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Football : la Chine a-t-elle les moyens de ses ambitions ?

2020-06-15 Le 9 Sacha Halter

Temps fort du sport : le championnat européen de football (UEFA Euro) devait se tenir en juin 2020. Son report à l’année 2021 est aussi l’occasion de s’interroger sur les ambitions de la Chine sur le ballon rond. En effet la Chine veut se qualifier pour la Coupe du Monde de la FIFA, l’organiser et même la gagner. Elle compte sur l’expertise de joueurs et d’entraîneurs occidentaux pour élever le niveau du championnat national, la Chinese Super League (CSL). Mais l’ingrédient principal manque toujours : la culture du football.

Il y a un an déjà, le ministère chinois de l’Éducation lançait un objectif chiffré : la Chine devra compter 50 000 écoles de football d’ici 2025. Une ambition nationale affichée par le président chinois Xi Jinping lui- même, basée sur trois critères : améliorer la gestion financière des équipes du championnat national, atteindre les 10 millions de jeunes inscrits dans les centres de formation à la fin 2020 et qualifier l’équipe nationale de Chine pour la Coupe du Monde de la FIFA. Sur le papier, le plan peut fonctionner. Dans la réalité, l’apprentissage du football en Chine reste très compliqué à cause de différences culturelles.

Le football en Chine : une ambition nationale

La planète football s’est arrêtée de tourner : l’Euro 2020 de football qui devait se tenir cet été a été reporté pour 2021 à cause du Covid-19. Pour autant le football chinois n’a pas dit son dernier mot et le pays en a d’ailleurs fait une affaire d’État. Cette volonté remonte à octobre 2015, lors de la tournée diplomatique en Europe du président chinois Xi Jinping, qui y avait rencontré le Premier ministre britannique David Cameron. Il s’était rendu à Manchester pour visiter les équipements sportifs du club de Manchester City. Un an plus tard, le Conseil des Affaires de l’État lançait à son tour le très ambitieux « plan national de développement du football chinois pour la période 2016-2050 ». Depuis, la Chine s’est portée candidate pour organiser la Coupe du Monde 2030 et s’est fixé pour but de remporter la compétition d’ici 2050. Décision suivie de faits : depuis 5 ans, le nombre de centres de formation de football a explosé : on en comptait 6 951 en mai 2019 contre 1 983 en janvier 2015 (Fédération chinoise de football). En 2019, le ministère chinois de l’Éducation avait sélectionné 24 000 écoles primaires pour dispenser au moins un cours de football par semaine (Xinhua).

L’équipe chinoise de football revient de loin

Malheureusement il faut l’avouer : l’équipe nationale de Chine n’a pas le niveau. Lors de la dernière compétition internationale, en juillet dernier, et malgré le plan de 2015, la Chine se trouvait toujours à la 71e place sur 211 dans le classement de la Fédération internationale de football (FIFA) en football masculin, devant l’Afrique du Sud et juste derrière la Macédoine. Les Chinois ne sont parvenus à se qualifier qu’une seule fois à la Coupe du Monde dans leur histoire : en 2002. Ils avaient été éliminés dès le début de la compétition sans inscrire un seul but. Et pendant la dernière Coupe du monde en 2018, aucun joueur chinois n’a foulé le terrain... Comme pour compenser ce manque, les panneaux publicitaires de grandes marques chinoises avaient alors illuminé les stades, remplis de supporters chinois venus nombreux admirer la qualité des équipes internationales. Une bien maigre consolation.

En Chine, l’équipe féminine dispose même d’un meilleur palmarès que l’équipe masculine, elle a remporté 8 fois la Coupe d’Asie féminine de football.

Tout miser sur les entraîneurs et joueurs européens

La Fédération chinoise de football (FCF), s’est d’abord appuyée sur l’expérience occidentale, de sorte à placer la barre plus haut dans le championnat national. Elle espérait ainsi donner l’exemple aux plus jeunes et aux joueurs professionnels des clubs chinois, qui forment le vivier de l’équipe nationale. C’est ainsi qu’en 2016, la FCF a recruté Marcello Lipi pour entraîner l’équipe nationale. Légende du football italien, Marcello Lipi avait dirigé la sélection italienne et la Juventus de Turin pendant les années dorées du football italien. Depuis, les clubs chinois ont emboîté le pas de la fédération. Fabio Cannavaro, l’un des meilleurs joueurs italiens de sa génération et désormais à la retraite, avait lui aussi été choisi pour entraîner le club du Guangzhou Evergrande, aujourd’hui meilleure équipe du championnat chinois, la Chinese Super League (CSL). Sur les 20 équipes qui composent ce championnat, la majorité est depuis entraînée par des étrangers, avec des grands noms comme Manuel Pellegrini, qui avait fait de Manchester City le leader incontestable du football anglais il y a cinq ans ou encore Luiz Felipe Scolari, qui avait fait gagner au Brésil la Coupe du monde en 2002.

