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Pierre Picquart

[Pierre Picquart] La France : 2ème position des investissements chinois en Europe

Pierre Picquart 2016-05-25 10:13:14

Dans les années 2000 et lors de mes nombreux voyages en Chine, je me souviens avoir souvent questionné des chefs d’entreprises et des investisseurs chinois, pour savoir comment ils souhaitaient poursuivre leur externalisation à l’international et développer leurs parts de marchés en Europe et  en France. Je connaissais ces préoccupations récurrentes qui revenaient dans nos échanges.

À l'époque, la plupart d’entre eux désiraient soit faire fructifier leur capital sur d’autres marchés, soit développer leur chiffre d'affaires en saisissant d’autres opportunités, soit diversifier leurs investissements au-delà du marché intérieur chinois. Mais, le plus souvent, ils restaient assez perplexes et interrogatifs, car ils ne savaient guère  comment, avec qui, et où investir, avec la sécurité, la rentabilité et l’efficacité. Depuis cette époque, les choses ont bien changé !

Depuis une quinzaine d’années, les entreprises publiques ou privées (globalement les investisseurs chinois) ont modifié leurs stratégies de développement et d’investissement de leurs actifs au-delà de leurs frontières. À l'image des Fonds d'investissements chinois, l’objectif, c’était la diversification, les secteurs vitaux ou de pointe, l’énergie, les transports, les infrastructures, les nouvelles technologies, le numérique et le haut de gamme. Il s'agissait de favoriser la valeur ajoutée et des placements sur des produits et des services de qualité.

En l'espace d'une quinzaine d'années, en pariant sur la mondialisation et l'innovation, ces groupes ont créé des cellules d’innovation et de veille.  Ils ont saisi les opportunités à l'international. Les exemples sont multiples avec des groupes internationaux, les brevets, leurs réponses aux appels d'offres, des achats de sociétés occidentales, la création d'entreprises chinoises en Europe, des acquisitions de marques, et des participations dans des groupes occidentaux renommés.

Aujourd'hui, cette stratégie est  auréolée de succès et la Chine n’en finit plus de nous surprendre. Depuis quinze ans, les investissements chinois ont bondi dans le monde. Et pour la première fois, ses investissements directs à l’étranger (les IDE sortants) dépassent 100 milliards de dollars et vont devancer les investissements directs faits par des entreprises étrangères sur son sol (les IDE entrants).

La France : 3 ème rang européen en 15 ans et 2 ème place en 2015

Dans ce panier d’affaires à l’international, qu’en est-il pour l’Europe et la France ? En 2015, selon l’étude d’un cabinet d’avocats d’affaires (1), les investissements chinois ont atteint 17 milliards aux États-Unis avec un record de 23 milliards de dollars en Europe, dont 3,6 milliards de dollars en France. L’hexagone deviendrait-il une nouvelle terre d’accueil privilégiée des investisseurs chinois ?

Sur une  période plus longue de 2000 à 2015, le classement était différent. En première position arrivait le Royaume-Uni (19 milliards de dollars), suivi par l’Italie (13,3 milliards de dollars),  la France et l’Allemagne (10 milliards de dollars). Profitant d'une place centrale en Europe, la France accueille désormais de plus en plus d’actifs de groupes chinois. Elle devient en 2015, le second pays en Europe à avoir accueilli le plus d’investissements en provenance de la Chine. 

La France ne représente néanmoins que 3% des investissements chinois dans le monde. Elle peut donc mieux faire. L'Europe représente 19%, l'Amérique du Nord 14%, l'Asie 16% et l'Afrique 3%. Les sociétés en provenance de Chine (2) ont lancé en 2015 quarante-quatre projets en France soit 16 % des projets dirigés vers l'Europe, juste derrière le Royaume-Uni. Les entreprises chinoises implantées en France emploient plus de 45 000 personnes dans plus de 600 entreprises.

