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Camille Yihua Chen

[Camille-Yihua Chen] Nouveau contexte économique, nouvelle politique monétaire

Camille-Yihua Chen 2018-04-23 09:44:13

En quoi consiste la politique monétaire chinoise de l’ère Yi Gang, le nouveau patron de la Banque centrale chinoise ? Quel en sera l’impact sur l’économie chinoise ?

Yi Gang à son élection à la tête de la Banque centrale chinoise, le 19 mars dernier. © Du Yang/CNS

Élu gouverneur de la Banque centrale chinoise par la 13e Assemblée nationale populaire (le parlement chinois) qui s’est tenue du 5 au 20 mars 2018, Yi Gang est désormais chargé de conduire la politique monétaire chinoise. Une mission d’autant plus délicate que son élection intervient dans un contexte très particulier.

Une amélioration de la conjoncture sur fond de risques économiques et géopolitiques

Au niveau international, la reprise économique tend à s’intensifier, de sorte que les principales économies matures ont resserré leurs politiques monétaires. Ainsi, après trois hausses des taux directeurs depuis fin 2016, les États-Unis ont de nouveau relevé leur coût du crédit qui, depuis le 22 mars 2018, s’établit à 1,75%. Dans le sillage américain, la Banque centrale européenne a elle aussi réduit sa politique monétaire exceptionnelle : en octobre dernier, elle a annoncé une réduction, de janvier à septembre 2018, de ses rachats de dettes publique et d’entreprises, passant de 60 à 30 milliards d’euros par mois. Va-t-elle à son tour remonter ses taux ? La question est désormais sur toutes les lèvres… L’amélioration de la conjoncture économique internationale devrait doper la demande extérieure et ainsi soutenir les exportations chinoises. Pour autant, la réforme fiscale américaine, la politique commerciale protectionniste de Trump et les risques géopolitiques (guerre en Syrie…) multiplient les incertitudes. Sans compter la remontée des prix des matières premières dans un contexte de reprise, qui devrait exercer une pression haussière sur les prix à la consommation en Chine, et les éventuels relèvements des taux dans des pays développés – les États-Unis en prévoient trois en 2018 – qui ne manqueront pas d’accroître les difficultés pour la Banque centrale chinoise à gérer sa propre politique.

Sur le plan intérieur, les dernières statistiques montrent une progression stable et coordonnée de l’économie chinoise en 2017, caractérisée par la progression de la consommation des ménages (+7,1%), une diminution de la surcapacité de production manufacturière et l’amélioration des profits des entreprises (+ 21% pour les entreprises industrielles…). Tout cela laisse présager une croissance stable en 2018. Force est cependant d’observer qu’un certain nombre de risques persistent : la croissance manque encore d’une réelle dynamique interne ; la consommation des ménages, bien qu’en progression, ne représente encore que 45% du PIB et reste inférieure par rapport à la plupart des pays développés (55-70%) ; l’endettement reste toujours à un niveau historiquement élevé (284% du PIB selon Goldman Sachs) ; les réformes structurelles avancent sur un terrain plein d’embûches ; enfin, le système de surveillance financière laisse toujours à désirer…

Quatre orientations principales

C’est donc dans un environnement où coexistent opportunités et risques que le nouveau gouverneur de la Banque centrale chinoise a fixé une nouvelle une politique monétaire, qui s’appuie sur quatre axes.

1. Maintenir la stabilité et la neutralité

Le difficile atterrissage de l’économie chinoise, qui passait alors d’une croissance de deux chiffres à un seul chiffre, et qui fut à l’origine du méga-krach des Bourses de Shanghai et de Shenzhen en 2015, ainsi que les fortes fluctuations à la baisse du yuan (la monnaie chinoise) par rapport au dollar entre fin 2014 et mi-2017, ne sont plus qu’un mauvais souvenir. Alors qu’au cours des trois dernières années elle s’est surtout employée à éteindre l’incendie sur les marchés financiers domestiques, quitte à faire tourner la planche à billets afin d’éviter les risques systémiques, la Banque centrale chinoise applique à présent une politique différente, essentiellement axée sur la stabilité. Concrètement, elle vise à maintenir un contrôle global du crédit afin d’assurer une augmentation rationnelle des financements. En clair, il s’agit d’appliquer une politique ni trop accommodante (à l’exemple de l’assouplissement quantitatif) ni trop rigide, afin d’accompagner une économie qui évolue vers un modèle de développement plus qualitatif, moins soucieux du rythme de croissance, mais dont certains secteurs requièrent encore des mesures de soutien monétaire.

