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William N. Brown : 30 ans de lutte contre les stéréotypes sur la Chine

2020-07-10 Chine-info Sacha Halter

Professeur américain vivant en Chine, William N. Brown a passé sa vie à lutter contre les idées reçues. Il considère que les Occidentaux voient la Chine comme un pays pauvre et fermé sur lui-même. Il est aussi convaincu que cette vision n’est pas fidèle à la réalité et provient d’une histoire conflictuelle, qu’il s’agirait désormais d’oublier.

Les téléspectateurs chinois n’ont pas vraiment l’habitude de voir des Occidentaux participer à leurs shows télévisés. William N. Brown est pourtant très connu en Chine et régulièrement invité sur les plateaux TV. Son dernier livre, Off the Wall—How We Fell for China paru en 2018, a fait sensation. En novembre dernier, il a participé à l’émission « Voice Of China », diffusée sur la télévision du sud-est (SETV), dans la province du Fujian. S’exprimant dans un chinois impeccable, il y a fait un discours assez peu commun pour un Occidental, témoignant de son admiration pour le « modèle chinois ». Il faut dire que William N. Brown possède un parcours atypique. Né en 1956 aux États-Unis, il a effectué son service militaire dans l’armée américaine sur l’Île de Taïwan. En 1988, il s’est installé à Xiamen, dans le Fujian. Celui qu’on nomme aujourd’hui de son nom chinois Pan Weilian, est professeur de management à l’Université de Xiamen, depuis déjà près de 30 ans. Son leitmotiv ? « La Chine s’est ouverte à l’Occident et désormais, c’est à l’Occident de s’ouvrir à la Chine. »

Quand je suis arrivé sur l’Île de Taïwan pendant mon service militaire, je ne connaissais presque rien de l’histoire de la Chine. J’étais dans une région proche de la province du Fujian, où vivait le peuple Hokkien (en chinois Minnan, 闽南), une branche de l’ethnie Han. J’ai découvert que ce peuple était très ouvert au monde et très avant-gardiste, depuis plusieurs générations. J’ai compris plus tard que cela s’expliquait par la topographie du Fujian, une province très montagneuse et peu propice à l’agriculture, qui contraignait ses habitants à regarder vers le large et à commercer avec le monde extérieur. Ce peuple m’offrait donc une image bien différente de celle que j’avais apprise à l’école aux États-Unis. Je me suis alors posé une question très simple: comment un pays avec une histoire si riche d’échanges, pouvait avoir été à ce point pauvre et isolé ? Comment un tel paradoxe avait-il pu se produire ?

Je ne voulais plus être militaire, et je n’adhérais plus à ces valeurs soi-disant démocratiques, qui servaient selon moi à masquer l’impérialisme et le commerce. Je voulais simplement en apprendre plus sur la Chine, découvrir son histoire et son peuple. En 1988, j’ai quitté les États-Unis, me rendant pour la première fois à Xiamen dans le Fujian. À l’époque, cette province était arriérée et coupée du monde. Pour se rendre de Los-Angeles à Xiamen, au sud, il fallait supporter un périple de 50 heures. Il fallait d’abord changer trois fois d’avions pour arriver à Hongkong, avant de prendre un bateau pour un nouveau voyage de 18 heures. Les formalités douanières pouvaient aisément ajouter quatre heures de plus. Et pourtant, loin de tout, je suis tombé amoureux de la ville de Xiamen, sur le littoral. Elle n’avait pas le prestige de Shanghai ou Pékin, mais disposait tout de même d’une grande université. On venait tout juste d’y enseigner le management dans les nouveaux programmes de MBA (Master of Business Administration). J’y ai obtenu un poste de professeur de management, que j’occupe encore aujourd’hui.

Mon choix de vivre dans la Chine continentale n’était pas facile à comprendre pour mon entourage vivant aux États-Unis. Certes, ma femme, que j’avais rencontrée sur l’Île de Taïwan, m’avait accompagné. Mon père ne s’est jamais opposé à mon choix de carrière. Mais il n‘était pas non plus parmi les plus enthousiastes. Je devais donc supporter de grandes contradictions. Mes enfants grandissaient en Chine et pensaient même vouloir faire leur service militaire dans l’Armée populaire de libération! Mon père, leur grand-père, avait pourtant fait la guerre en Asie du Sud-Est pendant plus de 11 ans, il s’était opposé toute sa vie au communisme. À mes yeux, il était important de lui faire comprendre la réalité de la vie en Chine, au delà des discours et idées reçues. J’ai donc commencé à lui écrire, et plus tard, en 1992, j’ai commencé à écrire des articles pour des lecteurs occidentaux.

