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Malgré le déficit de filles en Chine, les femmes peinent à trouver l’âme sœur

2019-11-15 LE 9 An'an Ding

De nouvelles tendances infiltrent les mœurs et les institutions du mariage en Chine. Certains jeunes ne se retrouvent plus dans un système qui priorise le matérialisme au détriment des sentiments. Ils entendent bien se démarquer de leurs parents et conter fleurette à leur manière. Dans cette nouvelle tendances, les femmes semblent peiner à trouver leur moitié.

« Les hommes trouvent très vite chaussure à leur pied, les femmes ont en revanche plus de difficultés à dénicher un époux qui leur convient. Selon la jeune génération féminine, trouver le compagnon idéal est de plus en plus compliqué », confie Zhu Fang, un entremetteur pékinois de 74 ans qui a déjà plus de 1 655 couples à son actif, au South China Morning Post en août 2018.

Alors que la Chine se distingue par son déficit de femmes, on s’imagine facilement les Chinoises claquant des doigts pour qu’une foule d’hommes accoure à leurs pieds. Que nenni! Sur les 97 clients actuels de Zhu Fang, 70 appartiennent… à la gent féminine. Quelles raisons expliqueraient cet écart ?

Les affaires de cœur : une histoire de famille… et de comptes

Beaucoup se rappelleront la scène du dessin animé Mulan dans laquelle l’héroïne est envoyée par ses parents chez une entremetteuse, afin de devenir une femme accomplie et trouver un mari. Cette manière de conclure une union matrimoniale n’est pas encore surannée dans la Chine contemporaine. Dans cette société où le mariage est une institution, les parents prennent très à cœur le « succès » marital de leur progéniture, et le métier d’entremetteur est loin d’être dépassé.

Tel a été le cas pour Zhang Xiaofeng, jeune homme né dans les années 90 et célibataire. Ses affaires de cœur (ou plutôt leur inexistence) sont très vite devenues un problème de la première importance pour toute la famille. Pour remédier à son célibat, Zhang et ses parents sont allés ensemble au parc du Peuple de la ville de Shijiazhuang (province du Hebei) dans le coin réservé au marché des célibataires. « En plus de rencontrer ma compagne potentielle, il s’agissait aussi de connaître ses parents et leur condition. Au début la situation était très embarrassante ! Cette manière de contracter un mariage ressemblait à ce vieil adage stipulant que ‛l’entremetteur arrange selon les ordres des parents’ » , confie Zhang à China News. Ces marchés aux célibataires sont bien sûr principalement animés par les parents et non les futurs mariés. M. Zhu Fang lui aussi l’affirme : dans la plupart des cas, ce sont les parents qui viennent le trouver.

Les jeunes en âge d’être mariés de plus en plus actifs dans la recherche de l’âme-sœur !

Bien décidés à prendre eux-mêmes leur destin amoureux et marital en main, beaucoup de jeunes gens deviennent actifs dans la recherche de leur moitié. Le taux de réussite des premiers rendez-vous organisés par soi-même, et non par la famille ou les amis, est en constante augmentation. D’autres jeunes se marient sur le tard ou restent célibataires, du fait d’une augmentation des coûts du mariage, d’un rythme de vie toujours plus pressé et d’une vie professionnelle prenante. D’après une enquête portant sur les conceptions de l’amour et du mariage par les jeunes Chinois en 2018 et réalisée par un site chinois de rencontres amicales, plus de 80 % des hommes célibataires sont prêts à trouver l’âme-sœur via des rendez-vous arrangés, mais là encore, contre 70 % des femmes célibataires.

Un marché des célibataires à Xiamen. © ZHANG Bin / CNS

Fini, les belles voitures et appartements luxueux comme éléments essentiels d’une séduction réussie ? Une enquête similaire, publiée par la Ligue de la jeunesse communiste chinoise, révèle que les jeunes Chinois préfèrent maintenant choisir leur partenaire en fonction de la compatibilité de leurs personnalités – et non plus de la comptabilité de leur parenté. Près de 70 % des jeunes préfèrent attendre la bonne personne. Cependant certaines habitudes sont encore bien ancrées car seulement 30 % de la gent féminine prend l’initiative de faire la cour, contre 70 % pour le sexe opposé. Serait-ce là une des raisons pour lesquelles les hommes ont plus de facilité que les femmes à trouver une épouse ?

