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Chunyan Li

Huit conseils aux jeunes Chinois pour s’intégrer dans une entreprise française

2015-09-02 10:17:56

Pour les jeunes Chinois qui démarrent ou poursuivent leur carrière en France, les défis ne manquent pas dans le milieu professionnel : différences culturelles voire malentendus, inadaptation ou frustration au travail, problèmes relationnels voire conflits … Que faire pour survivre et s’intégrer au mieux dans une entreprise française basée en France en tant que Chinois ? Voici huit clés pour vous permettre d’ouvrir les portes de votre lieu de travail.

1. Rester compétent dans son domaine

C’est la règle d’or universelle : une entreprise recrute une personne pour la valeur ajoutée qu’elle peut lui apporter, que ce soit dans le domaine stratégique, commercial, financier ou technique… Avant tout, il est indispensable de maîtriser les compétences dans son domaine et d’y faire la preuve de sa solidité.

2. Bien maîtriser la langue française

La France attache beaucoup d’importance à la maîtrise de sa langue et les Français en sont très fiers. Même si l’anglais est plus ou moins utilisé dans certaines entreprises françaises, le fait de bien maîtriser le français, et surtout ses nuances, constitue un critère de différenciation important pour un Chinois qui lui permet de mieux comprendre les relations à l’intérieur de l’entreprise, créer un sentiment d’empathie de la part de son entourage, et donc de faciliter son intégration.
Commettre, de manière répétée, des erreurs de langue à l’oral et surtout à l’écrit peut réduire la crédibilité et le niveau de confiance qui vous sont accordés. Il est donc fortement conseillé de relire attentivement une à deux fois chaque courriel avant de cliquer sur le bouton « envoyer », et de continuer à apprendre le français durant ses temps libres, par tous les moyens à votre disposition.

3. S’imprégner de l’esprit analytique français

A l’école française, dès le plus jeune âge, les élèves sont formés à une méthodologie cartésienne et analytique : ils développent un raisonnement de forme « thèse-antithèse-synthèse » ou « problèmes-causes-solutions » à partir de faits, de données ou d’anecdotes significatives, et une capacité à traiter tout sujet - y compris abstrait - de manière extensive ; raison pour laquelle la culture du débat ou des discussions est si répandue en France, y compris dans le milieu professionnel. Les sujets de l’épreuve de philosophie au Bac 2015 en France en fournissent une illustration : « Respecter tout vivant est-il un devoir moral ? », «L’artiste donne-t-il quelque chose à comprendre ? » ou encore « Peut-on être heureux sans être libre ? », …
Il convient donc d’abord de comprendre puis d’apprendre cette méthodologie, qui est primordiale par exemple pour les postes de stratégie et de management, et dans le domaine du conseil en France.

4. Savoir s’imposer et prendre des initiatives

Un collaborateur chinois traditionnel, face à son supérieur hiérarchique, a tendance à rester «soumis» et se voit plutôt dans un rôle d’exécution : pour lui, il est préférable d’éviter de discuter de la décision prise par son chef, car cela pourrait être interprété comme un signe de non-respect.

Un supérieur hiérarchique français attend autre chose de son collaborateur : quelqu’un ayant son propre style, sachant s’imposer et prendre des initiatives.

Plus concrètement, un collaborateur efficace doit savoir fixer les limites et refuser quand c’est nécessaire, mais avec diplomatie et souplesse, se mettre en avant et avancer de nouvelles idées.

De plus, si la phrase « cette personne est très gentille ! » reste un compliment en Chine, en France, cela peut parfois avoir un sens péjoratif. Voici une anecdote : dans une entreprise française, une assistante d’origine asiatique veut plaire à ses collègues de même niveau hiérarchique qui lui demandent de l’aide dans leurs propres tâches, et finit par les accepter. Le résultat ? Derrière elle, on l’appelle « l’assistante de l’assistante ». A l’inverse, en disant « Non » de manière appropriée, on gagne davantage de respect…

Dans une entreprise franco-américaine où j’avais travaillé, un responsable d’origine mexicaine m’avait demandé une fois de réaliser, en une seule journée, l’analyse des entreprises qui pourraient nous intéresser pour une opération d’acquisition ; il y avait environ 60 entreprises concernées ! Je lui ai donc opposé un petit calcul : à supposer que chaque entreprise prenne environ 20 minutes à analyser, une durée de 20 heures allait être nécessaire pour mener le travail à son terme ! Ce qui exigerait de ne prendre ni déjeuner, ni dîner de toute la journée, et de poursuivre celle-ci par une nuit blanche... Ce calcul l’a amusé et le délai a pu être ajusté.
Par ailleurs, il ne faut pas attendre que votre chef vous donne des tâches ; il faut au contraire oser aller vers lui et lui faire des propositions intéressantes. Dans une discussion en équipe, il est préférable d’éviter de jouer « le petit gamin timide » caché dans son coin, il est plus apprécié de participer activement aux discussions, tout en restant crédible dans ses paroles.

