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Lieux de mémoire et figures de l'histoire juive de Shanghai

2019-07-08 Chine-info Emmanuel Lincot

Si la présence juive en Chine est attestée à différentes époques, celle de Shanghai se développe considérablement durant la première moitié du XXe siècle. Des lieux de mémoire et le nom même de grandes figures des communautés juives y sont, depuis quelques années, réhabilitées. Découverte de ce patrimoine et de cette histoire insolites…

C’est dans le sillage de la colonisation anglaise, bientôt suivie d’un afflux de réfugiés d’Europe de l’Est, que Shanghai reçut une vague importante d’immigrés juifs. La plupart fuyaient la montée de l’antisémitisme. Ils furent une vingtaine de milliers originaires d’Autriche, de Pologne, de Russie ou de Lituanie à s’installer dans le district le plus pauvre de la ville de Shanghai, Hongkou. Les autorités chinoises pratiquaient alors une politique de la main ouverte vis-à-vis de ces hommes et de ces femmes que l’Europe persécutait. Malgré les incertitudes de la seconde guerre mondiale et l’occupation japonaise de Shanghai, ces communautés surmontèrent les difficultés de la période. Elles durent d’abord leur survie à un extraordinaire réseau d’entraide et à la générosité de puissants hommes d’affaires établis dans la ville depuis plusieurs décennies. D’entre tous, Victor Sassoon (1881-1961), joua un rôle important. Bien qu’issu d’une famille sépharade de la Mésopotamie (Irak actuel), ses relations à travers la ville s’avérèrent d’un précieux recours pour ces familles ashkénazes ayant fui la révolution bolchévique ou les pays nés de la dislocation de l’Empire austro-hongrois. Sassoon était à la tête d’une immense puissance financière et immobilière. Il possédait alors l’hôtel le plus luxueux du pays connu aujourd’hui sous le nom de Peace Hotel. Construit par des architectes de Chicago en 1929, sur le Bund, vaste débarcadère où accostèrent des navires venus du monde entier, ce joyau architectural a été entièrement restauré à l’occasion de l’exposition Universelle de 2010.

Hôtel de la Paix (Peace Hotel), Shanghai

Autre lieu important: l’ancienne synagogue Ohel Moishe, transformée en Musée des réfugiés juifs de Shanghai. De simples anonymes ou de grandes personnalités comme le violoniste Alfred Wittenberg (1880-1952) ou le compositeur Wolfgang Fraenkel(1897-1983) fréquentèrent ce bâtiment de briques. Ils furent à l’origine de la formation d’un très grand nombre de musiciens au conservatoire de Shanghai parmi lesquels Tan Shuzhen (1907-2002), Li Minqiang (1936) ou Sang Tong (1923). D’autres, comme la journaliste Ruth Weiss, (1908-2006) par sympathie marxiste, s’engagea aux côtés d’Agnes Smedley (1892-1950) dans la défense des communistes chinois. Elle s’établit à Shanghai où elle rencontra Song Qingling (1893-1981) - la veuve du révolutionnaire Sun Yat-sen (1866-1925) - ainsi que l’écrivain Lu Xun (1881-1936). Plus radical fut le médecin Jacob Rosenfeld (1903-1952) qui, après avoir exercé dans son appartement du Grosvernor House rejoignit l’Armée Populaire de Libération et sauva dans le nord-ouest du pays des centaines de vies humaines. On le surnomma le général Luo. Un hôpital situé dans la province du Shandong et inauguré par l’ancien Président Hu Jingtao, en 2006, porte désormais son nom.

Musée des réfugiés juifs de Shanghai ©PAN Suofei/CNS

Ces quelques noms montrent l’extraordinaire richesse historique de ce précédent important. Shanghai demeura la ville refuge pour des milliers de personnes dont la vie en Europe était alors en danger. L’historien chinois Wang Jian a consacré un livre à cet épisode encore largement méconnu : Shanghai Jewish Cultural Map (Shanghai Stories Culture Media, 2013); un guide précieux pour découvrir à travers la conurbation un pan méconnu d’une histoire qui, en retour, explique la proximité des relations entre Israël et la Chine.

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