Dans quels secteurs les chinois souhaitent-ils investir en France ?

Pour ces investisseurs chinois, il y a la volonté de se positionner déjà dans l’hôtellerie et le tourisme qui sont stratégiques pour la Chine. La majorité des investissements en France a été réalisée dans ces secteurs pour un montant de 3 milliards de dollars, soit 84 % des investissements chinois dans notre hexagone. Il faut citer aussi le secteur des transports et des infrastructures pour un montant de 173 millions de dollars, et celui de l’automobile avec 122 millions de dollars.

Si l'on prend en compte ces quinze dernières années, le secteur énergétique a accueilli 37 % des investissements chinois en France avec 4,2 milliards de dollars. L’immobilier arrive en seconde position avec 3,1 milliards de dollars (27 %) et l’automobile troisième avec 1,2 milliard de dollars (11 %).

Mais les investisseurs s'intéressent aussi aux secteurs des infrastructures, des transports, du sport, des équipements industriels, des machines-outils, de l'environnement, du recyclage, des usines agro-alimentaires, des manufactures, des terres agricoles, des vignobles, des nouvelles technologies, des techniques de l'information et de la communication, des parfums et dans d'autres secteurs, comme la vente au détail, l'habillement, la mode et le haut de gamme.

Trois exemples d’entreprises françaises et les domaines concernés

1) GDF-Suez (Énergie) représente l’investissement le plus important jamais réalisé par un groupe chinois. C’est aussi une grande première puisque l’état chinois a investi, en 2011, pas moins de 2,9 milliards d’euros dans GDF-Suez, par l’intermédiaire du fonds souverain «China Investment corporation» (CIC). Le groupe a plus particulièrement acquis 30% des parts du pôle exploration-production de GDF-Suez et 10% dans une usine de liquéfaction, située à Trinité-et-Tobago.

2) Le groupe français PSA (secteur automobile) avait besoin de liquidités. C’est ainsi que l’état français et le groupe chinois d’automobiles «DongFeng» sont entrés au capital d’un des fleurons de l’industrie automobile française en redistribuant les cartes au sein de la famille PEUGEOT, la présidence du conseil de surveillance étant confiée à un Français. DongFeng a investi 800 millions d’euros dans la nouvelle co-entreprise qui va  développer en 2016 un  partenariat sur la voiture électrique.

3) La cession de 49,99% de l'Aéroport de Toulouse-Blagnac ou «ATB, société de gestion de la plateforme », au consortium chinois « Symbiose » représente une opération d’envergure de l’ordre d’un montant de 300 millions d’euros. L’État, qui possédait 60% de la société d'exploitation conserve 10,1% du capital, mais la puissance publique restera majoritaire, avec 50,1% des parts. Dès cet été 2016, des vols charters chinois rejoindront Toulouse-Blagnac à la Chine.

Investissements diversifiés : des  hôtels 5 étoiles aux terres agricoles du Berry

Après le « Club Med » redynamisé suite à son rachat par le Chinois Fosun,  il y a eu d’autres acquisitions dans l’hôtellerie, avec le rachat par Jin Jiang du « Louvre Hôtels Group », un nom peu connu. Pourtant, il détient les chaînes Campanile, Première Classe ou Kyriad. Même si « Louvre Hotels Group » n’est pas vraiment français (puisqu’il appartient au fonds d'investissement américain « Starwood Capital Group », il devient la propriété du n°1 du tourisme et du voyage en Chine.

Que ce soit à Paris, à Cognac ou en Seine-et-Marne, comme à Torcy, à proximité du parc Disneyland, des hôtels de luxe ou 5 étoiles passent sous pavillon chinois. À côté du service traditionnel à la française, de la décoration locale et des viennoiseries régionales, se côtoient des bouchées à la vapeur, des bouilloires à eau et du thé, prisés par les tours opérateurs pour satisfaire la clientèle chinoise.

