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Camille Yihua Chen

[Camille Yihua Chen] La Bourse de Shanghai s’ouvre aux investisseurs étrangers

Camille Yihua Chen 2014-11-28 10:01:41

C’est une mini révolution boursière en Chine ! Le 17 novembre 2014, deux places financières parmi les dix premières du monde, le Shanghai Stock Exchange (SSE) et le Hong Kong Stock Exchange (HKEx), ont été reliées par une plate-forme commune de négociation de titres cotés. Baptisée Shanghai-Hong Kong Stock Connect (Connexion entre les Bourses de Shanghai et de Hong Kong), ou Stock Connect pour les initiés, une telle initiative vise avant tout à ouvrir davantage le marché actions chinois – étape importante dans l’ouverture du compte de capital de la Chine et donc de l’internationalisation du RMB.  Toutes les opérations d’achat et de vente s’effectuent en effet en devise chinoise.

Dorénavant, les investisseurs internationaux – qu’ils se trouvent à Hong Kong ou ailleurs dans le monde, qu’ils soient institutionnels ou particuliers – peuvent acheter et vendre des actions cotées sur la Bourse de Shanghai, depuis Hong Kong, en RMB…offshore 1. Inversement, les investisseurs de Chine continentale peuvent traiter des valeurs cotées sur le marché de Hong Kong, depuis Shanghai, en RMB…onshore2  – monnaie qui sera convertie par la suite en dollar de Hong Kong pour être utilisée dans les transactions. Jusqu’à présent, seuls les investisseurs internationaux institutionnels qualifiés (QFII3 , RQFII4 ) pouvaient avoir accès à la Bourse de Shanghai, de façon restreinte; quant aux investisseurs de Chine continentale désireux d’investir à Hong Kong, ils ne pouvaient échanger que des actions H, c’est-à-dire des sociétés  du continent cotées à Hong Kong qui ne représentent que 11 % des 1 521 sociétés cotées à Hong Kong.

Une passerelle vient donc de s’établir entre les deux marchés actions, facilitant les échanges dans les deux sens : du sud au nord pour les flux qui remontent de Hong Kong vers Shanghai ; et du nord au sud pour les trafics qui descendent de Shanghai vers Hong Kong. C’est, en tout cas, le but recherché par les autorités chinoises en lançant le projet de Stock Connect : permettre au RMB de circuler plus librement à travers les frontières chinoises.

Shanghai séduit sept fois plus que Hong Kong

Le bilan de la première journée de cotation a donné lieu à quelques surprises. Les transactions ont remporté beaucoup plus de succès dans le sens Hong Kong – Shanghai que dans le sens inverse. « Le baptême du feu du Stock Connect a fait tomber partout des lunettes 6 : enthousiasme à Shanghai, calme plat à Hong Kong », titre avec un certain humour wallstreetcn.com, site financier en langue chinoise. Les statistiques sont  formelles : à Shanghai, une heure avant la fermeture fixée à 15 heures, le quota de 13 milliards de yuans (1,7 milliard d’euros) autorisé par jour pour les opérations d’achat avait été atteint ; alors qu’à Hong Kong, à la clôture, seuls 1,8 milliard de yuans sur les 10,5 milliards (1,37 milliard d’euros) autorisés par jour avaient été utilisés, soit environ 17 % seulement du total autorisé. Shanghai a donc capté sept fois plus de flux d’achat que Hong Kong !

Sur le marché shanghaien, les 5 valeurs les plus recherchées ont été CITIC Securities  7(600030.SH), Ping An Insurance 8 (601318.SH), DaqinRaiwayCo.Ltd (601006.SH), Haitong Securities10  (600837.SH), et Industrial Securities 11 (601377.SH). Les titres qui offrent à la fois les meilleurs dividendes et une importante liquidité ont par ailleurs particulièrement séduit les investisseurs internationaux, à l’image en particulier de Shanghai Automotive Industry Corporation (600104.SH), l’un des plus importants constructeurs automobiles chinois.  L’action s’est adjugé + 3,18 %, après avoir flambé de 6,84% dès l’ouverture de la séance.