5. Oser évoquer et régler les problèmes sérieux

Un collaborateur chinois ne se sent généralement pas à l’aise pour évoquer les problèmes devant son chef, il a peur de lui déplaire, de perdre la face et la confiance que celui-ci met en lui, car cela pourrait être interprété comme un signe d’incompétence. En revanche, face à un chef français, c’est en dévoilant les problèmes qu’on gagne sa confiance. Quand surgit un problème sérieux qui peut impacter la réalisation d’un projet ou les relations avec la clientèle, par exemple, il ne faut pas hésiter à aborder cette difficulté avec son chef pour minimiser d’éventuelles pertes et résoudre ensemble le problème le plus rapidement possible.

Un dirigeant français résidant en Chine depuis dix-huit ans a découvert que ses employés chinois avaient tendance à ne lui faire remonter que les bonnes nouvelles. Aussi, quand certains clients étaient mécontents, il n’en était souvent pas informé, sauf quand il devenait impossible de le cacher. Ainsi, il a instauré l’obligation de lui remettre tous les mois des tableaux de bord clientèle ; en outre, il demandait à ses collaborateurs chinois de lui donner toujours les mauvaises nouvelles avant les bonnes. D’après lui, « pour qu’une entreprise reste efficace, il est obligatoire de connaître la vérité et pouvoir résoudre les problèmes. »

6. Gérer les conflits de manière habile et avec humour

Les conflits peuvent pousser une personne à perdre son sang-froid et aggraver la situation. En cas de conflits, il faut d’abord se laisser un peu de temps avant de réagir, puis recourir à une discussion plutôt qu’à un échange de courriel. Il est suggéré de proposer à la personne en question de prendre un café ensemble pour discuter tranquillement.

Si l’on entre en conflit avec ses collaborateurs de même rang hiérarchique, il vaut mieux résoudre le conflit directement avec eux au lieu de le faire remontrer au niveau supérieur. Si le conflit a lieu avec son chef, il convient de rester encore plus vigilant ; dans tous les cas, il est mieux d’éviter de se heurter brutalement à son chef, sauf si vous avez déjà décidé de quitter l’entreprise.

En tout état de cause, il faut toujours revenir aux faits et aux données : si vous pensez que le conflit n’est pas de votre fait, expliquez-en les raisons à l’aide d’éléments concrets et factuels, puis proposez une solution pour améliorer les choses. Si c’est une responsabilité partagée, il faut éviter d’aborder la discussion en déclarant : « c’est ma faute », même pour calmer la situation, car dans ce cas-ci, il sera souvent conclu que vous êtes le seul responsable, sachant que la culture de « se remettre en cause » est bien moins forte en France qu’en Chine.
Idéalement, la meilleure façon de résoudre un conflit est de le résoudre en faisant jouer votre sens de l’humour. Cela permet de détendre l’ambiance et de montrer que vous savez rester calme et maître de vous-même.

7. Suivre la règle du 80/20 en actes et en paroles

S’immerger dans son travail en gardant une attitude sérieuse reste très important mais en même temps, il faut aussi savoir « lever la tête du guidon » de temps à autre, et communiquer à son entourage ses réalisations. Nous pouvons suivre en cela la règle du 80/20 dans ce qu’on fait et ce qu’on dit, sans dévoiler des choses confidentielles. C’est en fait un processus d’autopromotion, qui permet à son chef et à ses collègues de mieux appréhender la qualité de son travail et de ses efforts.
Ce genre de communication peut avoir lieu naturellement pendant les pauses café ou cigarette, les déjeuners, les événements d’entreprise … Tous ces messages vont aider à construire votre image dans votre milieu professionnel ; il convient toutefois d’éviter que ce comportement soit perçu comme excessif. Il est également à noter que c’est souvent à travers ces occasions informelles que l’on peut récupérer le plus d’informations et comprendre ce qui se passe réellement au sein de l’entreprise.

8. Trouver un « mentor » dans l’équipe de management

Les sociétés chinoises et françaises valorisent toutes deux beaucoup les relations humaines. Dans une entreprise, sympathiser avec quelques personnes vis-à-vis de qui l’on peut avoir une relation non seulement professionnelle mais aussi amicale, et surtout, trouver une personne bien placée dans l’entreprise, avec qui vous vous entendez et qui peut devenir votre « mentor », permet de mieux partager les informations, de progresser plus rapidement, et de disposer d’une base plus solide en cas de changements imprévus.


« A Rome, fais comme les Romains ! » Ce proverbe illustre parfaitement le chemin à suivre par quelqu’un qui vit dans un milieu différent de son pays natal, et à qui s’impose l’importance de comprendre les règles et les codes locaux. En tant que Chinois, nous pouvons également tirer le meilleur parti des deux cultures : à partir des huit clés évoquées ici, à chacun d’appliquer la stratégie qui lui conviendra le mieux, à condition qu’elle se révèle efficace et lui permette d’atteindre le but qu’il s’est fixé !

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