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Hong Kong, otage d’une nouvelle guerre froide

2020-05-28 Chine-info Lionel Vairon

Le territoire de Hong Kong est-il placé sous la souveraineté de la Chine ? La Loi fondamentale affirme clairement dans son préambule qu’à compter du 1er juillet 1997 la Chine recouvrera cette souveraineté qui lui avait été extorquée par la force en 1840. Ce territoire a donc été intégré sous le nom de « Région Administrative Spéciale de Hong Kong », comme dans le cas de Macao deux ans plus tard, et bénéficie jusqu’en 2047 du principe « un pays, deux systèmes ».

Dans ce contexte, les pressions extérieures américaines ou européennes pour empêcher l’adoption de la loi de « sécurité nationale » qui vient d’être annoncée par l’Assemblée Populaire Suprême sont-elles légitimes ? Qu’est-ce qui autorise Washington et les capitales européennes à interférer dans un dossier de sécurité nationale ? Dans son article 23, cette Loi fondamentale qui, à l’époque, n’avait soulevé aucune indignation, précisait déjà que « La R.A.S. de Hong Kong doit adopter ses propres lois pour interdire tout acte de trahison, de sécession, de sédition, de subversion contre le gouvernement Central Populaire, ou le vol de secrets d’État, interdire toute activité politique dans la Région d’organisations ou organismes étrangers, et interdire les organisations ou organismes politiques de la Région d’établir des liens avec des organisations ou organismes politiques étrangers ». Cet article n’ayant jamais été mis en application depuis 1997 par le Parlement hongkongais, et compte tenu des violences constatées en 2019 et depuis le début de cette année, Pékin a donc décidé de rappeler aux autorités de Hong Kong leurs devoirs en matière de sécurité. Mais si ce projet de loi ne diffère pas de l’article 23 de la Loi fondamentale, qu’est-ce qui a changé ? La guerre froide lancée par Trump et son Administration contre la Chine.

Curieusement, les États-Unis sont beaucoup plus sensibles à la violation présumée de l’accord sino-britannique de 1984 sur Hong Kong et au sort des Hongkongais qu’à celui des Palestiniens et de la violation systématique par Israël de toutes les résolutions du Conseil de Sécurité. Mais en réalité, le sort de Hong Kong importe peu à l’administration Trump, il ne s’agit que d’instrumentaliser un autre dossier pour faire pression sur la Chine et maintenir l’instabilité qui, naturellement, est un handicap pour la poursuite de sa politique de développement. Si un certain nombre de citoyens de Hong Kong veulent exprimer leur inquiétude légitime, nous avons constaté depuis le début des manifestations que la violence et le hooliganisme avait pris le dessus et que, pas davantage que dans d’autres pays, cette situation ne pouvait être tolérée. Il y a quelques jours, un avocat hongkongais de 40 ans se faisait rouer de coups par des manifestants pour avoir exprimé son opinion librement. Sans doute un dérapage des manifestants « pro-démocratie »… Une jeune femme était également tabassée pour avoir tenté de franchir un barrage de manifestants. Les actes de violence n’ont pas cessé, qu’il s’agisse des violences contre des personnes ou du saccage du Parlement de Hong Kong et du pillage de magasins. En outre, des ingérences étrangères se sont mêlées à ce mouvement. La présence de néonazis ukrainiens aux côtés des « démocrates » hongkongais est un signe fort de la dérive du mouvement. Les soutiens apportés aux manifestants par le Consulat Général des États-Unis à Hong Kong, pris en flagrant délit dans un hôtel, mais aussi par les responsables étrangers qui ont reçu le dirigeant autoproclamé du mouvement Joshua Wong, militant de l’autodétermination de Hong Kong, une revendication contraire à la Loi fondamentale de 1997.

Très récemment, les manifestants se sont également opposés à la loi prévoyant des sanctions pénales pour les atteintes au drapeau et à l’hymne national. Les médias occidentaux semblent scandalisés par cette nouvelle loi. Sans doute ont-ils omis de vérifier que ce type de loi existe dans la plupart des pays. Aux États-Unis, la peine pour atteinte au drapeau peut aller jusqu’à une année d’emprisonnement et 1 000 dollars d’amende. En Allemagne, cette peine et de trois ans de prison et en France de six mois de prison avec 7 500 euros d’amende. Hong Kong étant territoire chinois, est-il légitime de laisser les manifestants piétiner ou brûler le drapeau ? L’indignation porte également sur l’hypothèse d’interdire à des juges étrangers d’être impliqués dans des dossiers de sécurité nationale. Les États européens acceptent-ils la présence de juges étrangers dans des procédures liées à la sécurité nationale ?

Mais derrière cette passion soudaine pour Hong Kong des pays occidentaux se profile la guerre froide que Donald Trump a choisi de lancer et que les Européens, malgré l’évidence croissante du danger que représentent les États-Unis pour la planète, ont accepté de suivre. En ayant sombré dans l’hubris, Washington se tire cependant une balle dans le pied comme le prouve la situation actuelle des États-Unis après quatre années de présidence Trump. L’annonce de Mike Pompeo selon laquelle Washington ne reconnaît désormais plus le statut spécial de Hong Kong pénalisera, en premier lieu, les entreprises et investisseurs américains. La résilience chinoise est forte, mais qu’en est-il de celle des États-Unis qui affrontent aujourd’hui la pire crise économique de leur histoire depuis 1929 ? Peuvent-ils se permettre de poursuivre cette stratégie d’affrontement avec le reste de la communauté internationale, y compris leurs plus proches alliés, et de containment de la Chine alors que leur puissance et leur influence est en déclin ? La puissance militaire n’est plus dans le monde actuel le gage de l’influence. Le soft power américain est de son côté en décroissance continue. Le seul instrument de la puissance qui demeure est celui du système financier international lié au dollar, qui permet de maintenir une politique de sanctions contre États et entreprises, transformant les États-Unis en État-voyou. Mais combien de temps encore le dollar pourra-t-il dominer sans partage les échanges internationaux ?

Lionel Vairon est un ancien diplomate et professeur d’université français, aujourd’hui Président de la société CEC Consulting et Chercheur à l’Institut Charhar à Pékin.

Photo : Wang Shen/Xinhua

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