Pourquoi un tel engouement pour la cote shanghaienne ? A en croire des connaisseurs du marché chinois, la principale explication tient à la sous-valorisation notamment des valeurs stars de l’indice Shangzheng, représentatives de l’économie chinoise. Dans un récent rapport, la banque d’affaires américaine Goldman Sachs estime que les actions A – titres cotés en RMB sur la place de Shanghai – sont aujourd’hui très faiblement valorisées : moins de 10 fois leurs futurs bénéfices. A titre de comparaison, les calculs de Robert James Shille, Prix Nobel d’économie 2013, montrent que les sociétés cotées sur la Bourse américaine sont valorisées… 26 fois. Goldman Sachs pense également que le poids de la Chine dans le PIB mondial n’est pas suffisamment représenté dans les actions A : alors que la croissance de la deuxième économie du monde représente 12,3 % du PIB mondial, le prix de ses sociétés cotées ne pèse, quant à lui, que 10,5 % de la capitalisation boursière mondiale. En clair, le moment est opportun pour effectuer des achats à bon compte…

La toute récente ouverture du marché actions chinois, très attendue après une longue période de fermeture à l’étranger, explique aussi la fièvre acheteuse du 17 novembre. Pour Goldman Sachs, le Stock Connet offre « une opportunité sans précédent » aux investisseurs internationaux, parce qu’il a créé, dans les faits, la deuxième Bourse mondiale en termes de capitalisation (6,7 milliards de dollars), certes loin derrière le New York Stock Exchange (19,7 milliards) mais à égalité avec le Nasdaq.

La relative abondance des yuans offshore en circulation à Hong Kong – plus de 1 000 milliards12 , soit 11 fois plus qu’il y a trois ans – pousse également nombre de fonds d’investissement et de particuliers de l’ancienne colonie britannique à s’intéresser à la Bourse de Shanghai. Tout simplement parce qu’à Hong Kong les produits de placement en RMB offshore font cruellement défaut : on y trouve seulement trois types de produits : dépôts bancaires, certificats de dépôt, et obligations Dim Sum 13.  Faut-il rappeler que la probable intégration des actions A dans le MSCI EM – indice boursier dédié aux marchés émergents créé par la société américaine MSCI – constitue, elle aussi, un attrait pour les investisseurs internationaux pour le marché shanghaien ? Indice le plus suivi par les gérants de fonds internationaux, le MSCI sert de référence à de nombreuses sociétés de gestion dans leur allocation d’actifs. Que les actions A puissent faire leur entrée dans le sacro-saint MSCI EM laisse donc présager un afflux d’acheteurs venus du monde entier, ce qui devrait soutenir la cote shanghaienne.

Dorénavant, les investisseurs résidant hors de Chine continentale ou de nationalité étrangère peuvent acheter directement en RMB des actions cotées sur le marché actions chinois. De quoi pouvoir diversifier leurs placements sur un secteur géographique différent, qui regorge de valeurs injustement massacrées, et dans une devise autre que l’euro ou le dollar, par exemple, en pariant sur le potentiel d’appréciation du RMB. Ils vont avoir la possibilité, de « jouer » un plus grand nombre de secteurs de l’économie chinoise, alors que jusqu’à présent ils ne pouvaient y avoir qu’un accès restreint par le biais des actions H. Le Stock Connect permet aussi aux investisseurs individuels de composer leur portefeuille en fonction de leurs propres besoins, ce qui les dispensera de devoir dépendre de l’allocation que proposent les fonds d’investissement via les programmes QFII ou RQFII. Enfin, l’éventuelle intégration de celles-ci dans le MSCI EM devrait générer mécaniquement un grand nombre d’achats par des investisseurs institutionnels, ce qui ne manquera pas de profiter à ceux qui seront déjà positionnés sur la Bourse de Shanghai.

Côté fiscal, deux mesures très avantageuses méritent d’être signalées. Ainsi à partir du 17 novembre 2014, et jusqu’à une date indéterminée, les investisseurs internationaux peuvent voir leurs gains bénéficier de l’exonération de l'impôt sur le revenu et de l’impôt sur les sociétés. En France, même la fiscalité du PEA (plan d’épargne en actions), souvent mise en avant pour attirer les investisseurs actifs en Bourse, est loin d’être aussi attractive ! C’est dire à quel point la Chine est désireuse d’ouvrir ses marchés de capitaux dans le cadre de l’internationalisation du yuan et, dans la foulée, d’injecter du sang neuf dans une Bourse anémique depuis plusieurs années.

