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Pierre Picquart

Les retraites des Chinois : enjeux, défis et perspectives [Dossier]

Pierre Picquart 2014-09-04 09:37:35

Les Chinois doivent-ils s’inquiéter pour l’avenir de leur retraite ? En Chine, la culture et l’amour filial ont beau prêcher « le respect des anciens », le régime actuel des retraites chinoises pourrait être remis en cause. En dépit de sa prospérité et de sa croissance économique, la Chine va devoir faire face à un nouveau défi. En 2013, sur 1,4 milliard de personnes (1), 178 millions de chinois ont plus de 60 ans (2) soit près de 13% de la population.


En Chine, grâce à l’amélioration des conditions de vie et du fait de l'élargissement du système d'assurance médicale, on constate une augmentation de l'espérance de vie. De ce fait et pour améliorer la cohésion sociale, une nouvelle loi vient de mettre en place le premier système d'assurance sociale. Cette loi prévoit l'introduction d'un fonds national de pensions, de fonds provinciaux (dans d'autres branches d'assurances sociales) et une réforme du système des pensions, tout en encourageant des comptes individuels de retraite.

Les trois principales causes de ce triple enjeu - économique, sociétal et humain - à venir sont reliées à trois facteurs plus ou moins récents : la politique de l’enfant unique, la baisse du taux de fécondité et l’augmentation de l’espérance de vie. Il paraît donc évident que le gouvernement chinois va devoir, tout d’abord établir un système de transition en attribuant des dotations dans ce secteur, puis augmenter les cotisations, ou trouver des ressources budgétaires, s’il ne souhaite pas toucher à l’âge légal de la retraite en vigueur.

La crise des seniors est prévue pour 2030

Aujourd’hui, les experts chinois anticipent l’avenir des retraites, car ce vieillissement va peser lourd sur l’avenir des pensions. En 2030, la Chine devrait compter 350 millions de retraités. Et en 2050, c'est près de 450 millions de chinois qui seront en âge de prendre la retraite. Les médias ne s'y trompent pas. Ils alertent l’opinion publique, car à ce rythme, deux actifs cotiseront pour un seul retraité, sans compter le coût des soins et celui des places en maison de retraite. Aujourd'hui, la Chine n'est pas préparée à cette situation. À titre d'exemple, une place dans un institut coûte près de 8 000 yuans, soit près de 1000 euros, alors que la retraite mensuelle varie de 300 à 2 000 yuans (37 à 250 euros).

Ainsi, comme dans nos pays occidentaux, le senior chinois n'est pas certain d'obtenir une place dans une maison de retraite. À ce jour, le gouvernement chinois a construit 5 millions d'instituts, alors qu'il en faudrait déjà le double. En résumé, la Chine dispose aujourd'hui de 25 places en institut pour 1000 seniors. Si ce rythme ne progresse pas, seulement 3% des personnes âgées pourront être accueillies dans des établissements. Le système officiel de prise en charge des personnes âgées est donc très fragile. Il faut compter sur la solidarité familiale, sur l’aide des enfants et du voisinage. Conscient du problème, le gouvernement va accroître le soutien aux familles. Il s’agit de fournir une assistance à toutes les communautés urbaines et une assistance à 50% des communautés rurales d'ici à 2015.

La famille doit rester l'épine dorsale du réseau de soutien aux personnes âgées. Mais la société chinoise vieillit avant de devenir riche et il est parfois difficile pour ces familles d’assurer le bien-être des anciens. Renforcer le rôle des familles - et aider l’entourage - est une nécessité pour que la Chine puisse faire face au vieillissement de la population à un coût abordable. De plus, la plupart des organismes qui offrent des services à domicile peuvent prendre soin des personnes âgées en termes de tâches quotidiennes comme la cuisine et la toilette, mais ils ne peuvent pas répondre à leurs besoins émotionnels et physiologiques.

En juillet 2013, la Chine a instauré une nouvelle réglementation similaire à celles déjà en vigueur en France, en Inde, en Ukraine, à Porto Rico, dans certaines régions du Canada, comme dans 29 États des États-Unis : « la protection des droits et des intérêts des personnes âgées ». Cette nouvelle loi exige que les enfants s'occupent des besoins « émotionnels et physiques » de leurs parents, au fur et à mesure de leur vieillissement. Les enfants adultes doivent donc soutenir financièrement leurs parents. Mais la loi chinoise va plus loin puisqu’elle oblige la descendance « à rendre régulièrement visite à leurs aînés ».

Un système de retraite basé sur deux piliers

À ce jour, l'âge légal (3) de départ en retraite est de 60 ans pour les hommes et de 55 ans pour les femmes. Pour profiter de la pension de base, l'assuré doit cotiser au minimum 15 ans, à l'âge légal de la retraite. La pension, fixée par les gouvernements provinciaux, régionaux et municipaux, est régulièrement révisée en fonction du développement économique, du niveau de vie de la population locale et de l'évolution des salaires.

