menu
menu
seacher

Covid-19 : la Chine dans la course mondiale au vaccin

2020-09-08 Le 9 Sacha Halter

La course mondiale au vaccin contre le Covid-19 bat son plein. Trois vaccins chinois approchent de la fin des essais cliniques. Ils pourraient être disponibles d’ici un à deux ans. La Chine n’est pas la seule en lice, il est désormais possible de compter sur les laboratoires russes, américains, britanniques et allemands.

Le protocole mondial de la recherche des vaccins a été bouleversé face à l’urgence sanitaire du Covid-19. Plusieurs pays se sont lancés dans la course en espérant trouver un remède efficace d’ici un à deux ans. Parmi eux, la Chine, qui a plus d’une carte en main en comptant déjà trois vaccins à l’étude. À grands renforts d’accords internationaux, elle effectue plusieurs tests en « phase III », la dernière étape avant l’homologation d’un vaccin et sa mise sur le marché. Elle est talonnée de près par de nombreux pays.

La Chine est en « phase III »

Le nom du nouveau vaccin développé par la Russie a des airs de conquête spatiale, et cela ne doit rien au hasard. Le 11 août, les autorités russes ont annoncé avoir donné leur feu vert pour la mise sur le marché du « Spoutnik V ». Celui-ci n’est pourtant pas arrivé au terme de la dernière phase des essais cliniques, la fameuse « phase III ». En réalité, la Chine a plus d’avance que la Russie, elle qui compte trois vaccins à cette étape selon l’OMS. Ils ont été élaborés par deux laboratoires, l’un privé, l’autre public : Sinovac et Sinopharm.

En temps normal, la recherche médicale pour les vaccins dure entre 9 et 12 ans. L’urgence du Covid-19 a bouleversé ce schéma. Certains pays mettent tous les moyens à leur disposition pour trouver un vaccin d’ici un ou deux ans seulement. Ils doivent pourtant respecter un calendrier rigoureux en plusieurs phases, comme le rappelle le Centre régional d'information et de prévention du sida et pour la santé des jeunes (CRIPS). D'abord, la recherche pour un vaccin doit obtenir l’aval des autorités d’un pays, avant d’entrer dans une phase préclinique, où il est testé sur des animaux. Commencent ensuite des essais cliniques, sur l’homme, qui tiennent en trois étapes. La phase I, qui évalue l’innocuité (toxicité des effets secondaires) et l’immunogénicité (réponse du système immunitaire) ; la phase II, qui a lieu sur des dizaines de volontaires, sert à estimer la dose optimale et la fréquence du vaccin. Enfin, la phase III a lieu sur plusieurs milliers de volontaires et vise à évaluer les effets de long terme (3 à 5 ans). Ce n’est habituellement qu’au terme de ce protocole qu’un vaccin peut obtenir une homologation pour être diffusé au grand public. Mais les autorités peuvent aussi homologuer le vaccin avant le terme de la phase III, comme l’a fait la Russie.

Deux laboratoires chinois entrent dans la dernière ligne droite

La Chine n’a pas perdu de temps. Depuis le printemps, le laboratoire public Sinopharm a lancé les essais pour deux vaccins, à Pékin et Wuhan. Il s’appuie sur la technique des vaccins inactivés, dans le cadre d’une association avec le désormais célèbre Institut de virologie de Wuhan, depuis le 12 avril (biotech.org). La Chine peut aussi compter sur le laboratoire privé Sinovac, qui a également mis au point un vaccin inactivé. Les deux laboratoires ont atteint la phase III des essais cliniques, la production a même déjà été lancée en usine afin d’agir aussitôt que les autorités auront donné leur feu vert à une commercialisation (Beijing Daily).

En réalité, la Chine a plus d’avance que la Russie : elle compte trois vaccins en phase III selon l’OMS.

Lors de la phase III des essais cliniques, un vaccin doit être testé à grande échelle, dans le but de tester notamment la résistance de l’organisme face à un environnement où le virus circule. Puisque la Chine a quasiment vaincu le Covid-19 sur son territoire, et parce que le nombre de personnes contaminées y était relativement faible, les laboratoires chinois n’ont eu d’autres choix que de nouer des accords avec d’autres pays afin d’effectuer des tests de phase III. Ils doivent s’appuyer sur ceux dans lesquels le Covid-19 circule toujours et où les personnes atteintes du virus ont été plus nombreuses. Sinovac s’est par exemple associé avec l’Indonésie à partir du 11 août pour la phase III. Selon Kusnandi Rusmil directeur du centre de recherche sur les essais cliniques de l’Université Padjadjaran, 1 600 patients doivent participer à ce test (Jiemian.com). Il s’est aussi associé avec le Brésil, où le vaccin sera testé sur 9 000 personnes (fx168.com). De son côté, Sinopharm a négocié un accord avec les Émirats arabes unis (CAQP).

Un quatrième vaccin chinois va prochainement atteindre la phase finale des essais cliniques. Il s’agit d’un vaccin à vecteur viral, conçu par le laboratoire CanSino. Sa particularité est qu’il a été élaboré avec l’Académie des sciences militaires de l'Armée populaire de libération (chinanews.com). CanSino est en train de négocier avec la Russie, le Brésil, le Chili, et l’Arabie saoudite pour les essais de phase III, lancée au début du mois d’août.

Les gouvernements passent déjà commande

La Chine est talonnée de près par les États-Unis, dont la situation sanitaire préoccupante constitue, de manière tristement paradoxale, une véritable opportunité pour quatre laboratoires pharmaceutiques américains : Moderna, Pfizer, Novavax et Merck & Co. Le vaccin de Moderna est entré en phase III le 27 juillet, et sera testé sur 30 000 volontaires américains (Xinhua). D’après l’OMS, les autres pays qui ont développé un vaccin en phase III sont le Royaume-Uni (Université d’Oxford et AstraZeneca) et l’Allemagne (BioNTech). De nombreux pays passent déjà commande. Une situation qui n’est pas sans rappeler l’achat des vaccins par la France lors de l’épidémie du H1N1 en 2009. À l’époque, les vaccins avaient aussi été fabriqués en avance, avant d’être finalement détruits. L’Union européenne a passé commande de 300 millions de vaccins auprès d’un partenariat composé de Sanofi et du britannique GlaxoSmithKline et elle négocie déjà un prix plancher de 40 euros par vaccin avec les laboratoires pharmaceutiques. Aux États-Unis, le 7 juillet, le gouvernement fédéral a subventionné le laboratoire Novavax à hauteur de 1,6 milliard de dollars, dans le cadre du programme « Warp Speed ». Enfin, 75 pays se sont unis dans un mécanisme de financement commun pour le vaccin : le COVAX.

Le vaccin « Spoutnik V » n’a donc pas terminé la phase III, il est donc important de ne pas céder aux effets d’annonce de la Russie, d'où la mise en garde de l'OMS. Même son de cloche du côté du ministère fédéral de l’Éducation et de la Recherche en Allemagne, qui rappelle que la vaccination de masse ne sera pas envisageable avant le milieu de l’année 2021. Une seule chose est certaine, le vaccin sera la seule solution, comme l’a rappelé Zhong Nanshan, le célèbre pneumologue chinois et député à l’Assemblée populaire nationale : « Si l’on voulait immuniser naturellement la population contre le Covid-19, il faudrait que 60 à 70 % d’entre elle contractent le virus. Cette solution est absurde, elle serait beaucoup trop coûteuse en vies humaines. »

Photo © ZHANG Yuwei/Xinhua


Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir la newsletter de Chine-info !

Commentaires

Rentrez votre adresse e-mail pour laisser un commentaire.