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La pandémie du Covid-19 : l’Afrique et le principe d’une seule Chine

2020-05-20 Chine-info Michael N. Mulikita / Lionel Vairon

L’approche des élections présidentielles américaines donne lieu à une campagne tous azimuts de l’administration Trump contre la Chine, devenue le thème central de cette campagne tant pour les Républicains que pour les Démocrates. Avec la crise du Covid-19, Washington fait donc feu de tout bois pour détourner l’attention de gestion désastreuse de la pandémie. L’une des dernières armes de cette campagne est la question du statut de Taïwan. Les États-Unis ont tout d’abord lancé la problématique de la participation de l’île aux réunions de l’OMS sur la pandémie, s’indignant que ses représentants n’aient pas été invités. Mais le 1er mai, ils sont allés plus loin dans un tweet ambigu de leur mission diplomatique auprès des Nations-Unies affirmant que « empêcher Taïwan de mettre un pied aux Nations-Unies n’est pas juste un affront au fier peuple taïwanais, mais aussi aux principes des Nations-Unies ». Cette formulation semble indiquer une remise en question par Washington du principe d’« une seule Chine », pourtant admis par la majorité des États membres des Nations-Unies. L’essence de cette politique réside dans la représentation légitime à l’international du territoire chinois par la République Populaire de Chine (RPC), un principe reconnu dans le Communiqué conjoint de Shanghai dans lequel le Président américain Richard Nixon, dont la visite en Chine en 1972 avait représenté un tournant dans les relations sino-américaines avec l’ouverture d’un dialogue avec le Président Mao Zedong et le Premier ministre Zhou Enlai, déclara que « les États-Unis reconnaissent que les Chinois de chaque côté du détroit de Taïwan maintiennent qu’il n’y a qu’une seule Chine et que Taïwan fait partie de la Chine ». Sur cette base, Taïwan est une province de la RPC ayant vocation, à terme, à être pacifiquement et diplomatiquement réunie avec la Chine continentale.

Il semble utile de rappeler que dans les années 1950 et 1960, lorsque de nombreux mouvements de libération africains luttaient pour obtenir une autonomie politique, la RPC avait alors fourni du matériel et un soutien moral vitaux dans leur quête d’indépendance. Après avoir obtenu leur indépendance, certains chefs d’État africains notables, tels que Kwame Nkrumah au Ghana, Kenneth Kaunda en Zambie, ou encore Julius Nyerere en Tanzanie, avaient ainsi affirmé que l’idée que Taïwan, ou « République de Chine », puisse représenter la Chine aux Nations-Unies et ses différentes agences spécialisées aux dépens d’une République Populaire de Chine plus peuplée constituait un anachronisme inacceptable dans les relations internationales. Lorsque de sa première visite d’État à Pékin en 1967, Kenneth Kaunda affirma que l’Afrique et le monde avaient besoin d’une RPC forte afin de promouvoir l’équilibre et la stabilité dans les relations internationales.

Renforcée par le soutien conséquent des États africains, la Chine Populaire fut alors admise aux Nations-Unies en 1971, et Pékin remplaça Taïwan sur le siège permanent de la Chine au Conseil de Sécurité. La dynamique créée par le soutien moral et diplomatique de l’Afrique à Pékin a été déterminante pour convaincre le Président américain Richard Nixon d’adopter une politique de détente envers la RPC.

Toutefois, la pandémie du Covid-19 est actuellement utilisée par l’administration américaine pour subtilement renverser la politique dite d’« une seule Chine », qui a jusqu’alors été la pierre angulaire de la stabilité en Extrême Orient depuis l’établissement des relations diplomatiques entre Washington et Pékin en 1979. Certaines personnalités politiques de droite et les médias d’information ont insidieusement réclamé que Taïwan obtienne un statut d’observateur au sein de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), une agence des Nations-Unies, en claire violation du principe d’une seule Chine pourtant validée par les Nations-Unies elles-mêmes. Le prétexte fallacieux avancé par certains éléments à Washington est l’expertise médicale spécialisée de Taïwan, qui serait d’une aide inestimable pour l’OMS dans sa lutte menée contre la pandémie. Il semblerait que les expériences de Hong Kong ou de la Corée du Sud, particulièrement remarquables dans la gestion du Covid-19, ne soit pas suffisantes…

L’intention des États-Unis et de leurs alliés est cependant, en réalité, d’affaiblir la Chine sur les plans diplomatique et stratégique afin de maintenir une hégémonie américaine incontestée en Asie Orientale. Les États-Unis cherchent insidieusement à saboter la légitimité internationale de Pékin à travers la promotion d’un État chinois « fantôme » dans le système des Nations-Unies. Dans ce cadre, il est probable que Washington tente plus ou moins subtilement d’intimider les pays en développement afin qu’ils rétablissent des liens diplomatiques avec Taïwan, conférant ainsi une reconnaissance internationale à une province de la RPC. Face à cette intimidation, les États africains vont inévitablement devoir faire des choix, rendus difficiles par des relations souvent privilégiées avec la Chine Populaire d’une part, et les pressions de Washington qui, si l’administration Trump considère ce dossier comme une priorité dans la politique de containment de la Chine, pourrait prendre des aspects subversifs. La décision du Président américain Donald Trump de suspendre le financement de l’OMS, et les attaques au vitriol à l’encontre du Directeur Général de l’organisation, Dr. Tedros Adhanom Ghebreyesus, semblent clairement s’inscrire dans la continuité de la volonté de renversement du principe affirmé en 1972. Les suspicions d’actes d’intimidation en Afrique de la part des États-Unis ne sont pas sans fondements. Récemment, le Secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, critiquait ainsi l’Afrique du Sud pour avoir accepté l’aide d’une mission médicale cubaine dans le cadre de sa lutte contre le Covid-19.

Les États africains, qui participent régulièrement au Forum sur la Coopération Sino-Africaine (FOCAC) doivent donc être conscients des motivations diplomatiques et stratégiques réelles appuyant la rhétorique belliqueuse des États-Unis contre l’OMS et contre le cadre général du multilatéralisme global. Les États-Unis voient dans le brouillard de la pandémie actuelle une opportunité stratégique de renforcer leur hégémonie géostratégique globale et d’affaiblir leur principal concurrent, la Chine. L’Afrique doit donc fermement et sans ambiguïté réaffirmer son adhésion durable au principe d’une seule Chine, et contribuer ainsi au maintien de la stabilité en Asie Orientale.

Michael N. Mulikita enseigne la politique internationale et occupe la fonction de Doyen de l’Ecole de Science sociales de l’Université de Mulungushi, la 3ème université publique de Zambie.

Lionel Vairon est un ancien diplomate et professeur d’université français, aujourd’hui Président de la société CEC Consulting et Chercheur à l’Institut Charhar à Beijing.

Photo © Martin Sanchez / Unsplash

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