Le système de retraite général comporte deux piliers : un régime de base et un régime complémentaire alimenté par une cotisation obligatoire des salariés. Ce système, mis en place en 1998, a été profondément remanié en 2006. Il couvre surtout les travailleurs urbains et de nombreux paramètres dépendent du salaire moyen à l’échelle provinciale et non nationale. Le montant de la pension du système général dépend de deux régimes.

I. Le régime de base : les pensions sont indexées sur un indice associant salaires et prix (40 à 60 % selon la région) et le salaire moyen mensuel local pour l'année précédente, à partir d’un minimum de 15 années de cotisations. D'après le Ministère des Ressources Humaines et de la Sécurité Sociale, la Chine comptait fin 2011, 284 millions d'affiliés à l'assurance vieillesse de base (216 000 000 travailleurs et 68 260 000 retraités).

II. Le régime complémentaire des comptes individuels : outre les provinces du Nord-Est (Liaoning, Jilin et Heilongjiang), huit provinces ont des systèmes de comptes individuels par capitalisation. Dans les autres cas, les salariés versent 8 % de leur salaire. Le capital constitué est transformé en un flux de versements (4) au moment du départ à la retraite.

Les régimes de retraites chinois diversifiés

La loi chinoise sur l'Assurance Sociale (entrée en vigueur le 1er juillet 2011) est la première loi qui traite de manière unifiée un régime de sécurité sociale en Chine. Elle concerne les entreprises chinoises comme les entreprises à investissements étrangers. Elle prévoit une couverture de base comprenant l'assurance vieillesse, l'assurance chômage, l'assurance médicale, l'assurance accident du travail et l'assurance maternité.

En Chine, le régime de sécurité sociale est financé par les cotisations des employeurs et des assurés, ainsi que par des subventions du gouvernement et des aides locales. Les taux de cotisations, les seuils et les plafonds de rémunération pris en compte pour le calcul sont fixés localement. Ils varient selon les provinces dans la limite d'un plafond fixé par le gouvernement central. Le tableau ci-dessous (cf. CLEISS) reprend à titre d’exemple les taux de cotisations pour ces deux grandes métropoles chinoises.

Les cotisations des assurés et des employeurs à Pékin et à Shanghai (5)





Ainsi la réforme des retraites en Chine se met en place progressivement sur tout le territoire national avec des particularités provinciales et locales. Les réformes -toujours en cours - souhaitent prendre en compte dorénavant quasiment toutes les catégories  socioprofessionnelles : travailleurs salariés, travailleurs ruraux non-salariés, travailleurs indépendants, travailleurs étrangers, employés gouvernementaux et des institutions publiques, résidents urbains non-salariés et ceux des campagnes.
Une grande réforme des retraites.

La Chine a lancé une campagne visant à offrir à tous les habitants ruraux et aux chômeurs urbains une assurance retraite afin de faire face au vieillissement de la population. Il s’agit de faire en sorte que tous les habitants ruraux et chômeurs urbains soient couverts par le nouveau système d'assurance retraite. Depuis le 1er janvier 2014, le système d'assurance retraite de base pour les habitants des campagnes va être fusionné avec celui des habitants des villes. C'est le gouvernement chinois qui l'a annoncé. Le système a été perfectionné à de nombreuses reprises mais il nécessitera des ajustements budgétaires.

Pour soulager la pression budgétaire sur les actifs et pérenniser le système des pensions à venir, le gouvernement chinois songe à modifier le régime des retraites. Des projets de réformes sont avancés par les experts, comme l’augmentation des cotisations de retraite ou le recul de l’âge de départ à la retraite à 65 ans pour les femmes comme pour les hommes. Mais ces propositions rencontrent de vives résistances. Selon un sondage réalisé en 2012 par un institut chinois, pas moins de 95 % des Chinois y sont opposés. Ce genre de résistance n’est certes pas particulier à la population chinoise, lorsque l’on regarde les freins des populations occidentales à l’occasion des débats sur les retraites qui furent engagées.

Le gouvernement n'a pas encore déterminé le calendrier de mise en place de la réforme des pensions et du prolongement du paiement de l'assurance retraite, malgré des essais entrepris dans certaines villes comme Shanghai. Le vieillissement de la population pose bien évidemment des défis, mais il crée aussi des opportunités. Ce qui manque aux personnes âgées, ce sont des structures et des gens qui prendront bien soin d'elles. Avec une population qui vieillit, les services sociaux s'avèreront de plus en plus importants.

En premier lieu, il faut créer de nouveaux postes pour aider les personnes âgées, ce qui est essentiel. Ensuite, il est nécessaire de mettre en place des mesures de soutien pour l'insertion de ces futurs diplômés. Troisièmement, il faut attribuer des subventions aux entreprises qui embauchent ces jeunes diplômés. De plus, il faudra renforcer le suivi et les formations. Enfin, il faudra valoriser la création d'entreprises au bénéfice des retraités.

