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Hong Kong, protectorat américain ?

2019-11-25 Lionel Vairon

Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump a choisi l’affrontement avec la Chine tout en jouant toutes les cartes à la fois, comme dans bien d’autres dossiers. Un contact immédiat et direct avec la dirigeante de Taïwan, puis des flatteries répétées à l’égard du Président chinois Xi Jinping, puis le lancement d’une véritable guerre commerciale qui ne peut que nuire non seulement aux États-Unis à moyen terme et à la Chine, mais également à l’ensemble de la planète. Les institutions internationales attirent d’ailleurs régulièrement l’attention sur les conséquences désastreuses pour la croissance de cette politique agressive américaine. À Washington, deux paramètres dominent depuis janvier 2017 la politique extérieure américaine : l’affairisme et l’idéologie. Le président lui-même n’est qu’un simple affairiste dénué d’idéologie, de nombreux membres de son entourage, en particulier dans le domaine économique, sont quant à eux imbus d’une véritable haine tenace contre la Chine et son régime politique. Hong Kong n’en est que la plus récente – et certainement pas la dernière – manifestation.

Le vote par le Sénat et le Congrès américains de « résolutions » visant les gouvernements et dirigeants étrangers qui ne leur conviennent pas, sous couvert de préoccupations pour la situation des droits de l’homme, est devenu une pratique constante et, naturellement, elle ne vise pas que la Chine. Washington a définitivement choisi la diplomatie de la canonnière, laissant ainsi enfin tomber le masque. L’hégémonisme américain est désormais un facteur central dans les relations internationales, Donald Trump ayant, il faut le reconnaître, eu l’avantage de dévoiler au grand jour les ressorts, jusque-là soigneusement dissimulés dernière une phraséologie lénifiante, de la stratégie mondiale des États-Unis. America First. Les autres acteurs de la communauté internationale peuvent à présent reconfigurer leurs propres politiques extérieures en prenant en compte ce paramètre.

Hong Kong entre pleinement dans cette stratégie, qui n’est autre que le containment de l’émergence de la Chine. Comme c’est actuellement le cas dans un nombre croissant de pays, une partie de la population a souhaité, à tort ou à raison, exprimer son mécontentement devant une loi qu’elle contestait. Mais les tentatives de dialogue se sont heurtées à une montée en puissance de la violence dans cette contestation, sans doute sous l’influence d’éléments radicalisés pour des raisons strictement politiques ou d’interférences extérieures comme l’ont prouvé les images de quatre dirigeants du mouvement de protestation hongkongais en compagnie du chef du département politique du consulat des États-Unis en pleine discussion – qui aurait dû être discrète – dans un hôtel de Hong Kong. Point n’est besoin d’insister sur ces ingérences qui seraient condamnées dans n’importe quel autre pays. Imagine-t-on l’ambassade de Chine ou celle de la Russie intervenant directement dans les manifestations des gilets jaunes en France et se trouvant prises la main dans le sac en train de discuter de leur soutien aux manifestants dans un hôtel parisien? Ces manifestants que Paris considère très largement comme des hooligans, des suppôts de l’extrême-droite, et a accusé publiquement d’homophobie, d’antisémitisme etc. ? Mais le double standard est la règle de la politique extérieure occidentale. La presse européenne s’est indignée de l’utilisation par la police hongkongaise des gaz lacrymogènes contre les manifestations le plus violentes… Cela prêterait à rire au regard de la répression des gilets jaunes en France si ce n’était révélateur d’une campagne dirigée contre la Chine et qui n’a cessé de s’amplifier au fil des dernières années. Certes le gouvernement chinois n’est pas, à l’image de tous les gouvernements de la planète, exempt d’erreurs de gestion ou d’appréciation, c’est la lourde responsabilité de tous les dirigeants. Mais les dirigeants chinois ont jusqu’à présent fait preuve d’une extrême patience en dépit d’une violence croissante de la part des manifestants et des agitateurs qui se sont infiltrés parmi eux, de plus en plus nombreux.

