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Pierre Picquart

[Pierre Picquart] « La nouvelle économie de la Chine » Les 2 sessions 2017 de l’A.P.N. et de la C.C.P.P.C.

Pierre Picquart 2017-03-16 07:34:44

Comme les années précédentes, les experts et les médias chinois et occidentaux vont tenter de décrypter les résultats de la double session annuelle de l’A.P.N.1 et de la C.C.P.P.C2 , ouverte début mars 2017. Les deux sessions représentent un enjeu colossal, tant pour la Chine que pour le monde. Cette année, les questions économiques attirent tous les regards pour trois raisons.

D’une part, XI Jinping3 et les dirigeants chinois sont presque à mi-parcours de leur mandat. C’est une opportunité pour faire un bilan économique, connaître les grands thèmes discutés par les députés et par les membres. D’autre part, le 13ème Plan quinquennal 2016 - 2020 a tout juste un an. Il doit être suivi et ajusté dans un contexte de politique de transformation du pays et de sa transition économique.

Enfin, au grand dam de la Chine, il y a un contexte de dé-mondialisation, avec la confirmation du Brexit, l’élection de Trump aux États-Unis, des traités internationaux non ratifiés et des votes populistes en Europe. Face à cette offensive, la Chine n'entend pas rester les bras croisés. Tout ceci constitue, avec d’autres thèmes, comme les questions environnementales, de nouveaux enjeux.

Nous allons évaluer pour 2017, la politique économique et financière de la Chine. Sera-t-elle prudente, audacieuse, pragmatique ou sage ? Quelles seront les méthodes, les priorités, les enjeux et les directions ? En ouvrant la réunion annuelle du Congrès national du peuple, le premier Ministre chinois Li Keqiang apporte une première réponse avec son objectif annuel en matière de croissance du PIB.

Une croissance plus modérée de 6,5 % du PIB pour 2017

En présentant le rapport d'activité du gouvernement, le Premier ministre chinois a abaissé à 6,5 %, certes modérément, l’objectif de croissance économique du PIB en Chine pour 2017, au lieu de 6,7 % en 20164 . Certes, il compte faire mieux, mais cette prudence est liée à l'envolée de la dette chinoise et à une conjoncture mondiale morose. Li Keqiang prône un rééquilibrage vers les services et la consommation intérieure, soucieux de préserver la stabilité sociale et l'emploi.

Pékin est à la recherche d’un équilibre entre l’augmentation de la dette chinoise5 , la création d’emplois, des investissements massifs dans les infrastructures6 , le maintien d’une croissance saine et durable et la restructuration d’industries peu performantes. Pour ce faire, le gouvernement veut soutenir l’économie réelle, la consommation des ménages et se prémunir contre une crise financière. Il prévoit une inflation aux alentours de 3% et une augmentation de la masse monétaire de 12 %.

Appui à l’économie réelle et aux fondamentaux solides

Pour le Premier ministre chinois, les fondamentaux économiques sont robustes et la Chine a les capacités de maîtriser des risques systémiques comme elle l’a fait avec brio, lors de la crise économique mondiale de 2007 - 20087 . Pékin souhaite une politique budgétaire proactive, une stratégie monétaire prudente, le désendettement des entreprises, avec en priorité, celui des groupes d’État.

Depuis 2014, en diminuant le coût du crédit, Pékin voulait doper l’activité. Mais le record des prêts bancaires et une augmentation de la dépense publique ont tous deux alimenté des craintes quant au surendettement et à une surchauffe du marché immobilier, ce que le gouvernement veut maîtriser. Désormais, les banques chinoises doivent se concentrer sur le financement de l’économie réelle.

Les institutions financières vont privilégier (plutôt que le secteur privé) des groupes publics rentables, le financement de l'économie réelle et l'offre. Il s’agit aussi de prendre des mesures pour garantir la sécurité du secteur financier. La position adoptée est de contrôler les risques et de favoriser le dégonflement des bulles. Cela veut dire que la politique monétaire va graduellement se resserrer.

