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[Les Marco Polo] Cypheme : "Notre but : cartographier la contrefaçon"

2019-06-11 LE 9 Kavian Royai

Cypheme est un des fleurons de la « French Tech ». La startup, créée en 2017, est spécialisée dans la lutte anti-contrefaçon. Aujourd'hui rentable, après une levée de fonds à 1,2 million d’euros, elle possède 9 employés et est présente à Paris et à Shenzhen. La Chine devait constituer son terrain de jeu privilégié (30 % de son chiffre d’affaires).

Un système ingénieux : une couche de vernis de forme hexagonale, qui en séchant polymérise de manière aléatoire, créant un dessin différent à chaque fois et donc un code chimique unique. Le tout est placé au centre d’un cercle de couleur orange — inimitable avec des moyens d’impression normaux. Le plus : ce code, qui sera placé sur tous les produits qu’une marque cherchera alors à protéger, est tout à fait « intelligible » pour une simple caméra de smartphone.

À Station F, Gilles Bonnabeau, directeur France de Cypheme, nous fait la démonstration pour une montre de marque Briston : au moment où le client scanne le code en ligne et envoie ses coordonnées pour authentifier son produit, seul sésame possible s’il veut obtenir sa garantie, un point vert géolocalisé au mètre près apparaît sur une carte : le produit est un vrai. Même exercice avec un faux : un point rouge apparaît aussitôt. « Là, vous pouvez appeler la police », prévient-il.

Mais ce n’est pas tout. Outre ce système de reconnaissance optique, le directeur nous fait en avant-première mondiale une démonstration de deep-learning : deux produits alimentaires identiques au premier coup d’oeil. À partir d’une simple photo de smartphone de l'emballage, l'algorithme de Cypheme reconnaît aussitôt le vrai du faux, et ce, quelles que soient les conditions de lumière. Un résultat possible grâce à la grande quantité de photos de vrai et faux que cette intelligence artificielle aura ingéré préalablement, résultat prédictible avec un taux d’exactitude supérieur à l’homme. Pour aller encore plus loin, Cypheme réfléchit même à un grand jeu de loterie : les consommateurs enverraient leurs photos de produits en échange d’un possible cadeau. Cela permettrait à la marque à la fois de géolocaliser les éventuels faux, lancer des enquêtes, prendre conscience de l’ampleur de la contrefaçon sur ses produits... tout en affinant l'algorithme sur celui-ci. « Le résultat sera massif », prévoit M. Bonnaubeau.

À l'origine de Cypheme, ce sont 2 jeunes de Centrale Supélec, qui s'occupaient de sécurité documentaire dans la Silicon Valley, épaulés par Microsoft. Suite à une histoire familiale de médicament contrefait, sans gravité, c'est le déclic : Hugo et Charles Garcia-Cotte décident de partir en Chine passer une maîtrise d'informatique àl'université Tsinghua à Pékin. Ils y découvrent le monde de la contrefaçon et de l’anti-contrefaçon, ses technologies, ses failles, avant de se lancer en levant des fonds auprès de business angels français.

Le 9 : Pourquoi la Chine ?

G. B. : C’est un marché incroyable ! Les chiffres sont tellement démesurés. D’être à Shenzhen nous permet aussi d’être au plus près des grands groupes internationaux.

Le 9 : Quelle est l’ampleur de la contrefaçon ?

G. B. : À partir du moment où vous êtes en Chine, vous êtes contrefait, que ça soit une marque chinoise ou une marque étrangère. Les marques sont aveugles, elles ne connaissent que ce qu’elles attrapent. À l’heure actuelle, elles disposent des informations des douanes, de la police, mais par rapport au nombre de produits contrefaits vendus, ce n’est rien. Avec ce système, elles vont avoir un retour massif avec la cartographie de la contrefaçon d’un pays complet. Si un magasin vend 25 000 faux par an, il suffit d’en attraper un pour mettre la main sur le stock de faux. Vous savez, ça n’a pas l’air comme ça, mais la contrefaçon c’est quelque chose de très technique. Il faut d’abord pouvoir copier à l’identique les produits et leur emballage, leur technologie, les couleurs, etc. Il faut ensuite avoir les chaînes de production adéquates, ce n’est pas un petit investissement, il y a de grosses sommes en jeu : contrefaire, c’est un processus industriel. Il y a beaucoup de marques qui ne s’imaginent pas être contrefaites, du moins pas à cette ampleur. Souvent, c’est la surprise. Tous les produits sont touchés : les médicaments, les pièces automobiles, l’huile moteur, les marques de luxe, l’habillement, les cosmétiques et parfums, les œuvres d'arts, même les diplômes… L’OMC estimait la contrefaçon à plus de 500 milliards de dollars et ça augmente toujours.

Le 9 : Votre plus grande réussite ?

G. B. : Notre contrat avec le gouvernement chinois, qui prête une grande attention à la contrefaçon. Il s’agissait d’un appel d’offres ouvert à toutes les entreprises chinoises ou étrangères. La concurrence était rude, mais nous l’avons remporté. C’est d’abord grâce à l'infaillibilité de notre système, mais surtout aussi sa simplicité, à l’utilisation du smartphone, sans téléchargement d’aucune application. Il suffit de seconnecter sur le réseau social de la marque pour authentifier un produit. Aujourd’hui, certaines entreprises chinoises labellisées peuvent acheter des codes officiels auprès du gouvernement chinois pour estampiller leurs produits.

Le 9 : Comment trouve-t-on ces opportunités ?

G. B. : C’est essentiellement du réseau. Vous savez, dans chaque pays, il y a l’équivalent d’une « Station F » (Ndlr : un incubateur de startup, dans le 13ème arrondissement à Paris). Dans ce genre d’endroit, on est privilégié. On a l’occasiond’accéder à un réseau de relations d’excellence impossible à avoir ailleurs. Et ces lieux jouissent d’un certain prestige : quand je prends rendez-vous avec un dirigeant, en général c’est lui qui préfère venir à Station F plutôt que l’inverse !

Le 9 : Un conseil pour la Chine ?

G. B. : Bien connaître la langue. Se comprendre c’est fondamental. Les deux fondateurs parlent d’ailleurs couramment chinois. Vous n’imaginez pas vendre une solution à un client via un traducteur, ni le faire dans un anglais qui n’est la langue maternelle d’aucun des interlocuteurs et où les confusions seraient possibles. Il faut comprendre l’autre et s’adapter.

Le 9 : Un échec, une difficulté ?

G. B. : Pour nous, tout s’est relativement bien passé en Chine. S’il y a eu des difficultés, cela aura peut-être été au début, au niveau de la compréhension mutuelle. Donc cela renvoie à ce que je viens de dire, bien connaître la langue et la culture.

* "Les Marco Polo" est une rubrique parue dans le magazine Le 9 qui fait la lumière sur les entreprises françaises en Chine ou des entreprises chinoises en Europe innovantes qui "ont fait le choix du saut culturel". En partenariat avec le Comité d'échanges franco-chinois de la CCI Paris Ile-de-France.

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