Ouverture (toujours) sous contrôle

Pour autant, la porte du marché actions chinois n’est qu’entrouverte. Soucieux de maîtriser à tout prix les flux de capitaux, Pékin a maintenu certaines restrictions. Parmi celles-ci, sept au moins doivent être prises en considération par les investisseurs internationaux.

1. L’accès à la Bourse de Shanghai se fait via Hong Kong, par l’intermédiaire d’un courtier enregistré auprès du régulateur des marchés financiers local, même si les investisseurs internationaux n’ont pas besoin d’être présents sur place pour acheter des actions.

2. Dans un premier temps, seules 568 actions sont accessibles aux investisseurs internationaux ; mais cela représente tout de même 57 % des 985 sociétés que compte la Bourse de Shanghai.

3. Pour les opérations effectuées sur la Bourse de Shanghai, le volume global des transactions est plafonné à 300 milliards de yuans (39,1 milliards d’euros) 14, et le quota quotidien des échanges, à 13 milliards 15. Dès que le quota quotidien est atteint, les ordres d’achat ne sont plus acceptés, seuls les ordres de vente peuvent être traités.

4. Les investisseurs internationaux ne sont pas (encore) autorisés à participerà des introductions en Bourse.

5. Les ventes à découvert ne peuvent être pratiquées que sous certaines conditions.

6. Les « aller-retour » dans la journée ne sont pas  permis : il faut attendre le lendemain (T + 1) ou plus tard pour pouvoir vendre l’action acquise ou racheter l’action vendue à découvert.

7. Les investisseurs internationaux n’ont pas le droit de posséder plus de 10 % d’un titre coté sur la Bourse de Shanghai.

Autant de contraintes qui montrent le souci de Pékin d’ouvrir ses marchés de capitaux de façon mesurée, maîtrisée, afin d’éviter tout dérapage susceptible de mettre en danger la grande cause nationale : l’internationalisation du RMB. Il convient de signaler par ailleurs que, en lançant le Stock Connect, les régulateurs des deux marchés chinois souhaitent avant tout un développement à long terme de leurs places de cotation, parce qu’ils ne veulent pas créer une volatilité excessive à court terme qui serait au détriment de la plupart des investisseurs. Si le Stock Connect remporte un succès, le quota global des 300 milliards de yuans pourrait être relevé, de même que le quota quotidien de 13 milliards. Et, dans la foulée, les mesures qui, aujourd’hui, paraissent contraignantes, devraient être supprimées les unes après les autres, en fonction de ce qui va se passer sur les deux places financières, à Shanghai comme à Hong Kong.

Autre indice illustrant la prudence de Pékin : la connexion entre Hong Kong et Shanghai s’arrête aux portes de la Bourse de Shenzhen, très représentative des start-up chinoises et qui reste pour l’instant la chasse gardée des nationaux. Là encore, Pékin attend de voir comment évoluera le Stock Connect avant de décider s’il est opportun – ou non – d’aller plus loin dans l’ouverture de son marché actions.

 

 

 

1. Il s’agit du RMB qui circule hors de Chine continentale.

2.Il s’agit du RMB qui circule à l’intérieur de la Chine continentale.

3.QualifiedForeignInstitutionalInvestor.

4.Renminbi QualifiedForeignInstitutionalInvestor.

5.Selon la Bourse de Shanghai, 174 sociétés du continent sont cotées sur la Bourse de Hong Kong.

6.Expression très en vogue en Chine, qui signifie surprendre.

7.Filiale du groupe CITIC, spécialisée dans le courtage, activité dans laquelle elle est leader en Chine.

8.Holding chinoise dont les filiales ont des activités dans la banque et l'assurance.

9.Groupe spécialisé dans le transport ferroviaire.

10.Groupe spécialisé en courtage, fusion-acquisition, gestion d’actifs, etc.

11.Groupe spécialisé le courtage, le conseil en investissements en valeurs mobilières, la gestion d’actifs, etc.

12.http://m.ftchinese.com/story/001059099?channel=china

13.Obligations émises en RMB offshore sur la place de Hong Kong

14.Pour les transactions effectuées dans le sens Shanghai-Hong Kong, le volume global est fixé à 250 milliards de yuans, et le quota quotidien à 10,5 milliards.

15.Pour le volume global comme pour le quota quotidien, seuls sont pris en compte les ordres d’achat.

chine-info.com

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