Réformes structurelles transparentes et équitables

Au-delà d’une politique engagée depuis 2014 qui vise à lutter (avec succès) contre la corruption économique et financière et à offrir au marché des marges de manœuvre accrues (en réduisant les pouvoirs discrétionnaires de l’État), Pékin souhaite favoriser les réformes structurelles, améliorer l’efficacité des secteurs traditionnels de l’économie, les nouvelles technologies et les secteurs « High-Tech ».

Passant d’une économie qui était qualifiée auparavant « d’Usine du Monde » ou du « Made in China pas cher », la Chine veut devenir une nation avec des industries innovantes et modernes, un « Laboratoire du Monde », dans un État de droit, mieux respectueux de l’environnement, avec plus de transparence, des simplifications administratives et un environnement fiscal plus équitable.

L’enjeu est mondial, économique, financier, social et environnemental. Les réformes stimulent la croissance économique tant domestique que mondiale. La Chine éclipse d’autres économies de la planète et son PIB est un facteur de la croissance mondiale8 (30% de la croissance économique mondiale). Son économie va rester un puissant moteur de la croissance économique mondiale en 2017.

Production industrielle, restructurations et innovations

La production industrielle a progressé de plus de 6% en janvier et février 2017. Conformément au Plan quinquennal 2016 - 2020, des restructurations vont s’opérer dans les secteurs traditionnels. Ses industries de l'acier et du charbon sont en surcapacité de production. Pékin va supprimer « des industries fantômes9 » et 500 000 emplois en 2017 dans les industries en surcapacité d'acier et de charbon.

Les sociétés d’État doivent être en meilleure santé et plus performantes. Cette surcapacité10 nuit à l’industrie chinoise. Pour favoriser ces mutations et ces restructurations, Pékin a créé un fonds de 14 milliards d'euros pour réorienter les travailleurs qui vont perdre leur emploi. Il s’agit de s'attaquer aux surcapacités de charbon (500 millions de tonnes) et de l'acier (150 millions de tonnes) d'ici à 2020.

La priorité est donnée à la consommation des ménages (+ 10,4% en 2016) et aux réformes liées à l’innovation avec pour objectif que la Chine soit davantage tirée par les activités de services11 . Avec une croissance rapide, le secteur des services12 pour 2016 s'est porté à 51,6%. La priorité ne sera plus donnée uniquement aux investissements publics et aux exportations, et ces derniers devront s’adapter aux tendances du marché, à la qualité et à l’innovation.

Favoriser la relance par des mécanismes budgétaires

Suite à une flambée des importations, la Chine a connu en février un déficit de 8,7 milliards d’euros, fait inédit depuis février 201413 . Mais les indicateurs avancés 14montrent la vitalité du marché et la demande intérieure en plein essor. Pour soutenir sa relance économique, le gouvernement va investir dans des dépenses d’investissement dans les infrastructures, portant le déficit budgétaire à 3 % du PIB, contre 2,3 % en 2015 et seulement 2,1 % en 2014. Avec un déficit de 304 milliards d'euros, ce serait le niveau le plus élevé depuis au moins deux décennies.

Alors que la Chine limite les investissements hasardeux et veut contrôler15 les investissements directs à l’étranger, le gouverneur de la banque centrale de Chine16 a annoncé que Pékin détient les plus grandes réserves de devises du monde : 2800 milliards d’euros à la fin de février17 201718 . C’est (avec sa croissance) une base solide pour le futur marché des changes. C’est un moyen d'atténuer la pression de sortie des capitaux, avec une dévaluation sous contrôle.