Le championnat chinois a aussi attiré beaucoup de joueurs occidentaux. Pendant le marché des transferts en hiver 2015, les équipes les plus riches de la CSL ont dépensé pas moins de 331 millions d’euros. Parmi les transferts les plus médiatisés : Alex Teixeira (50 millions), Ramirez (33 millions) ou encore Gervinho (18 millions). En 2017, le footballeur argentin Carlos Tevez avait été séduit par le plus haut salaire de l’histoire du football : 38 millions d’euros par an !

Tous les moyens sont bons pour pousser les Chinois à s’intéresser au football. Une stratégie « gagnant-gagnant » : il n’est pas rare que de grands matchs européens soient retransmis en direct à partir de 13h en Europe, uniquement pour être visionnés à 20h en Asie. Les droits de diffusions sportifs en Asie constituent un marché très lucratif pour les championnats et clubs européens. C’est notamment pour cette raison que les « droits TV » constituent une part toujours plus importante des salaires des joueurs occidentaux.

Un protectionnisme qui pointe à l’horizon…

La Chine entend aussi s’appuyer sur ses propres forces et donner leur chance aux talents nationaux. Depuis le 1er janvier 2020, la CSL a donc publié sa nouvelle réglementation financière concernant la période 2019- 2021, avec un signal fort envoyé aux joueurs européens : la Chine n’est plus un Eldorado. Pour la saison 2020, les joueurs étrangers qui signent un contrat dans une équipe chinoise ne peuvent plus exiger un salaire supérieur à 3 millions d’euros par an, contre 6,5 millions en 2019. Pour la saison 2020, la limite de dépense totale des clubs chinois de la CSL est fixée à 1,1 milliard de yuans, contre 1,2 en 2019. Elle sera abaissée à 900 millions de yuans en 2021. Même si les montants restent astronomiques, le marché des transferts en Chine devrait progressivement cesser de puiser dans les équipes occidentales.

Les grandes entreprises, mécènes des clubs chinois

© TONG YU/CNS

Dès le début des années 2000, les clubs de la CSL se sont ouverts aux investissements privés. Suning, le « Darty » chinois, a racheté le club de Jiangsu, équipe de la ville de Nankin, qui a su remonter dans le top 5 du classement de la CSL. Mais le plus grand exemple de réussite reste sans doute le Guangzhou Evergrande, club de Canton et propriété du géant de l’immobilier Evergrande Real Estate Group et du groupe Alibaba. Avec ses joueurs et formateurs occidentaux, le Guangzhou Evergrande est populaire dans toute la Chine. Comme de vrais supporters anglais, ses fans ont leurs chants, leurs bières locales et leurs écharpes rouges et jaunes. Le stade est rempli chaque semaine et le club a gagné 7 fois le championnat chinois depuis 2011. Un vrai PSG chinois.

Le célèbre footballeur Cristiano Ronaldo a visité Pékin après la Coupe du monde 2018. Xinhua lui avait alors demandé quelle était selon lui la clé pour développer le football chinois. Il avait répondu : « il faut surtout développer le football chez les jeunes, que les enfants s’intéressent au foot le plus tôt possible. Il faut que le football soit un vrai lieu de rendez- vous pour eux, que leur environnement soit bon ». Un conseil avisé qui rappelle que l’argent ne suffit pas : ce qui manque à la Chine, c’est la culture du ballon rond. Une culture bien spécifique, qui repose beaucoup, il faut l’admettre, sur des valeurs individuelles et occidentales. La plupart des grands joueurs de football sont en effet issus de quartiers pauvres de leurs pays, des bidonvilles de Rio jusqu’aux HLM de la banlieue parisienne. Ils perçoivent le football comme un jeu, un moyen de se rebeller et d’oublier la dureté du quotidien. Les enfants brésiliens ou français espèrent rarement faire du football un métier. Ils ne se révèlent en tant que futures stars que s’ils sortent radicalement du lot. Les recruteurs des centres de formation réalisent des tournées d’inspection dans les quartiers et cherchent à convaincre la famille de la perle rare, avec plus ou moins de difficultés.

