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La confrontation globale entre la Chine et les États-Unis : une leçon à méditer pour les Européens

2019-05-28 Chine-info Emmanuel Lincot

@CNS

Le lundi 20 mai, le Président Donald Trump a accordé un délai de trois mois avant de rendre effective l’interdiction aux sociétés de télécommunication américaines de faire affaire avec des sociétés étrangères. Huawei à la suite de China Mobile, propriété du gouvernement chinois, est directement impacté par ces mesures de rétorsion. Ces dernières s’inscrivent dans une logique de confrontation globale, de nature à la fois commerciale et stratégique.

La récente visite de Liu He, émissaire diplomatique spécial du Président Xi Jinping à Washington, en vue d’apaiser les relations entre les deux puissances n’aura en rien dissuadé Donald Trump d’aller jusqu’au bout de ses représailles à l’encontre de la Chine. Qu’elle soit démocrate ou républicaine, la majorité de l’opinion américaine est favorable au Chef de la Maison Blanche. Désormais, Google ne fournira plus son système d’exploitation Androïd au géant chinois Huawei. C’est un coup très dur pour le numéro deux mondial des smartphones, qui va devoir se passer d’applications phares comme YouTube, Gmail, Google Maps ou le navigateur Chrome. Un problème aussi pour les clients actuels de Huawei (17 % de la part de marché en France) : ils pourront certes continuer à utiliser les outils de Google. En revanche, ils n’auront plus droit aux mises à jour du système. A ces restrictions devraient s’en ajouter de nouvelles. Ainsi, les principaux fabricants de semi-conducteurs européens et américains devraient être également touchés par ces sanctions globales. Toutefois, la Chine pourrait bien riposter en limitant l’accès aux terres rares. Huawei par ailleurs travaille depuis plusieurs mois sur un système d’exploitation alternatif à Androïd. Le géant de Shenzhen pourrait mettre en avant, et à très court terme, des solutions proprement chinoises, à l’image de Youku Tudou, le YouTube chinois, ou s’appuyer sur des produits européens comme Dailymotion pour la vidéo, ou Qwant dans le domaine des moteurs de recherche.

Mais ce choix ne va pas sans risque. Il sera difficilement acceptable pour les consommateurs, en particulier ceux de l’Europe, la zone géographique la plus importante pour Huawei, en dehors de la Chine. Ce dilemme risque de peser lourd dans leurs critères d’achat, à moins que le fabricant chinois ne réussisse, à très brève échéance, à créer un écosystème attractif avec les développeurs. De cette guerre froide technologique, il ressort que Huawei n’est pas seulement l’otage d’un duel commercial. Elle confirme le fait que les Américains refusent que les Chinois, adversaires stratégiques, se hissent au même niveau qu’eux. Très symboliquement, face à une Amérique agressive, le Président Xi Jinping en a appelé aux mânes de Mao Zedong. Le 20 mai, il s’est rendu à Yudu, dans le Jiangxi, où commença, en 1934, la « Longue Marche » des communistes pour échapper à leur rival, Tchang Kaï-chek. Cette sortie illustre la montée des tensions. Signe des temps : les appels à boycotter Apple et les produits américains se sont multipliés sur Weibo, l’équivalent chinois de Twitter.

En voulant isoler la Chine, les Américains créent deux mondes, avec des technologies parallèles. Ils incitent dans le même temps la Chine à se développer dans tous les domaines pour s’affranchir durablement des États-Unis. Les conséquences sur la croissance mondiale se font ressentir y compris aux États-Unis. D’après l’OCDE, en effet, la riposte de Pékin portant sur 60 milliards d’importations américaines pourraient ôter 0,2 % à 0,3 % au PIB des États-Unis d’ici à 2021. L’addition sera bien plus salée si le Président américain décide de mettre le reste de ses mesures à exécution, soit la taxation de l’intégralité du commerce bilatéral avec la Chine. Dans ce scénario, le PIB américain serait réduit de 0,6 % au bout de trois ans. L’Europe pourrait-elle profiter des tensions qui s’exacerbent de part et d’autre du Pacifique ? Non, si l’on considère que la Chine est tentée par un report de ses ventes vers le Vieux Continent, doublée d’une baisse des prix. Oui, si l’élite européenne comprend que loin de vouloir défendre les Occidentaux et le monde, l’Amérique du Président Donald Trump défend d’abord et avant tout ses propres intérêts.

Car l’arbitre américain n’a rien d’impartial. Il fixe unilatéralement les règles auxquelles tout le reste de la planète se doit d’obéir sans disposer du moindre droit de recours ni de la capacité à vérifier que le camp américain respecte bien ces mêmes règles qu’il impose aux autres. Plus d’une fois, au regard de la situation iranienne notamment, les banques européennes ont douloureusement fait les frais de l’extraterritorialité de la justice américaine. Et les sanctions infligées aux industries chinoises pourraient l’être aussi à l’encontre des entreprises européennes dans des domaines stratégiques qui nécessitent sans doute pour l’avenir même de l’Europe de reconsidérer la fiabilité de son alliance avec les États-Unis. Au reste, Washington menace les Européens d’une hausse des droits de douanes sur les automobiles. Une mesure qui pénaliserait surtout les constructeurs allemands déjà fragilisés par la mise en place de nouvelles normes anti-pollution. « L’opposé coopère »…Plus que jamais l’aphorisme emprunté à Héraclite ne s’est autant vérifié. Plus que jamais la distance séparant Washington à la fois de Pékin et de Bruxelles n’a paru aussi longue.

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