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La montée en puissance des universités chinoises continue

2019-06-27 LE 9 Kavian Royai

La 2ème puissance économique mondiale affine toujours plus son attraction culturelle. Ses universités sont de plus en plus présentes dans les classements internationaux. Choisir des études en Chine, oui, mais comment ? Une fois dans l'année, Le 9 fait le point sur la situation de l'éducation supérieure en Chine.

Classement des universités : Tsinghua crève le plafond ?

Selon le dernier classement 2019 du mensuel londonien Times Higher Education (THE), publié en septembre dernier, l'université Tsinghua a détrôné désormais l'université de Singapour à la première place en Asie de l'Est. C’est la première fois qu'une université chinoise se place en tête en Asie dans un classement influent. Avec un saut spectaculaire de 8 places, et étant donné le long chemin parcouru pour se hisser là, la prouesse a été largement saluée en Chine. Certes, Tsinghua n'est qu'à la 22ème place au classement THE mondial, et seulement 2 universités continentales (outre 3 universités hongkongaises) figurent dans le top 100. Il convient aussi de noter que la place des universités chinoises varie encore beaucoup d'un classement à l'autre. En Chine, Tsinghua n'apparaît qu’à la 45ème place du fameux classement mondial de Shanghai (classement ARWU, cf. tableau ci-contre)... Malgré cela, il faudra s'y faire : hors de Chine, ce serait désormais la classe de faire ses études dans l'établissement pékinois.

Pour comprendre l'importance de ce fait, il faut connaître l'histoire de l'école : Tsinghua, c'est un peu l'école du pouvoir, l'ENA ou la Polytechnique chinoise. Des générations de politiciens et de cadres du Parti sont passés sur ses bancs : l'actuel président Xi Jinping, l'ancien président Hu Jintao, l'ancien premier ministre Zhu Rongji, l'ancien gouverneur de la Banque de Chine Zhou Xiaochuan, mais aussi plus tôt au XXe siècle, des intellectuels pionniers comme le philosophe Feng Youlan, le dramaturge Cao Yu… Créée en 1911, l'école était destinée à former des ingénieurs, une dominante qu'elle a conservée. Elle est aujourd'hui une des plus sélectives de Chine.

Cette spectaculaire montée de l'université chinoise est révélatrice de la stratégie politique adoptée. Sur tout le pays, seuls 8 établissements bénéficient de 10 milliards de yuans ou plus de budget (1,3 milliard d’€). Le budget en euros pour la seule université Tsinghua, de loin le plus lourd de tous les établissements chinois, est de 3,9 milliards d’euros ! (Budget de la Sorbonne : 656 millions d'€) Une grosse mise sur cette école de la part du gouvernement chinois, accusant le déséquilibre dans les sommes investies en fonction des établissements. Pour la Chine, il s'agit à tout prix de se doter de «champions» sur-vitaminés capables de briller à l'international, quitte à ce que les autres établissements moins bien dotés demeurent à la traîne (ainsi 60 % des universités chinoises restent dans les 500 dernières du classement de Shanghai par exemple, contre 44 % pour la France).

Vue sur un des bâtiments emblématiques de l’université Tsinghua, à Pékin. Cet établissement d’éducation supérieure est désormais classé comme le meilleur d’Asie, devant la prestigieuse université de Singapour, selon le classement du mensuel londonien Times Higher Education (THE). © 699pic.com

Sur la qualité de l’enseignement, les témoignages varient. Joshua B. est avocat d’affaires. Pour lui, aller un semestre à Tsinghua en 2012 dans le cadre de sa réorientation en droit à Boston, c’était l’occasion de retourner en Chine, qu’il connaissait déjà bien. Les cours étaient en anglais. Mais son jugement sera dur et sans appel : « Le campus est agréable, mais les cours ne sont pas sérieux. Aux États-Unis, ça ne serait même pas au niveau d'une mauvaise université. »

Pour Hugo Carcia-Cotte, CEO de Cypheme, une compagnie spécialisée dans la lutte anti-contrefaçon (Cf. Le 9 n°17, mai 2019), le choix d’étudier à Tsinghua deux ans dans le cadre d’un programme avec CentraleSupélec était «une super stratégie»: « J’ai toujours voulu être entrepreneur. Le fait de pouvoir choisir ses cours et de les suivre la 1ère année m’a permis d’être libre de travailler sur plusieurs projets entrepreneuriaux la 2ème année. À Supélec, il y a beaucoup de cours sur des sujets très pointus, beaucoup d’examens, mais peu de recherche. En Chine, le système est différent : on considère qu’un élève est sensé passer son temps dans un laboratoire et publier. Je ne saurais pas dire si c’est mieux, mais cela m’a donné de la flexibilité pour mes projets et recherche. »

Classements comparatifs Asie de l'Est : Top 5

Source : Times Higher Education, Academic Ranking of World Universities

Comment choisir son université ?

La question des classements peut être pertinente pour les étudiants qui cherchent à partir en Chine. Trois cas se présentent à vous si vous vous intéressez aux études en Chine :

· Vous êtes dans une université française/européenne et celle-ci présente un programme de double diplôme avec une université chinoise.

