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Tapis rouge pour les Chinois diplômés de l’étranger ? Une époque révolue

2019-07-01 LE 9 An'an Ding

Il y a 20 ans, les entreprises chinoises s’arrachaient les jeunes Chinois diplômés d’universités étrangères. Une époque révolue : aujourd’hui, les recruteurs accordent peu de valeur à l’expérience internationale de ces jeunes diplômés, qui affluent sur le marché du travail chinois.

Rester ou rentrer: le dilemme des haigui

Plus de 3 millions de haigui, littéralement « tortues de mer », expression homophone de «qui revient d’outre mer» et désignant les Chinois partis étudier à l’étranger, sont revenus en Chine après l’obtention de leur diplôme. Soit 83,73 % d’entre eux selon le Ministère de l’Éducation. Un nombre qui ne cesse d’augmenter ces dernières années. Lorsque Deng Xiaoping a lancé sa politique de Réforme et d’Ouverture il y a 40 ans, envoyer de jeunes Chinois se former à l’étranger était une nécessité, afin que la Chine puisse acquérir le savoir-faire dont elle manquait cruellement alors. La Chine de l’époque apparaissait bien moins attractive aux yeux de ces jeunes. Beaucoup choisissaient de rester à l’étranger. Sur les 860 haigui partis en 1978, seuls 248 sont retournés en Chine, soit 28,8 %. À l’époque, une sorte d’aura entourait le statut de haigui : à leur retour, les entreprises chinoises leur déroulaient le tapis rouge. Beaucoup ont joué un rôle moteur dans l’économie : Baidu, Sogou et Sina – trois géants de l’Internet chinois – ont ainsi été fondés par des haigui. Mais le développement économique et celui du marché du travail chinois motivèrent de plus en plus de nombreux jeunes à revenir au pays. 2017 fut l’année de l’apogée : selon le ministère de l’Éducation, 480 900 haigui seraient rentrés au pays, soit une augmentation de 11,19 % par rapport à l’année précédente. Près de la moitié d’entre eux avaient obtenu un master, soit 14,9 % de plus qu’en 2016.

La famille et les amis d’abord

Le CCG (Center for China and Globalization) a publié en août dernier une enquête sur l’insertion professionnelle des haigui en 2018. Il s’interroge entre autres sur les raisons qui poussent ces jeunes à entreprendre leur carrière professionnelle en Chine plutôt que dans le pays dans lequel ils ont étudié. Pour 67 % des haigui, la motivation première provient de leur envie d’être réunis à leur famille et amis. 40 % d’entre eux citent comme deuxième raison la situation économique favorable de la Chine. Enfin pour 27 % des haigui, ce n’est pas tant l’attractivité de la Chine qui les motive à rentrer, mais plutôt les difficultés à s’installer dans leur pays d’accueil, qu’elles soient politiques, économiques ou sociétales.

Pékin, Shanghai et Canton séduisent particulièrement les haigui qui optent pour le retour. Ils s’installent respectivement à hauteur de 12 %, 8 % et 6 % dans ces trois métropoles, très attractives de par leur internationalisation et leur développement économique rapide. La plupart ne sont pas originaires de ces trois villes. Ainsi, les haigui provinciaux s’installant à Pékin sont 1,4 fois plus nombreux que ceux originaires de Pékin ; à Shanghai, ce rapport se chiffre presque à 1 pour 3. Concernant les secteurs qui recrutent, la finance se classe en tête, devant le secteur des services de TIC (technologies de l’information et de la communication).

Une entrée difficile sur le marché du travail

Paradoxalement, cette hausse des retours s’accompagne de difficultés accrues pour intégrer le marché du travail chinois, très compétitif. Xiao Wang, diplômée d’une célèbre école américaine confiait au Quotidien du Peuple: «Tous ceux qui sont partis étudier à l’étranger il y a 20 ans occupent actuellement des positions importantes dans divers secteurs. Aujourd’hui, un jeune, diplômé des mêmes universités, n’accédera pas, à son retour en Chine, aux mêmes opportunités qu’il y a 20 ans. » Selon elle, ce statut de jeunes diplômés ayant reçu une formation d’excellence à l’étranger est en train de s’effriter. Si partir étudier à l’étranger s’est banalisé, la qualité des formations universitaires en Chine s’est aussi améliorée, et les recruteurs ont commencé à se focaliser davantage sur les spécialités et les réalisations des candidats. « Après mon retour au pays, j’ai participé à toutes sortes de salons de l’emploi. Je n’ai pas eu le sentiment que les recruteurs m’accordaient un traitement préférentiel. Le niveau d’éducation supérieure est très élevé en Chine. Dans la course à l’emploi, nous sommes sur la même ligne de départ que ceux qui ont étudié en Chine », explique Xiao Tao au Quotidien, une jeune femme qui revient d’Angleterre. En dépit de leurs capacités linguistiques et leur ouverture culturelle, les haigui pâtissent d’une faible compréhension des processus de recrutement et des exigences des entreprises chinoises. Leur réseau, un élément crucial en Chine, se trouve également moins développé que celui de leurs compatriotes restés sur place.

Des attentes professionnelles déçues

Par ailleurs, les attentes professionnelles des haigui sont souvent déçues. Selon le rapport mentionné précédemment, 80 % des haigui obtiennent un salaire en deçà de leurs prévisions. Le salaire mensuel n’atteint que les 6 000 yuans (environ 775 euros) pour 70 % d’entre eux. Une autre enquête du site de recrutement Liepin.com estimait que 80 % des haigui espéraient toucher un salaire annuel au dessus de 200 000 yuans (25 850 euros), mais la majorité des sondés gagnait moins de 100 000 yuans (12 925 euros). En outre, 70 % de ces jeunes en possession d’un diplôme étranger estiment qu’ils exercent une profession sans réelle corrélation avec leur domaine d’études. Le South China Morning Post mentionnait dans un article de février, le cas de Kimi Fei, un jeune shanghaïen qui a choisi de retourner dans sa ville d’origine après un MBA à l’université du Michigan. Malgré le prestige de son diplôme, il n’a pas réussi à être embauché par une entreprise chinoise comme il le souhaitait. Au final, il a dû se rabattre sur un poste au sein d’une firme multinationale. Par ailleurs, au contraire des années précédentes, aucune société immobilière chinoise n’était venue appâter les étudiants chinois sur son campus américain.

Une expérience que peu regrettent

Malgré les difficultés rencontrées, beaucoup ne regrettent pas d’être revenus : l’économie chinoise, prometteuse, offrirait malgré tout de meilleures opportunités de carrières. Mais dans ces conditions, partir étudier à l’étranger en vaut-il toujours la peine? Pour Xiao Tao, la réponse est positive : « Aux yeux de beaucoup de gens, mes études à l’étranger ne valent pas le coup. Pourquoi payer des frais de scolarité si chers pour recevoir un salaire si bas une fois diplômé? Honnêtement, je crois que mes études à l’étranger ont réellement influencé mon travail et ma vie, notamment ma capacité à gérer mon temps ». Étudier à l’étranger reste une expérience très enrichissante et qui ouvre l’esprit. Beaucoup de lycéens continuent de vouloir tenter l’expérience. L’art devient en outre une des nouvelles disciplines à la mode. Depuis 3 ans, le nombre de Chinois en art à l’étranger ne cesse d’augmenter. Une passion personnelle qui pourrait se révéler stratégique professionnellement: le marché de l’art chinois, en plein développement, manque encore de talents.

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