À partir de l’âge fatidique de 28 ans, les femmes toujours célibataires sont étiquetées « shengnü », c'est-à-dire, vieille fille. Or ces catherinettes vont être accusées par la société d’être des femmes gâtées, dorlotées, irresponsables et incapables de fonder un foyer.

Les jeunes Chinoises trop exigeantes ?

Les observations de Zhu Fang au fil de ses quarante années d’expériences lui ont permis de souligner une tendance de plus en plus évidente : à partir de l’âge fatidique de 28 ans, les femmes toujours célibataires sont étiquetées « shengnü » (Cf. Le 9 n°4, mars 2018), c'est-à-dire, vieille fille. Or ces catherinettes vont être accusées par la société d’être des femmes gâtées, dorlotées, irresponsables et incapables de fonder un foyer. Pour autant, les femmes en âge de se marier préfèrent actuellement prendre leur temps pour choisir quelqu’un à leur goût, plutôt que de se marier avec le premier venu. Elles ne se conforment plus à la manière traditionnelle de trouver un époux ni aux mariages rapides.

Mais Zhu Fang met aussi en garde les jeunes femmes célibataires aux attentes souvent irréalistes. Pour ces dernières, le prince charmant se résumerait en un homme grand, beau et riche. Trop matérialistes les jeunes Chinoises ? « Si vous êtes une femme ‛5 étoiles’, il faut essayer d’accepter un homme ‛4 étoiles’ » prévient l’intermédiaire, car « il est utopique d’espérer que toutes les femmes rencontrent leur homme parfait ! ». Il encourage donc les jeunes femmes à baisser leurs standards. L’essentiel est de dénicher un conjoint bien assorti. Pour ce faire, M. Zhu conseille à ses clientes de s’attarder plus longuement sur les qualités personnelles du partenaire plutôt que de le juger seulement sur ses capacités matérielles. Un homme n’a pas forcément besoin de posséder une voiture ou un appartement pour être un bon compagnon. Irréalistes les Chinoises? Si le témoignage de l’entremetteur demeure intéressant, il n’explique pourtant pas tout: entre les femmes et les hommes, existe-t-il aussi par exemple, une différence dans la culture ou le niveau d’éducation? Est-ce encore là un exemple de la lutte entre tradition et modernité ?

Autrefois lorsqu’ils faisaient la cour, les gens transmettaient d’abord des photos ou des informations à propos de leurs capitaux, de leur salaire, de la possession d’un appartement… Aujourd’hui, ces informations manquent d’intérêt pour les jeunes.

Certains tentent d’innover dans de nouvelles méthodes de rencontre

Peu avant la Saint Valentin chinoise Qixi (généralement entre Juillet et Septembre), un centre commercial cantonnais a mis en place une nouvelle méthode de rencontre surnommée la « liste de courses». Il espère bien proposer une alternative aux sites de rencontres chinois en vogue tels que Tantan ou Momo. Ce concept novateur est parti du postulat que de nombreux Chinois appréhendent le premier rendez-vous : ce moment gênant où deux personnes se retrouvent assises face à face, le regard fuyant, la boule au ventre et la peur de ne pas arriver à trouver un sujet de discussion autre que la pluie et le beau temps. La « liste de courses », au contraire, a cet avantage qu’elle permet de déjà connaître l’autre avant la première rencontre. Le principe est simple: suspendre sa liste de courses dans un hall de supermarché réservé à cet effet. En fin de liste, il est conseillé d’ajouter une rapide description de soi, un moyen de contact et ses exigences amoureuses. Ainsi, si affinité il y a, les intéressés potentiels collent un petit sticker en forme de cœur sur leurs listes préférées et contactent les auteurs. Selon un psychologue interrogé par le Guangzhou Daily, « Dans la société de consommation actuelle, alors qu’il est possible de s’inventer une vie sur un site de rencontre, notre caddie ne peut mentir, son contenu dévoilant notre vie, nos goûts, nos intérêts ». Autrefois lorsqu’ils faisaient la cour, les gens transmettaient d’abord des photos ou des informations à propos de leurs capitaux, de leur salaire, de la possession d’un appartement… Aujourd’hui, ces informations manquent d’intérêt pour les jeunes. Pour eux, ce sont devenus des éléments matérialistes secondaires. Ils aspirent à découvrir la véritable essence de l’autre.

Photo du haut © LI Ran / Xinhua

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