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Les jeunes Chinois font moins l'amour que leurs aînés

2020-03-04 Le 9 Sacha Halter

C’est la surprise révélée par une récente étude chinoise. En effet la sexualité de la jeunesse chinoise ne se limite pas au cliché qui oppose tradition à révolution des mœurs. Il existe de grandes différences dans les représentations et pratiques de la sexualité entre les étudiants et les actifs, entre les riches et les pauvres, mais surtout entre les Chinois nés dans les années 1980 et ceux nés dans les années 1990.

Lorsqu’on pense à la sexualité des jeunes Chinois, les clichés sont nombreux. La Chine serait un pays très traditionnel, dans lequel le sexe serait un tabou. Les relations de couples seraient généralement liées au mariage et seuls les jeunes urbains des provinces côtières auraient redécouvert la libido. Évidemment, la réalité n’a rien à voir avec cela. Le site chinois 163.com a mené l’enquête en février 2019. Il s’avère, par exemple, que la toute dernière génération née après 1990 serait moins active que ses aînées, que les Chinois utilisent plus souvent les sites de rencontre que les Français, ou encore que les étudiants chinois ont deux fois moins de rapports sexuels en moyenne que les jeunes ouvriers.

Entendons-nous bien : la sexualité est un sujet intéressant, mais pas vraiment facile à chiffrer. Les modalités des enquêtes influencent largement les réponses. Certains sont pudiques et d’autres en rajoutent. Le critère généralement admis est le nombre de rapports sexuels par semaine. Il ne nous dit rien sur la qualité de la vie sexuelle, sur la réciprocité, le respect du plaisir de l’autre, et bien d’autres aspects largement subjectifs. Mais les méthodes d’enquêtes sont de plus en plus personnalisées et rigoureuses.

Des données générales font état de nombreuses inégalités

Première tendance qui se dégage : les différences géographiques. Selon la filière chinoise du média Brut, la fréquence des rapports sexuels est plus élevée dans les provinces du nord que dans les provinces du sud, mais il existe aussi une différence entre ceux qui ont une vie sexuelle variée et ceux qui… font toujours la même chose! Ceux qui seraient les plus inventifs au lit se trouvent dans les provinces du sud : Hainan, Guangdong, Guangxi. Ceux qui manquent d’inventivité se trouvent plutôt dans les provinces de l’est : Jiangsu, Anhui, Zhejiang, Shanghai, Fujian.

Si ces chiffres peuvent faire sourire, d’autres sont un peu moins drôles. Il existe une corrélation évidente entre le niveau des revenus et la fréquence de l’activité sexuelle. On observe aussi des disparités selon les catégories socioprofessionnelles.

« Il existe une corrélation évidente entre le niveau des revenus et la fréquence de l'activité sexuelle. »

La génération post-1990 est moins à l’aise dans sa sexualité

Selon les chercheurs chinois de l’académie des sciences sociales de l’Université Renmin à Pékin, la santé sexuelle des jeunes Chinois s’est améliorée entre 2000 et 2010, mais stagne depuis 2010. Les jeunes Chinois nés dans les années 1990 sont moins à l’aise dans leur vie sexuelle que leurs aînés. C’est ce que révèle une enquête menée par le blog « La vérité sur la sexualité des post-90 » sur Zhihu.com, le Yahoo chinois, en septembre 2018.

On y apprend en effet, sur la base d’un échantillon de 6 000 jeunes interrogés, que les principaux intéressés ont moins souvent de rapports que les Chinois nés dans les années 1980. Par exemple, seuls 20 % des Chinois de moins de 25 ans ont en moyenne plus de deux rapports sexuels par semaine, et 30 % ont environ un rapport par semaine. Pour ceux qui ont entre 25 et 35 ans, les taux sont respectivement de 40 et 60 %, soit près de deux fois plus. L’enquête révèle un autre chiffre plus surprenant, mais qui prouve bien que les nouvelles générations se font moins plaisir, l’utilisation des sextoys : 38,66 % des jeunes nés après 1990 en ont déjà utilisé, contre 46,31 parmi ceux nés dans les années 1980. Enfin, les Chinois nés après 1995 utiliseraient moins de sites de rencontre. 52,34 %, contre 55,86 % pour ceux nés après 1985. Une tendance qui laisse dubitatif, quand on sait qu’Internet était très peu développé en Chine au début des années 2000 et que des dizaines de sites de rencontre ont fait leur apparition.

La faute à la fac ?

Mais alors, comment expliquer que les nouvelles générations sont moins actives ? Comme le montrent les statistiques dévoilées dans le tableau ci-dessous sur les catégories socioprofessionnelles, les étudiants chinois sont paradoxalement les plus abstinents. Certes, de nos jours, la majorité des étudiants chinois ont eu un premier rapport sexuel avant de passer le gaokao, le baccalauréat chinois. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que la vie à l’université n’est pas très excitante.

Seuls 20 % des étudiants ont plus d’un rapport sexuel par semaine. Et d’après l’enquête menée par Zhihu.com, dans une classe d’âge donnée, les jeunes hommes qui sont inscrits à l’université ont moins de conquêtes que ceux qui ne sont pas étudiants. Ils ont également moins d’activité sexuelle. Un phénomène encore plus répandu chez les jeunes femmes. Dans une classe d’âge donnée, celles qui sont inscrites à l’université ont quasiment deux fois moins d’activité sexuelle que celles qui n’y sont pas. Comment expliquer cela ?