Son système bancaire19 en termes d’actifs a dépassé la zone euro20 . Et le yuan devrait être stable en 2017. Sa volatilité21 a été entretenue par des investissements chinois défavorables à l'étranger, les incertitudes liées à l'élection de Trump et des fuites de capitaux. Pour cela, elle renforce son dispositif de contrôle des changes. Et pour soutenir le yuan, Pékin utilise ses réserves de changes. Depuis 2014, ses taux d'intérêt réduits22 ont diminué le coût du crédit. Cette politique monétaire, souple, prudente et accommodante sera poursuivie.

L’essor économique de la Chine et du monde

Malgré le ralentissement de la croissance (toute relative au regard de celle de la zone Euro23 et des États-Unis24 ) de la deuxième économie mondiale, les investisseurs européens gardent leur appétit pour la Chine. Les investissements chinois, eux, ont augmenté de 77 % en 2016, ce qui constitue un record, un relais de croissance, tant pour l’économie chinoise, les entreprises et les pays concernés.

En 2017, la Chine va continuer ses réformes économiques structurelles en tenant compte des aléas macroéconomiques conjoncturels, ce qui implique à la fois détermination, méthode, prévisions, rigueur et souplesse. Pékin veut aller de l'avant à pas assurés. Les grands projets, outre les grandes infrastructures, la modernisation de l’armée25 , la modernisation de l’économie, le progrès social et environnemental ne seront pas oubliés, de même que les grands projets.

Les exemples de la modernisation et de la transformation économique de la Chine sont très nombreux. Par exemple, construction de voies de communications quantiques, productions de véhicules à énergie propre, rééquilibrage des territoires, nouvelles routes commerciales, élaboration de stratégies écologiques, meilleures régulations économiques et financières, et adaptation à une mondialisation régulée dans le cadre des instances internationales et des partenariats de libre-échange.

Philosophie et pragmatisme économique

Parmi les futurs moteurs de croissance, citons le projet pharaonique de « la nouvelle route de la soie du 21ème siècle » ou « Une Ceinture et une Route ». Ce dispositif comprend à la fois « La ceinture économique » entre la Chine et l'Eurasie, et la « Route de la soie maritime », qui elle, relie la Chine à l'Asie, ainsi qu'à l'Afrique et l'Europe. C’est un ensemble gigantesque de plusieurs voies de communication terrestres, maritimes, ferroviaires, de gazoducs, de ports, de nœuds modaux en Chine et en Europe. Ces projets vont booster les échanges commerciaux et la croissance tant en Chine que dans d’autres pays, d’ici aux 40 prochaines années.

Au-delà de ces chiffres, des données macroéconomiques et des analyses - souvent contradictoires - sur l’économie chinoise, la Chine est sur la bonne voie des réformes initiées par son président, son gouvernement et son administration. Ce qui est remarquable, c’est de constater que la politique chinoise est guidée par des grands concepts suivis d’effets, qui produisent des changements durables.

En effet, avant d’agir, les dirigeants chinois sont tous partis de constats sur leur pays et le monde, en analysant leur histoire puis les étapes à franchir. À l’échelle chinoise et planétaire, cela est un succès économique qui lui, n’oublie pas le progrès social et humain. Quel serait l’utilité de l’économie, si elle n’était pas guidée par des principes humanistes comme le rêve chinois », « la construction d’un monde prospère », « une voie pacifique » ou des stratégies « gagnant-gagnant » ?

Pour ce faire, la Chine a engagé des projets multiples à court, moyen et long terme en tenant compte des trajectoires de la planète. Cette puissante locomotive de l’économie mondiale doit adapter sa vitesse à chaque virage et moment.

Pierre Picquart

1.A.P.N. : L’Assemblée nationale populaire de la République populaire de Chine se réunit une fois par an pour une session d'une dizaine de jours. Les députés, au nombre de 3 000 environ, sont élus pour 5 ans.

2.C.C.P.P.C. La Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC) est une assemblée consultative. Elle regroupe les représentants des huit partis et des organisations ayant fait alliance avec le PCC. Cette assemblée permet à l'État de consulter les divers groupes ethniques et autres organisations avant de décider des lois et décrets. La CCPPC se réunit une fois par an en même temps que la session plénière de l’Assemblée nationale populaire. Des assemblées semblables existent également aux niveaux provincial et local.