La vie des retraités chinois

Beaucoup de personnes âgées dans les zones rurales ne peuvent pas compter sur leurs enfants en raison des grands changements économiques et sociaux apparus au cours des trois dernières décennies, et le système de retraite actuel ne compense pas cette situation. Si la piété filiale est une valeur importante en Chine, les enfants se retrouvent souvent avec plusieurs personnes âgées à leur charge et ils ne peuvent subvenir au besoin de tous. La structure sociale traditionnelle chinoise a été déstabilisée. La responsabilité pour l’État chinois d’assurer l’aide sociale des personnes âgées s’en trouve accrue.

Pour autant, les retraités chinois ne baissent pas les bras. Ils associent souvent (lorsqu’ils ne sont pas isolés) la retraite à une amélioration de la qualité de vie en prenant « le temps de vivre ». Ils ont aussi des responsabilités. Ils visitent leur ancienne entreprise. Ils s’occupent de leurs petits enfants, font du sport dans les jardins et dans les parcs. Ils partagent leur temps libre dans des clubs associatifs avec une moyenne de deux activités pratiquées. Certains en profitent même pour voyager avec leurs enfants.

Mieux qu'une maison de retraite, les parcs chinois sont un lieu de rencontre unique et ils sont « au centre de la vie », que ce soit au niveau du sport quotidien, de la pratique du tai-chi... en partageant du thé noir ou en jouant au jeu de go sur une terrasse ombragée. Champions de la vie associative et parmi les plus sportifs, les retraités chinois se consacrent en priorité à leur famille. Ils sont plus de 60% à envisager de travailler à l'âge de la retraite. Et 71% d’entre eux sont prêts à repousser l'âge légal de départ à la retraite.
En ce qui concerne les maisons de retraites, on est très loin de la qualité de certaines  maisons de retraite privées occidentales, et à contrario, des maisons de retraite indiennes surpeuplées. Nonobstant ce constat, les retraités chinois dépendants ne sont pas logés à la même enseigne. 33 millions de personnes sont dépendantes, et seules 2,8 millions sont hébergées dans l'une des quelques 40 000 maisons de retraite existantes. Malgré les efforts continus du gouvernement en faveur des populations vieillissantes, plus de 30 millions de personnes âgées dépendantes sont dans une situation de prise en charge mal- adaptée.

Aujourd'hui, promenons-nous dans le bourg Jiangqiao. Il abrite une maison de retraite qui jouit d'une bonne réputation parmi la population locale. Une fois entré dans la maison de retraite, on est surpris par la propreté et par son côté spacieux. Sur les murs sont accrochées des peintures et calligraphies réalisées par les personnes âgées. Certaines jouent aux échecs, dansent ou bavardent. « Ici, nous mangeons des légumes que nous cultivons nous-mêmes, et habitons des chambres confortables équipées de téléviseurs à écran plat. Nous nous sentons comme chez nous », dit une personne portant le nom de famille Zhao.

Dans une autre maison de retraite, sur l'écran LED accroché dans le hall, on peut lire le programme des activités de la semaine : musique, gymnastique, yoga, peinture, Opéra de Pékin, etc.… Ce qui semble caractériser les maisons de retraite en Chine, c’est la qualité du service, le sens humain et le respect dû au regard des personnes âgées. Très souvent, les personnes âgées sont devenues une force positive, favorisant l'harmonie familiale et la stabilité sociale. Elles prodiguent par exemple des conseils pour le développement économique du village et surveillent des projets de vie de la population locale.

La Chine, serait-elle un nouvel eldorado pour les spécialistes occidentaux des maisons de retraite ? Des entreprises comme Colisée, Orpea et Domus tentent de s'implanter sur ce marché au potentiel gigantesque, mais elles doivent s'armer de patience et d'humilité vu le fossé culturel à combler. En France, les groupes de Maisons de Retraite mettent le cap sur la Chine et les français partent à l'assaut du marché chinois des maisons de retraite.

D’ici à 2020, Xi Jinping a promis aux Chinois des réformes audacieuses. Le gouvernement et le parlement chinois vont donc devoir s’atteler à cette nouvelle et passionnante tâche. Pour relever ce grand défi de la vieillesse et favoriser le bien-être des anciens, on observe déjà un assouplissement de la politique de l’enfant unique et la nécessité affichée de réformer et de pérenniser le régime des retraites au niveau national.




Notes :
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(1) 1,365 milliards de personnes en août 2014
(2) Bureau national des statistiques
(3) En Chine, l'âge légal de départ à la retraite est de : 60 ans pour les hommes actifs et les femmes cadres ; À 55 ans pour les femmes salariées ; À 50 ans pour les autres femmes actives ; À 55 ans (hommes) et à 45 ans (femmes) pour les personnes qui ont un travail pénible ou dangereux.
(4) Le montant est montant est divisé par un coefficient de rente fixé par l’État, qui dépend de l’âge du départ individuel à la retraite et de l’espérance de vie nationale. Dans les provinces, les pensions mises en paiement sont indexées sur un indice associant salaires et prix. La partie du compte individuel correspond à1/139ème du montant total des cotisations versé. Lorsque les 139 versements de la partie liée au compte individuel auront été effectués, seul le montant dit de base continuera à être versé.
(5) Source : http://www.cleiss.fr/docs/regimes/regime_chine.html

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