La concurrence à l’université est rude. Non pas pour trouver quelqu’un ! Mais pour décrocher un diplôme ! En Chine, la fac n’est pas associée aux soirées étudiantes, aux campus à l’américaine où à la drague des filles de première année dans une soirée un peu arrosée dans l'appartement de ses « coloc’ ». La fac chinoise est une véritable institution qui tente de former les meilleurs. Il n’y a que très peu de temps disponible pour la vie extra-universitaire, et surtout, les étudiants chinois manquent d’intimité. Les campus chinois sont de véritables villes dans la ville. Il est extrêmement rare pour un étudiant de loger en dehors de la fac. On vit plutôt en collectivité, dans de véritables cités dortoirs où les filles sont encore séparées des garçons! Les chambres individuelles n’existent pas, les étudiants logent le plus souvent à quatre dans une seule chambre. Dans ces conditions, les hôtels sont souvent le seul moyen pour se retrouver entre amoureux. En Chine, la vie universitaire aurait donc tendance à réduire le nombre d’occasions d’avoir un rapport sexuel, voire même à reculer l’âge du premier rapport.

Les Chinois nés dans les années 1990 sont beaucoup plus nombreux à fréquenter l’université que ceux nés dans les années 1980. Selon le Bureau national des statistiques de Chine (BNS), en 1990, le pays comptait 326 étudiants pour 100 000 habitants. Un chiffre porté à 723 en 2000, 1 613 en 2005, et 2 576 en 2017 ! Dans ce cas, si l’influence de l’université sur la fréquence des rapports sexuels est avérée, alors on peut dire que l’abstinence est le revers de la médaille pour toute une génération d’intellos… 42 % des jeunes nés après 1990 n’auraient même jamais eu de rapports sexuels.

Les Chinois privilégient des partenaires plus proches de leurs cercles de connaissances

L’enquête réalisée sur Zhihu.com révèle également que les Chinois ont tendance à privilégier des partenaires sexuels au plus proche de leurs cercles de connaissances. C’est, là encore, une des manifestations de la fameuse culture du guanxi, qui se traduit par « réseau » et qui renvoie à l’importance des relations interpersonnelles. Et parmi les jeunes Chinois qui ont parfois des « aventures d’un soir », 40 % déclarent que cela a eu lieu avec une personne qu’ils connaissaient déjà. Aux États-Unis, ce chiffre varie entre 13 et 6 %. En clair, le sexe entre personnes totalement inconnues reste assez rare en Chine.

« La fac chinoise est une véritable institution qui tente de former les meilleurs. Il n’y a que très peu de temps disponible pour la vie extra-universitaire, et surtout, les étudiants chinois manquent d’intimité. »

Les Chinois et les sites de rencontre

L’utilisation des sites de rencontre s’est aussi beaucoup développée. Le journal China Youth Daily avait mené en 2016 une enquête parmi les jeunes à ce sujet. Sur les 2 000 personnes interrogées, 54 % déclaraient s’être déjà inscrites sur un site de rencontre. Parmi les inscrits, 24 % considèrent ces sites comme peu fiables. L’une des raisons les plus avancées provient du nombre de faux profils et d’arnaques. D’après le blog China’s Whisper, il existe 5 principales applications de rencontre en Chine, dont la plus importante, Tantan, ressemble beaucoup à Tinder, une célèbre application de rencontre occidentale. Les Chinois ont donc aussi inventé l’application Qing chifan, littéralement « inviter à manger », qui aurait l’intérêt de rendre les choses plus claires dès le début! Il y a aussi Xindong signifiant « battement de cœur », spécialement conçue pour les étudiants, qui doivent même entrer leurs identifiants scolaires pour avoir accès au contenu !

Et par rapport à la France ?

Comparée aux données chinoises, la sexualité des Français est un peu plus ouverte et un peu plus hédoniste. Dans un article paru en août 2016, la revue Sciences humaines révélait les chiffres suivants : 9 % des Français ont au moins 3 rapports sexuels par semaine, 18 % ont deux à trois rapports par semaine, 23 % une à deux fois, 26 % moins d’une fois par semaine, et 24 % déclaraient ne pas avoir d’activité sexuelle au moment de l’enquête.

Encore une fois, la fréquence des rapports sexuels ne dit rien de leur qualité, ni des rapports amoureux. En février 2016, l’Institut national d’études démographiques (INED) avait mené une étude sur les sites de rencontre en France. S’il y en a effectivement de plus en plus, de Meetic à Tinder en passant par Adopte Un mec ou même dernièrement Gleeden, (une application spécialisée dans les rencontres extraconjugales !), elles ne sont pas forcément efficaces. Les jeunes Français fréquentent moins les sites de rencontre que les Chinois du même âge. Sur les personnes de 18 à 25 ans interrogées par l’INED, seules 16 % à 18 % étaient inscrites sur un site de ce type. Et sur ce petit nombre d’inscrits, seuls 9 % y ont rencontré leur conjoint. Les Français ne recherchent pas de relations sérieuses sur ces sites.

Enfin, dans un article paru en décembre 2018 dans le magazine Néon et intitulé « 5 ou 21 rapports par mois ? Comment les Français surestiment la sexualité des jeunes », il apparaît que les Français sont aussi surtout de beaux parleurs. Quand on leur demande combien, selon eux, les Français ont de rapports sexuels par semaine, ils font des estimations bien au-delà de la réalité. Les femmes et les hommes de 18 à 29 ans pensent ainsi avoir, respectivement, une moyenne de 21 et 23 rapports sexuels par mois… contre 5 en réalité! La différence entre la sexualité en Chine et en France pourrait donc sans doute se résumer ainsi : comme le dit l’adage, « ce sont certainement ceux qui en disent le plus qui en font le moins » !

Article publié dans Le 9 magazine n°25, janvier 2020. Dossier de couverture « La vie sexuelle des jeunes en berne ? »

Photo © 699pic

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