Le choix le plus prudent pour Le 9. Les partenariats se multiplient entre écoles françaises et chinoises. Science Po avec l'université de Pékin, les Ponts et chaussées avec l'université Tsinghua, Polytechnique avec l'université du Zhejiang... La plus petite université de France, l'université de Nîmes, a même un partenariat avec l'université de Chengdu. La stratégie d'internationalisation des établissements supérieurs hexagonaux passe désormais forcément par une présence en Chine. Cependant, les témoignages montrent que les cursus en Chine ont encore du mal à être reconnus par les recruteurs en Europe. Or partir dans un programme d'échange avec votre université d'origine vous garantit un diplôme européen reconnu en France. De plus, les universités chinoises partenaires sont souvent de bonnes universités au niveau national.

· Vous n'êtes pas en programme d'échange

Il pourra alors être judicieux de choisir une université dans les tops des classements. Outre les classements internationaux, il existe des classements nationaux qui fonctionnent par domaine. C'est le cas du classement annuel du Chinese Alumni Network (uniquement en chinois). Voici un top 5 des universités publiques sur différents domaines.

Meilleures universités chinoises

Source : Chinese Alumni Network

· Vous voulez sortir des sentiers battus

Certains étudiants souhaitent se plonger dans un environnement bien particulier. Attention toutefois si vous désirez un diplôme qui soit reconnu sur le marché, et sauf exception, il conviendra d'opter pour des universités référencées dans les listes nationales d'excellence. Il s'agit essentiellement des universités recensées dans les programmes Double first class, 285 et 911. Le site officiel campuschina.org permet d'identifier les établissements qui appartiennent à ces programmes (voir également notre dossier spécial dans Le 9 n°7, juin 2018).

Ces établissements — inconnus chez le recruteur étranger — bénéficient de budgets publics bien plus conséquents et font en général bonne impression chez votre futur employeur chinois. La quasi-totalité des universités en haut des classements en font partie. À noter aussi que « Faire un post-doctorat dans une de ces universités cotées permet de se voir automatiquement classé dans la catégorie A lors de la demande de permis de travail, ce qui simplifie la procédure », selon Rémi Anicotte, consultant à Pékin.

Les écoles de commerce en Chine : l'exemple de la CEIBS

Il n'y a pas que l'université pour partir étudier. On peut penser par exemple aux écoles de commerce. Là aussi, de nombreuses écoles françaises sont déjà présentes avec des campus en Asie : l'Emlyon à Shanghai, l'INSEAD ou l'EDHEC à Singapour… La plupart d'entre elles ont aussi des programmes d'échange bien établis. Mais si vous vous intéressez à l'Asie, pourquoi ne pas pousser la démarche plus loin avec le choix d'un établissement proprement chinois ?

La China-Europe International Business School (CEIBS) aura attiré l'attention pour être l'une des premières business school de Chine continentale à atteindre de manière fulgurante le top 5 des classements internationaux de MBA (Master of Business Administration), du moins celui de l'influent Financial Times. Entre 2016 et 2019, la CEIBS sera passée de la 17ème à la 5ème place. Forbes la place à la 3ème place des programmes MBA en deux ans. L'école n'est pas nouvelle. Créée en 1994 et basée à Shanghai, elle est le fruit d'un partenariat entre la Chine et l'Union européenne.

Pour près de 56 000 euros, le programme promet le meilleur retour sur investissement avec un salaire pondéré moyen à la sortie de près de 156 000 euros, soit une augmentation moyenne de 95 %. L'école affiche également une participation féminine exemplaire avec 40 % de femmes, et des enseignants prestigieux : Pascal Lamy, l'ancien directeur de l'OMC, ou encore l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin.... En revanche, à côté des écoles occidentales, l'école semble encore pécher en diversité avec seulement 36,6 % d'étudiants étrangers, un critère d’habitude très mis en avant par les business schools.

Le campus de Pékin de la CEIBS

« J’ai adoré la formation, qui m’a vraiment donné les bons outils techniques en business, la connaissance des entreprises chinoises, et permis d’obtenir de fructueux échanges avec mes pairs chinois. Les professeurs et l’environnement étaient également excellents », déclare Jérôme Jasserand, Project Manager chez TechnipFMC. Cet ancien ingénieur de formation était alors en poste à Shanghai quand il s’était intéressé au MBA de CEIBS en 2013. L’école était déjà dans le top 20 mondial des business schools, et une des meilleures d’Asie avec un cursus international et non proprement chinois. « En revanche les résultats en terme de networking étaient inférieurs à mes espérances. Le réseau ne m’aura pas apporté grand-chose. Avec 60 % de camarades chinois dans ma classe, le cursus n’était pas assez international et nous n’étions pas assez mélangés », précise-t-il. Un point sur lequel l’école, encore très jeune, semble travailler avec le développement d’événements autour du réseau d’alumni à l’étranger et des campus en dehors de Chine (en Suisse et au Ghana).

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