Les pillages de magasins, destruction de biens publics, le saccage du parlement de Hong Kong, les déprédations commises à l’intérieur de l’université polytechnique de Hong Kong, tous ces actes sont décrits dans la presse occidentale, lorsqu’ils surviennent ailleurs, comme du hooliganisme, le fait de « casseurs », de « voyous ». Mais à Hong Kong, ils sont présentés comme l’expression de revendications « démocratiques »… Il est d’ailleurs intéressant de noter les commentaires de nombreux médias occidentaux vis-à-vis de ces manifestants, qui « regrettent la démocratie connue à l’époque britannique ». Ou bien les journalistes sont de vulgaires ignorants, ou bien il s’agit d’une propagande mensongère délibérée visant à exonérer les violences, à faire oublier l’utilisation d’arcs professionnels contre les forces de l’ordre, armes létales, les pavés et tout ce qui est utilisé comme armes contre elles. Doit-on rappeler que les « résidents » de Hong Kong à l’époque coloniale ne possédaient aucune nationalité, mais seulement un document de résident de la colonie? Que jamais aucune élection ne fut organisée dans le territoire pendant cette même période coloniale ? Que certains clubs de Hong Kong, y compris pour les professionnels des médias, étaient interdits aux résidents d’origine chinoise ?

Mais qu’en est-il des revendications qui ont été à l’origine de cette crise ? Un citoyen de Hong Kong, Chan Tong-kai, a assassiné une jeune femme également hongkongaise à Taïwan. Le droit de Taïwan aurait donc dû s’appliquer, mais le meurtrier est entre temps retourné à Hong Kong. En l’absence de traité d’extradition entre Taïwan et Hong Kong, il était impossible aux autorités de Hong Kong d’extrader ce criminel vers Taïwan où il aurait dû être jugé. Mais celui-ci ne pouvait non plus être jugé sur le territoire de Hong Kong pour son crime. Il en va de même pour un crime qui serait commis en Chine Populaire par un criminel qui se réfugierait ensuite sur le territoire de Hong Kong. La décision de Carrie Lam pour combler ce vide juridique était donc clairement justifiée car, outre les affaires de crimes violents, la nouvelle loi aurait permis de traiter des crimes économiques concernant les milliards de dollars volés en Chine Populaire par des personnes indélicates, qui ont permis la création à Hong Kong d’immenses fortunes mal acquises. La politique de lutte contre la corruption du président Xi Jinping peine en effet à sanctionner les nombreux cadres corrompus réfugiés à Hong Kong depuis des années, il était temps de mettre un terme à cette absurdité juridique. Quoiqu’en pensent les soi-disant défenseurs occidentaux de la démocratie, que nous n’avons jamais entendu à la période coloniale, le territoire de Hong Kong appartient à la nation chinoise depuis des siècles, et relève de la souveraineté de la République Populaire de Chine depuis 1997, malgré son statut transitoire de « région spéciale ». La légitimité des autorités de Beijing à se préoccuper de ce qui se passe sur leur sol est à l’évidence plus grande que celle des États-Unis qui semblent considérer le territoire comme un protectorat américain, ce qui leur conféreraient un droit d’ingérence dont nul ne perçoit la légitimité ni la validité juridique. Le vote par des parlementaires américains, qui, dans leur quasi-totalité, n’ont sans doute jamais mis le pied à Hong Kong, n’est donc qu’une nouvelle gesticulation, appuyée par des menaces de sanctions visant pour le moment des individus et des exportations de matériel de sécurité. Avec cette politique de sanctions systématiques contre des États, des individus, des sociétés, les moralisateurs de Washington se rendent-ils compte qu’ils creusent à grande allure la tombe de l’influence américaine dans le monde? Ils continuent à se croire incontournables, mais cette illusion commence à de dissiper dans les milieux les plus réalistes américains, et à s’imposer parmi les anciens alliés ou partenaires des États-Unis. Comme le dit un proverbe d’origine arabe, les chiens aboient et la caravane passe…

Lionel Vairon est titulaire d’un doctorat d’études vietnamiennes, diplômé de Chinois et de Sciences politiques ; ancien journaliste (1985-1989), ancien diplomate (1991-2002) en poste successivement au Cambodge, en Thaïlande et en Iraq, ancien enseignant à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales au Département de Vietnamien et de Hautes Études internationales et à HEC, conférencier sur la Chine à l’IHEDN et à l'École de Guerre ;auteur d’articles de plusieurs ouvrages sur la Chine en France, en Chine et aux États-Unis, et dans des revues spécialisées, en particulier sur la géopolitique de la Chine, les relations internationales, le monde arabo-musulman et les mouvements communistes indochinois. Président de la société CEC Consulting et Senior Researcher de l'Institut Charhar des Relations internationales et de diplomatie publique à Beijing.

Photo © CNS

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