William N. Brown (au centre) lors de la parution de son livre « Off the Wall—How We Fell for China », en 2018 © Zhang Bin / CNS

Depuis ce moment là, j’ai toujours mis un point d’honneur à combler le fort décalage qui existe entre la vision occidentale de la Chine et la réalité. J’ai donc voyagé en Occident pour échanger sur la Chine. Un jour de 2002, j’ai été invité à une conférence sur l’urbanisme à Berlin, en Allemagne. Je travaillais en tant que porte-parole de la ville de Xiamen, qui venait de recevoir un prix international comme « Cité-jardin », à l’époque où la végétalisation urbaine commençait à devenir une mode. Lors de cet évènement, j’ai discuté avec de nombreux responsables politiques locaux, des maires et des entrepreneurs. Ils ne connaissent rien de l’urbanisation en Chine. Un maire a même été surpris quand je lui ai expliqué qu’il se construisait des gratte-ciels en Chine! Je me suis alors fixé pour tâche de faire la promotion des villes chinoises en Occident, en participant à d’autres remises de prix pour d’autres villes chinoises. Ce n’était pas une histoire d’égo, ou même une volonté de faire de la publicité pour les villes chinoises, qui n’ont en réalité pas besoin de l’Occident pour se développer rapidement. Je voulais juste diffuser la connaissance sur la Chine autour de moi.

Je comprenais finalement que la Chine était perçue comme plus pauvre qu’elle ne l’était vraiment. Dans les médias occidentaux, beaucoup prétendaient que la Chine n’avait pas les capacités d’innover, qu’elle était un marché trop fermé. Certains ont mêmes prétendu que le succès du développement chinois se limitait aux villes du littoral, que l’arrière-pays était misérable. D’autres prétendaient que j’avais moi-même été induit en erreur, en vivant sur le littoral à Xiamen. J’ai donc acheté un petit camion, j’ai fait un « road-trip » de trois mois dans les villes de l’intérieur et les campagnes. J’y ai trouvé une Chine beaucoup plus développée que ce que je pensais. Malgré la pauvreté de certains endroits comme la région autonome du Ningxia, le gouvernement n’a jamais négligéles infrastructures électriques de base, la présence d’écoles, les établissements de soin. Le gouvernement chinois ne ramène pas la lutte contre la pauvreté à une approche « humanitaire », il ne s’agit pas simplement de donner de l’argent ou de faire de la « charité ». En Chine, il y a ce dicton qui résume tout: « Il vaut mieux apprendre à un homme à pêcher, plutôt que de lui offrir un poisson ».

Pour comprendre la raison du scepticisme occidental, il m’apparaissait important de faire un détour par l’histoire. Cette vision remonte au XIXe siècle, lorsque les Occidentaux se plaignaient déjà de la soi-disant fermeture et arriération de la Chine. En réalité, de nombreuses études, notamment de l’Université de Harvard, ont depuis prouvé que l’économie chinoise était plus ouverte au reste du monde que ne l’était l’Europe pendant la même période. Pendant des siècles, la Chine a davantage innové et fait de commerce que l’Occident. C’est de la Chine que proviennent parmi les plus grandes inventions et prouesses techniques. Je comprenais bien vite que ces représentations d’une Chine arriérée et fermée aux étrangers trouvaient leur racine dans les guerres de l’Opium. J’ai ainsi découvert l’histoire de Lin Zexu, commissaire impérial pendant la Première guerre de l’Opium, l’histoire de la stratégie commerciale de la Grande-Bretagne, qui relevait plus de la piraterie que du commerce, et qui consistait à piller les ressources de l’Inde et de la Chine. Un siècle plus tard, il était finalement logique que ces deux pays soient extrêmement pauvres, tandis que l’Occident soit extrêmement riche.

Ce n’est qu’aujourd’hui que la situation commence à changer. Les acteurs du monde urbain en Europe veulent comprendre comment la Chine fonctionne. Ils ne me posent plus les mêmes questions qu’il y a 20 ans. Depuis environ 10 ans, la Chine surprend tous les experts occidentaux, les conduisant bien souvent à réévaluer leurs prévisions. La Chine a lancé d’immenses travaux comme le « projet de transfert d'eaux du sud au nord », ou le « projet de transmission d’électricité ouest-est ». La Chine construit aussi énormément d’autoroutes et chemins de fer. Mais surtout, c’est la Chine qui a le plus contribué à la lutte mondiale contre la pauvreté. D’après un article paru lors du Forum de Davos en juin 2017, à elle seule, la Chine a contribué à réduire de 75 % le taux de pauvreté mondial, (fixé à 2 $ par jour selon la Banque mondiale) entre 1990 et 2005. Dans les années 1960, alors même qu’elle faisait déjà face à de grandes difficultés internes, elle avait déjà aidé les pays africains à se développer, notamment en construisant des chemins de fer. Une mission qu’elle continue d’honorer aujourd’hui avec les Nouvelles routes de la soie. Il n’y a que ces avancées qui permettront, je l’espère, de changer le point de vue des Occidentaux sur la Chine, et de mettre fin aux idées reçues. C’est à cette condition que nous pourrons coopérer efficacement, entre l’Occident et la Chine.

Photo du haut © Voice of China


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