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Où va la relation sino-américaine ?

2020-08-03 Chine-info Lionel Vairon

Peu après son arrivée à la Maison Blanche, suivie de quelques déclarations erratiques à propos de sa relation avec le président chinois Xi Jinping, Donald Trump décidait de lancer une guerre commerciale avec Pékin. Il ne s’agissait alors pour lui, avec une logique de simple comptable, que de réduire le déficit de la balance commerciale avec la Chine afin de satisfaire son électorat auquel il avait promis une « nouvelle Amérique ». Les négociations furent longues, laborieuses, ponctuées d’augmentations de droits de douane et de menaces, mais relativement fructueuses puisque les dirigeants chinois acceptèrent de faire quelques concessions en vue de maintenir un certain niveau de coopération et de compréhension dans cette relation sino-américaine dont les deux parties attendaient beaucoup. Fort de ces quelques concessions, qu’il ne cessait de mettre en avant comme un grand succès de sa politique, Donald Trump chercha alors à maximiser son avantage, plaçant la barre toujours plus haut dans les négociations et étendant progressivement le champ de ses pressions contre la Chine.

Cependant, face à l’échec de sa politique économique et sociale depuis le début de l’année, à une crise sanitaire sans précédent dont il est désormais largement désigné comme le principal responsable, et à la baisse sensible et continue de sa popularité dans les sondages, Donald Trump a choisi un affrontement tous azimuts. Chaque semaine amène de nouvelles sanctions à l’encontre de la Chine, de nouvelles menaces, voire même de nouvelles insultes, Mike Pompeo ayant récemment qualifié la Chine de « Frankenstein China ». Les alliés traditionnels des États-Unis, essentiellement les Européens car les États membres du groupe Five Eyes (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande et Royaume-Uni), une alliance des services de renseignements de ces pays, ont choisi pour leur part de suivre avec servilité la politique chinoise de Washington, ont également fait l’objet d’attaques directes et de menaces de sanctions de la part de Trump et sont peut-être moins enclins à suivre aveuglément cette politique antichinoise.

Au cours des derniers mois, nous avons constaté un phénomène nouveau dans les discours du Secrétaire d’État Mike Pompeo avec des attaques à caractère clairement idéologique contre le Parti Communiste Chinois, franchissant ainsi un nouveau pas dans les tensions. Depuis la fin de la guerre froide et le démantèlement de l’Union Soviétique, les dirigeants américains successifs avaient consacré tous leurs efforts à établir une relation sinon de confiance, du moins de partenariat pragmatique avec Pékin. Si les présidents et secrétaires d’État successifs avaient des déclarations hostiles envers la Chine, elles portaient généralement sur les dossiers de contentieux entre les deux pays comme la mer de Chine méridionale, les relations commerciales ou encore Taïwan. Il n’était pas de mise d’attaquer frontalement la Chine pour son régime politique, ni de critiquer l’existence même du parti communiste comme parti dirigeant en Chine. Les récentes déclarations du Secrétaire d’État posent donc désormais clairement le cadre d’une guerre froide. Le discours américain est identique à celui utilisé autrefois contre l’Union Soviétique et la tentative de rallier les « alliés » des États-Unis à une politique antichinoise destinée à renverser le parti communiste vise à la mise en place, comme au temps de la guerre froide, de blocs antagonistes. Mike Pompeo a en effet appelé non seulement les « alliés » de Washington, mais également les citoyens chinois, à travailler à « changer le parti communiste », une politique américaine de regime change bien connue dont nous constatons les ravages aujourd’hui en Iraq ou en Libye. Toutefois, il ne s’agit en réalité que d’effets de manche de la part des États-Unis car la grande majorité des responsables américains sérieux ont conscience que s’ils peuvent créer des difficultés passagères pour la Chine, en particulier sur le plan économique et dans ses relations avec d’autres États, ils ne sont cependant plus en mesure de mettre un terme à son émergence sur la scène internationale.

La dernière offensive portant cette fois sur les relations diplomatiques est un signe de la volonté américaine d’élever le niveau des tensions dans cette période préélectorale cruciale pour Donald Trump. Les accusations d’espionnage ont en effet généralement un fort impact sur les opinions publiques, mais permettent aussi d’alerter les « alliés » et de les convaincre de la nécessité de choisir définitivement leur camp face à la menace chinoise supposée. L’arme est cependant à double tranchant, tout comme les sanctions commerciales. En fermant le consulat de Chine à Houston sans préavis et sans justification claire, Washington a entraîné celle de son consulat à Chengdu, révélé en 2015 par Wikileaks comme l’une des plateformes principales d’espionnage des États-Unis en Chine, axée sur les affaires tibétaines et sur les programmes militaires développés dans les régions avoisinantes du Sichuan. La perte en matière de renseignement occasionnée par cette fermeture représente un handicap conséquent pour l’administration américaine, mais le grand public américain ne peut en saisir les contours. Donald Trump se contente donc de coups d’éclats en direction de son électorat, même si cela se fait au détriment de son pays.

S’agissant leurs alliés, les États-Unis peuvent-ils vraiment convaincre les Européens que leur premier adversaire en matière d’espionnage est la Chine malgré les révélations publiées depuis plusieurs années par Wikileaks : espionnage par la CIA de l’élection présidentielle française de 2012, espionnage par la NSA des communications téléphoniques d’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, espionnage d’une rencontre privée sur les changements climatiques entre le Secrétaire Général de l’ONU Ban Ki-moon et Angela Merkel, du Directeur de la Division Règlementaire de l’OMC, etc. ? La liste est très longue… L’attitude offensée de Washington dans la dénonciation de cet espionnage chinois supposé est donc risible et ne contribue pas à la crédibilité de cette administration Trump.

Dans ce contexte de guerre froide délibérément créé par Mike Pompeo, il est difficile de conserver un certain optimisme sur l’avenir des relations sino-américaines, même si la logique ultime d’une guerre déclarée entre les deux pays, en perspective de laquelle les États-Unis effectuent dans le Pacifique des préparatifs militaires depuis déjà plusieurs années, ne paraît pas imminente ni même entièrement plausible. Le résultat de l’élection présidentielle de novembre prochain ne changera que peu la donne, les Démocrates ayant manifesté la même hostilité envers la Chine que les Républicains. Seule peut-être la volonté d’un Joe Biden de privilégier la négociation aux sanctions et aux menaces pourrait contribuer à replacer cette relation sur un terrain plus coopératif.

Lionel Vairon est un ancien diplomate et professeur d’université français, aujourd’hui Président de la société CEC Consulting et Chercheur à l’Institut Charhar à Pékin.

Photo © LIU Jie / Xinhua

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