Bientôt, la société toulousaine de voyages « FRAM » pourrait également passer sous le pavillon chinois. Des grands groupes comme « Pierre&Vacances » ou « Accor » ont déjà noué des partenariats avec des entreprises chinoises. Citons à nouveau le fonds souverain chinois CIC (China Investment Corporation) qui a décidé d'acheter huit actifs commerciaux en France, pour une somme de 1,3 milliard d’euros. Il va investir un milliard dans le territoire francilien du « Grand Paris ».

Ces investisseurs ne s'intéressent pas qu'aux pépites du CAC 40 et à l’hôtellerie. Ils débarquent dans le transport avec la prise de participation du groupe chinois « HNA », propriétaire de Hainan Airlines. Il a posé sur la table 30 millions d’euros (le maximum autorisé par Bruxelles) pour entrer à hauteur de 48% dans le capital de la 2ème compagnie aérienne française « Aigle Azur » (4). HNA s’intéresse à d’autres compagnies européennes et devrait entrer au capital de « Tap Portugal ».

Ils s'implantent également en Bretagne dans le Finistère avec le groupe « Synutra » qui a implanté son usine de lait déshydraté dont la production sera totalement envoyée en Chine. En janvier 2014, Synutra posait, à Carhaix, la première pierre de ce qui sera la plus grande usine de fabrication de poudre de lait dans le monde. Après l'ouverture de l'usine finistérienne début 2016, le PDG de Synutra en Chine investira dans un deuxième projet, en 2017.

Sur un autre front économique, un fonds d'investissement chinois achète à prix d'or des terres agricoles à des paysans du Berry.  Dans le Bordelais, 130 châteaux sur les 7 500 que compte la région de Bordeaux sont passés sous pavillon chinois.  Certaines entreprises chinoises n’ont pas le succès qu’elles escomptaient compte tenu, d’une part, que la Chine est devenue en 2014 le 2ème vignoble mondial, et d’autre part,  des spécificités et des subtilités de la viticulture française. 

Marionnaud, la grande chaîne de parfumerie et de cosmétique française d'envergure internationale basée à Paris (3ème plus grande en Europe) est rachetée par le milliardaire chinois Li Ka-Shing. Plus récemment, c’est dans la Meuse, un département qui présente le caractère rural de la Lorraine, que le Chinois « Inesa » souhaite établir son centre de fabrication de LED, ces ampoules de très basse consommation. Cette usine high-Tech avec  un investissement d’environ 100 millions d’euros, illustre l’attrait croissant de la France auprès des Chinois.

Depuis que Pékin a encouragé les investissements directs à l’étranger, ses sociétés s’intéressent de plus en plus à la France qui reste un pays très attractif de par sa diversité et par ses standards de qualité qu’elle développe. La Chine a abandonné l’idée d’être l’usine du monde, c'est-à-dire de produire en grande quantité et à bas coût. Désormais, elle se tourne pour être un laboratoire du monde. Pékin  mise  sur les achats ou les partenariats de qualité dans l’hexagone.  

Certes, la France n’est pas le seul pays à attirer les capitaux chinois en Europe. En Allemagne, en Italie, au Royaume-Uni, en Suisse, en Espagne, en Grèce, et dans toute l’Europe, les alliances et les investissements dans de nombreux secteurs sont parfois symboliques, mais ils montrent l’intérêt et l’ambition des groupes chinois qui investissent de plus en plus hors de leurs frontières. Qu’ils soient privés ou publics, ils investissent également sur tous les continents.

NOTES : 

1. Cabinet d’avocats et d’affaires international “Baker & McKenzie”;

"Bird's-Eye View : Chinese Investment into Europe and North America"

2. Chine continentale et région administrative spéciale de Hong Kong

3. Dans le cadre d'une concession allant jusqu'en 2046.

4. « Aigle Azur » revendique être en 2014 la 2e compagnie aérienne française

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