoût pour l’entreposage. Surtout, les principaux partenaires commerciaux de la Chine comptent parmi les pays les plus touchés par le coronavirus, à commencer par l’Union européenne dont l’import-export avec la Chine représentait, en 2018, 18,5 % du commerce extérieur chinois, suivie par les États-Unis (13,7 %). Dans un tel contexte, l’exportation chinoise a plongé de 11,4 % au premier trimestre. Force est cependant d’observer que fin mars la situation s’était améliorée, avec une baisse de 3,5 % – contre une baisse moyenne de 3,8 % pour les trois premiers mois de l’année (11,4 %). À noter surtout qu’au premier trimestre 2020, les onze pays de l’ASEAN (Association des nations de l'Asie du Sud-Est) ont supplanté l’Union européenne au rang de premier partenaire commercial de la Chine, avec un taux d’import-export de 15,1 % du volume des échanges entre la Chine et les pays étrangers. Une tendance qui devrait se poursuivre dans les mois à venir.

Reste, enfin, l’investissement, troisième moteur de la croissance chinoise et élément-clé dans le maintien tant de la stabilité que du développement économique du pays. Là encore, les voyants se sont affichés en rouge au premier trimestre, avec une importante baisse de l’investissement de 16,1 %, contre +6,3 % en 2019 à la même période. Côté investissements étrangers, même scénario baissier : -10,8 %. Toutefois, contrairement à ce que certains avaient pu redouter, des retraits massifs de capitaux étrangers n’ont pas été observés. Et, selon un sondage réalisé par l’American Chamber of Commerce in South China, 75 % des entreprises étrangères interrogées ont affirmé ne pas vouloir changer leurs projets d’investissements en Chine. En dépit d’une baisse de 16,1 %, entraînant un effet domino sur l’emploi et sur le pouvoir d’achat, l’investissement dans le secteur technologique a augmenté : +39,6 % pour l’e-commerce et 36,7 % pour l’assistance technologique spécialisée.

Miser sur les nouvelles infrastructures

Bien que très durement touchée, l’économie chinoise, résiliente, finira par sortir de la crise actuelle. Le tout est de savoir comment y parvenir rapidement afin de faire face aux priorités du moment : baisser le niveau du chômage, créer des emplois, payer les salaires, stimuler la consommation, relancer la production... Jusqu’à présent, des mesures d’ordre monétaire, fiscal et financier de grande ampleur ont été prises. Depuis le début de l’année, par exemple, la Banque centrale chinoise a abaissé deux fois son taux directeur afin de faciliter l’accès aux crédits. Et, entre janvier et mai, pas moins de 90 mesures de relance ont été appliquées par l’État,

comme par exemple : réduction ou exonération de la TVA pour les très petites entreprises et les entreprises commerciales individuelles ; autorisation de prolonger la durée du report des pertes de cinq à huit ans pour les entreprises des secteurs de l’hôtellerie-restauration-tourisme ; réduction ou exonération de toutes sortes de charges patronales (assurance vieillesse, assurance chômage...) ; restitution de leur cotisation d’assurance chômage aux entreprises qui n’ont pas ou peu licencié ; etc. Des économistes proposent de lancer, en parallèle, des mesures d’incitation à la consommation consistant à distribuer à la population des subventions ou primes, ce qui devrait permettre de stimuler la consommation. À leurs yeux, aider les entreprises ne pourra produire des effets positifs qu’à condition que leurs produits soient consommés. En clair, pour soutenir l’offre il convient, dans le même temps, de soutenir la demande.

Au-delà des mesures de relance, qui sont des solutions à court terme, la Chine a décidé d’investir dans un secteur hautement stratégique pour l’évolution de sa structure économique, voire de son modèle de croissance : les nouvelles infrastructures. Il s’agit de construire des plateformes au service de l’économie numérique, qui regroupe le big data, le cloud computing, l’intelligence artificielle, la blockchain, les objets connectés, la 5G... Selon Huang Qifan, vice-président du Centre chinois d’échanges économiques internationaux, chacun de ces secteurs est susceptible de générer de gigantesques profits. « Plusieurs dizaines de milliers de milliards de yuans. »

Photo du haut : un ouvrier chinois visionne en direct l'ouverture de la session annuelle de la Conférence politique consultative du peuple chinois lors des « deux sessions ». © QU Honglun/CNS


Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir la newsletter de Chine-info !

Commentaires

Rentrez votre adresse e-mail pour laisser un commentaire.