3.Le 14 mars 2013, l'Assemblée nationale populaire, réunie en session annuelle dans le Grand Palais du peuple, place Tiananmen à Pékin, a porté à la présidence de la République Xi Jiping pour un mandat de cinq ans renouvelable

4.C’était le plus bas niveau depuis 26 ans

5.Une dette dépassant 270% du PIB

6.355 milliards d'euros dans des projets ferroviaires, d'autoroutes et voies fluviales.

7.Fin 2008, en pleine crise financière internationale, la Chine avait dégainé un méga-plan de relance de 461 milliards d’euros

8.Pendant ces dix années glorieuses, la Chine a contribué à 50% de la croissance mondiale.

9.Ces compagnies appelées « fantômes » sont à celles qui ont complètement ou pratiquement arrêté la production, ou qui subissent des pertes depuis des années, incapables de rembourser leurs dettes, et qui se maintiennent la gestion avec la subvention du gouvernement et des prêts continuels des banques

10.Ce trop-plein d’investissements ‘ prêts institutionnels, banques et plan de relance de 2007 – 2008) a favorisé la surcapacité que connaît aujourd’hui l’industrie chinoise dans les domaines de la sidérurgie et du Charbon

11.> 51% du PIB en 2016

12.PIB chinois

13.Il est dû à l’augmentation des importations et la hausse du prix des matières premières. L'importation a enregistré en février une croissance de 44,7% . Les exportations le même mois ont eu une croissance de 4,2% par rapport à l'année précédente .

14.Comme l’indice des directeurs d'achat, camions lourds, grues et le volume de fret

15.Trois types de restrictions pourraient être appliqués jusqu'à septembre 2017 : 1) Interdiction des "méga-acquisitions" de plus de 10 milliards de dollars (soit 9,43 milliards d'euros) ; 2) Interdiction des investissements immobiliers de plus de 1 milliard de dollars pour les entreprises d'Etat ; 3) Interdiction des investissements de plus de 1 milliard de dollars qui sortent du cœur d'activité de l'entreprise chinoise acheteuse. De plus, les paiements à l'étranger de plus de 5 millions de dollars devront également être approuvés par Pékin.

16.P.B.O.C.

17.À titre de comparaison, les réserves estimées de la banque centrale française en 2016 sont de 84,961 milliards d’euros et d’environ 52,5 milliards d’euros en devises. 18.Les réserves officielles de change de l’État français s’élevaient au total, à la fin du mois de mai 2016, à 153,35 milliards d’euros. La dette française, elle, est estimée aux alentours de 2000 milliards d’euros

19.Il y a plusieurs années, environ 70 à 80% des réserves étaient détenues par des organismes gouvernementaux, tandis qu'à la fin de l'année dernière, environ 50% d'entre elles étaient gérées par des organismes gouvernementaux et 50% par des entités du marché

20.Le plus grand au monde

21.Les statistiques montrent que les actifs bancaires chinois ont atteint 33 billions de dollars à la fin de l’année dernière, contre 31 billions pour la zone euro. Les actifs américains ont enregistré 16 billions de dollars, et le Japon 7 billions.

22.En 2016

23.Les observateurs estiment que la BPC n'est pour l'instant pas pressée de modifier son principal taux directeur, le taux de ses prêts à un an, fixé à 4,35% depuis la baisse décidée en octobre 2015.

24.Dans ses prévisions, l'exécutif européen table sur une croissance de la zone euro de 1,6% en 2017 et 1,8% en 2018, après 1,7% en 2016.

Sur l'ensemble de l'année 2016, la croissance a été corroborée à 1,6% seulement contre 2,6% en 2015.

25.La construction du 2 ème porte –avion est en cours et en bonne voie

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