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Bernard Brizay

Une bonne affaire pour le groupe Pinault

Bernard BRIZAY 2013-11-14 10:21:30

Lors du dîner d'État donné le jeudi 25 avril à Pékin en l'honneur du président français François Hollande par le président chinois Xi Xinping, une nouvelle a fait sensation, immédiatement reprise et orchestrée par tous les médias chinois.

François-Henri Pinault, président du groupe PPR (bientôt Kering), a en effet annoncé à cette occasion que sa famille avait racheté à Pierre Bergé les deux têtes d'animaux en bronze - celles du rat et du lapin - provenant du Yuanming Yuan. Il s'agit de l'ancien palais d'été de Pékin, la résidence favorite des empereurs chinois de la dynastie des Qing, située au nord-ouest de la capitale chinoise. Ce palais-jardin abritait ce qu'on appelle les " palais européens ", construits en marbre. Les seules ruines qui subsistent du " Versailles chinois ".

M. Pinault a choisi d'en faire don à la Chine.

On se souvient qu'il y a 3 ans, ces deux têtes avaient été mises aux enchères lors de la vente de la collection Bergé-Saint Laurent. Et qu'elles avaient été achetées par téléphone, à prix d'or (14 millions d'Euros chacune) par un acheteur Chinois, qui ensuite avait déclaré qu'il n'était pas question de payer quoi que ce soit pour récupérer un bien revenant de droit à la Chine. Ces deux pièces sont donc restées la propriété de M. Bergé. La presse chinoise s'était passionnée à l'époque - tout autant que les réseaux sociaux - pour cette affaire, quasiment devenue une affaire d'État.

Comment expliquer tout ce bruit, toute cette passion ? Ces deux têtes proviennent d'une fontaine construite vers 1750 sous le règne du grand empereur Qianlong (1736-1795). Cette fameuse fontaine, construite par les jésuites présents à la cour de Pékin et en particulier par un fontainier français, le père Benoist, était ornée de douze têtes d'animaux représentant les signes du zodiaque chinois. Toutes les deux heures, de l'eau jaillissaient de leurs bouches ou de leurs gueules.

On sait que la Chine demande la restitution des objets volés lors du sac du palais d'été, en octobre 1860, lors de l'expédition anglo-française qui s'est terminée par le malheureux pillage et l'incendie de la résidence impériale. Pour les Chinois, ces " reliques " ont avant tout valeur de symbole.

Pékin va donc récupérer ces objets.

Pour le groupe Pinault, très présent en Chine dans le domaine du luxe et qui va bientôt ouvrir une antenne de Christie's, il s'agit d'une formidable opération de communication, d'un superbe coup de pub. Pour la France, c'est une belle occasion de se faire un peu pardonner, s'il se peut, les pillages de 1860, si présents à l'esprit de tous les Chinois. Pour la Chine, c'est plus qu'une excellente nouvelle.

Pékin a récupéré ces dernières années cinq de ces têtes zodiacales, exposées au musée Poly. En 2007, le magnat des casinos de Macao, Stanley Ho, a déboursé 8,8 millions de dollars pour la tête de cheval, offerte à la Chine, qui a salué ce " geste patriotique ". On a perdu la trace des cinq têtes manquantes.

Petite précision. La Chine assure que des têtes proviennent du sac du palais d'été. Cela n'est pas si sûr. On voit mal en effet les pillards de 1860 s'armer de marteaux et de burins pour découper ces têtes de bronze qui en soi ne sont pas très belles et n'ont pas une grande valeur artistique. Il est probable que ces têtes ont été découpées après le sac par des paysans des environs, pour les revendre à des antiquaires pékinois. Et qu'elles ont été achetées par des amateurs étrangers. Mais ceci importe peu, car pour les Chinois elles proviennent du palais d'été et leur valeur encore une fois, est sentimentale et symbolique.

Auteur du Sac du palais d'été (Le Rocher, 2003)

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