2. Mettre en place un mécanisme de macro-régulation : une nouveauté inventée par Pékin

Après avoir tiré les leçons de la crise financière mondiale, la Banque centrale chinoise a estimé indispensable de créer un mécanisme de macro-régulation. Celui-ci vise à améliorer tout à la fois la politique monétaire et la politique macro-prudentielle, l’objectif étant d’éviter les risques systémiques. Avant la crise de 2007, le mécanisme de fonctionnement des principales banques centrales reposait essentiellement sur la politique monétaire, outil de gestion certes global, mais insuffisant pour maintenir la stabilité financière. La politique macro-prudentielle, elle, en agissant directement sur la finance elle-même, vient pallier les insuffisances de la politique monétaire. En Chine, la politique macro-prudentielle sera surtout utilisée pour exercer une surveillance accrue sur la finance de l’ombre, la finance immobilière et le financement sur le web, autant de segments générateurs de risques.

3. Utiliser la politique monétaire pour optimiser la structure des crédits

Là encore, il s’agit d’une nouvelle spécificité de la politique monétaire chinoise. Du fait d’un faible taux de retour sur investissements dans certains secteurs clés de l’économie chinoise et, surtout, dans des secteurs liés au bien-être social (assistance aux personnes défavorisées ou démunies, éducation, œuvres charitables), les capitaux y sont – hélas – encore peu investis. Dorénavant, la Banque centrale chinoise va utiliser sa politique monétaire de façon souple afin d’orienter les crédits vers des secteurs qui en ont réellement besoin. Ainsi par exemple va-t-elle avoir recours, de façon ciblée et à condition d’en maîtriser les risques, à des mesures spécifiques pour accorder des prêts à taux préférentiels à des banques œuvrant dans la finance inclusive*, ou accroître son soutien à des régions marquées par l’extrême pauvreté.

标注 * L’offre de services financiers et bancaires de base à faible coût pour des consommateurs en difficultés et exclus des services traditionnels

4. Poursuivre les réformes financières

L’une des réformes importantes consiste à libérer les taux d’intérêt. Décidée en 2013, la libéralisation des taux d’intérêts est engagée sur les marchés inter-bancaires et obligataires et doit se poursuivre sur les marchés du dépôt et du prêt bancaire. Principaux objectifs : améliorer la compétitivité du secteur financier, faire jouer davantage les forces du marché, parvenir à une meilleure allocation des ressources financières, élargir les pistes de financement de l’économie réelle. Un autre aspect des réformes, tout aussi important : la libéralisation du taux de change du RMB, la monnaie chinoise. Et compte tenu de nombreuses incertitudes des marchés international et domestique (éventuels nouveaux relèvements des taux américains en 2018, fuite des capitaux chinois, manque d’efficacité et de compétitivité du système financier domestique…), la réforme du taux de change du RMB sera menée avec prudence et de façon très progressive. Les fluctuations à la hausse comme à la baisse de la monnaie chinoise deviendront, pour reprendre l’expression des autorités monétaires chinoises, une nouvelle « normalité ». Sachant toutefois que, pour la Banque centrale chinoise, l’impératif est de maintenir la stabilité du taux de change du RMB au sein du système monétaire mondial.

Camille-Yihua Chen

Cet article est un complément du dossier « Xi Jinping : réaliser le grand renouveau de la nation chinoise » paru dans Le 9 magazine n°5 / Avril, disponible fin avril en version numérique ici.

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