Les enfants chinois conçoivent le football comme une lourde responsabilité dès leur plus jeune âge.

Il en va d’une tout autre culture en Chine. Selon Mads Davidsen, Danois et entraîneur adjoint du club de Shanghai Donghua F.C, les enfants chinois conçoivent le football comme une lourde responsabilité dès leur plus jeune âge. Depuis 2016, la FCF et le gouvernement exhortent beaucoup les parents et les professeurs à faire entrer leurs enfants dans des centres de formation hyper-disciplinés, qui accordent beaucoup d’importance aux valeurs confucéennes, à la hiérarchie et bien sûr à la nation. Autant de valeurs qui favorisent l’esprit d’équipe, mais qui peuvent parfois inhiber la spontanéité et les profils atypiques. Des joueurs comme Lionel Messi ou Zinedine Zidane ne sont pas simplement efficaces, ils sont avant tout uniques. Leur style de jeu est inimitable et inexplicable, il complique la tâche des défenseurs les plus expérimentés du monde. En clair, il ne suffit pas de travailler et d’imiter pour devenir footballeur. Il faut sortir du lot et faire preuve d’originalité. Une différence culturelle qui déçoit certains entraîneurs et joueurs occidentaux expatriés en Chine, qui reviennent en Europe.

Le piège des imposteurs étrangers

Un article de Xinhua paru en juin 2019, alertait sur le phénomène des « faux entraîneurs étrangers ». C’est par exemple le cas de Victor, un étudiant étranger venu dans le Hebei. Après avoir étudié six mois en Chine, il a abandonné ses études et a été embauché comme formateur dans un club chinois semi-professionnel. Sans qualification aucune, il lui a suffi de faire jouer son image d’occidental et sa passion du football. À Chongqing, en 2014, un jeune américain gérant d’un restaurant de nouilles avait même ouvert son propre centre de formation pour enfants !

La Chine est donc un Eldorado pour quiconque veut y enseigner les bases du football. Un entraîneur titulaire d’une licence de l’Union des associations européennes de football (UEFA), peut obtenir un salaire compris entre 18 000 et 40 000 yuans par mois, (2 500 à 5 800 euros), sans compter les avantages en nature comme l’hébergement gratuit. Il n’est pas étonnant que certains jeunes étudiants américains ou anglais tentent leur chance dans de petits centres chinois de formation, qui peuvent les rémunérer autour de 7 000 yuans par mois. Or ce phénomène tend à dégrader le football chinois. La Chine cherche depuis à mieux encadrer l’emploi des experts étrangers, notamment dans les procédures de visas. Le FCF privilégie aussi dorénavant la formation d’entraîneurs chinois. Mais il faudra être patient.

L’équipe féminine : l’avenir du football chinois ?

Pendant l’été 2019, le football féminin avait été mis à l’honneur grâce à la Coupe du monde féminine de la FIFA organisée en France. L’équipe nationale chinoise féminine n’a pas attendu le plan de 2015 pour jouer à un haut niveau. Même si elle a été éliminée en 8e de finale contre l’Italie, sa prestation reste très encourageante. En Chine, l’équipe féminine dispose même d’un meilleur palmarès que l’équipe masculine, elle a remporté 8 fois la Coupe d’Asie féminine de football. Au classement FIFA, elle est même 16e sur 158 ! La régularité de la présence de l’équipe nationale chinoise féminine dans le haut du classement avait d’ailleurs permis à la Chine d’organiser la première édition de la Coupe du monde de football féminin en 1991. Le football féminin n’était malheureusement pas assez médiatisé à l’époque. Malgré leur défaite en Coupe du monde en 2019, les joueuses se préparent déjà en vue des Jeux olympiques de Tokyo de 2022. Fait important : elles ne sont d’ailleurs pas entraînées par un ancien sélectionneur italien, mais par l’ex-footballeur chinois Jia Xiuquan, qui est assez confiant sur l’avenir du football chinois féminin. Gagner la Coupe du monde de football en Chine d’ici 2050 : et si l’espoir c’était les femmes ?

Photo du haut © HONG Jianpeng/CNS

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