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Pauline Bandelier

La scène musicale rock et alternative chinoise : de l’underground aux scènes internationales

2015-09-25 11:19:50

Retour aux sources

24 Juillet 2015, Festival de musique des prairies à Zhangbei, (张北草原音乐节)

Située au nord de Pékin, proche des prairies de la Mongolie intérieure, cette petite ville de la province du Hebei accueille pour la septième année consécutive l’un des festivals de musique les plus importants de Chine. Ils sont 300 000 fans cette année à avoir pris le bus ou conduit pendant plus de cinq heures pour venir écouter pendant 3 jours une cinquantaine de groupes indépendants chinois et étrangers.

Fifi Rong, chanteuse et productrice de musique électronique, a fait le voyage depuis Londres, invitée par les producteurs du festival. Un retour aux sources pour cette pékinoise installée en Grande Bretagne depuis la fin de ses études secondaires. A Zhangbei, de même qu’à Pékin et Shanghai où elle a poursuivi sa tournée, ses fans sont nombreux à avoir fait le déplacement. Une renommée qu’elle a encore du mal à s’expliquer. « Je n’ai jamais fait de promotion en Chine, j’ai dû être piratée » constate, l’air amusée, celle qui a collaboré en 2013 avec le chanteur de trip hop anglais Tricky.

Fifi Rong

L’émergence d’une scène rock et alternative en Chine

Comme Fifi Rong, Helen Feng est d’origine pékinoise mais elle a grandi aux Etats-Unis. Elle se souvient de Pékin, où elle rentrait enfant passer les vacances d’été, comme d’une ville « sale » où sa seule occupation était de jouer aux cartes avec ses cousins. Après l’université, au tout début des années 2000, la chaîne musicale MTV lui propose de venir s’y installer pour travailler comme vidéo-jockey (VJ). Elle y découvre alors une ville en pleine mutation, et devient vite « accro » à l’atmosphère de changement perpétuel qui émane de la capitale chinoise. Elle se remémore « des musiciens tatoués qui crachent et transpirent », une énergie  « brute » et « naïve », en d’autres mots un esprit rock n’roll qu’elle n’avait connu jusqu’alors que dans les livres.

Le rock chinois, qui avait émergé dans les années 80 sous l’impulsion de son « parrain » Cui Jian et du groupe Tang Dynasty, de Dou Wei ou He Yong, restait en effet cantonné dix ans plus tard à une dizaine de lieux sur Pékin. Une époque difficile pour les artistes, boudés par les radiodiffuseurs d’état et passés également à côté de l’époque lucrative des disques vinyles, des cassettes et même des disques compacts. Une situation qui commence à évoluer au milieu des années 2000, avec la multiplication des concerts et des festivals et un accès plus large des artistes aux médias. « Tout est devenu plus gros, les musiciens ont reçu plus d’attention, se sont enrichis, parfois embourgeoisés », commente Helen Feng. « Les gens sont habitués maintenant à payer autour de 15 euros pour voir un groupe local jouer dans une salle de taille moyenne à Pékin », ajoute-t-elle. Une tendance qui bénéficierait surtout aux groupes locaux, qui ont la faveur du public pékinois et qui sont moins chers à programmer pour les diffuseurs que les stars de la pop chinoises ou étrangères.

Un avenir prometteur mais incertain

Si elle bénéficie d’un succès et d’une reconnaissance grandissante, la musique rock et alternative chinoise est dans le même temps confrontée à un avenir précaire et incertain. En 2015 par exemple, les autorités chinoises ont annulé plusieurs festivals autour de Pékin, et leur nombre sur le territoire continental chinois a clairement baissé par rapport aux années précédentes. « La musique rock ou alternative est régulièrement soumise à des épreuves qui peuvent laisser craindre sa disparition imminente dans le pays, mais parfois elle résiste et ressuscite » constate Djang San, alias Jean Sébastien Héry, musicien français installé en Chine depuis le début des années 2000 et qui collabore régulièrement avec des artistes chinois.

Djang San

C’est peut être justement ce climat d’incertitude qui favorise l’entraide et la solidarité. Aurélien Foucault, un jeune photographe français qui s’intéresse à la scène musicale chinoise, a pu y observer un solide réseau d’entraide entre musiciens, qu’il explique par le partage d’un but commun entre les musiciens et ceux qui les soutiennent – celui du développement de la musique indépendante en Chine.  « Énormément de gens travaillent très dur à faire connaître les artistes chinois, je pense notamment à Jonathan Alpart de CRI et sa série The Soundstage, Vlatka et son émission de radio China Calling, Will avec Live Beijing Music, Djang San avec Beijing Underground » ajoute Aurélien, qui apprécie également la proximité des musiciens chinois avec leur public. S’il constate des hauts et des bas, il se dit confiant pour l’avenir : «On perd des lieux, d’autres ouvriront - avec plus ou moins de succès. Mais je ne suis pas plus inquiet que ça. La scène a acquis énormément de visibilité, localement et même à l’international».

Il est vrai que les groupes chinois sont de plus en plus nombreux à faire des tournées à l’étranger et à se produire dans des festivals de renommée internationale. En 2014, le groupe Carsick Cars a joué au Grand Palais à Paris pour la Nuit de la Chine. Cette année, Nova Heart, le groupe d’Helen Feng était invité au festival de Glastonbury en Angleterre et le festival Paléo en Suisse a accueilli 7 groupes chinois.

Il reste aux artistes indépendants à conquérir les radios et chaines de télévisions chinoises qui continuent à les bouder pour diffuser essentiellement de la musique pop, notamment des radios crochets. Helen Feng reste optimiste : «  il y a dix ans, la plupart des jeunes étaient incapables de faire la différence entre une basse, une guitare et un violon. Maintenant ils le peuvent, et ils commencent tous des groupes ! ».


Pauline Bandelier

 

chine-info.com

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