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Pierre Picquart

[Pierre Picquart] COP21 : Face à Trump, la Chine se positionne en leader mondial

Pierre Picquart 2017-06-14 10:15:12

Depuis son élection du 20 janvier 2017 en tant que 45ème président des États-Unis, les intentions de Donald Trump n’étaient pas actées vis-à-vis de l’accord de Paris (1). Certes, les déclarations du candidat à la Maison Blanche étaient déjà très inquiétantes au regard du premier accord universel sur le climat de la COP21 approuvé par les 195 délégations.

Jusqu’à la date de son retrait environnemental, il restait des marges de négociations. Des observateurs estimaient que Trump pourrait revenir sur ses intentions. Pour plusieurs raisons : du fait des pressions exercées par les démocrates, sans compter les négociations prévues à ce propos, lors du G7 qui s’est déroulé les 27 et 28 mai 2017 à Taormina en Sicile.

La Chine, l'administration américaine d’Obama et l’Europe comptent parmi les principaux moteurs et les artisans majeurs d’un accord historique, sous l’égide de Paris. Mais l’orage était annoncé. Les médias prédisaient à l’avance le probable retrait des États-Unis et un futur discours où Trump allait annoncer une sortie de son pays de la COP21.

Les pressions fusaient de tous parts, tant du côté des médias, des scientifiques que des politiques : en Chine, en Europe et dans d’autres pays. À quelques heures de l’annonce de Trump, le chef du gouvernement chinois Li Keqiang déclarait à Berlin lors d’une rencontre avec Angela Merkel : « La Chine va continuer à mettre en œuvre les promesses faites lors de l'accord de Paris conclu en décembre 2015, pour limiter le réchauffement climatique ».

Le 1er juin 2017, Donald Trump déchire la COP21 ! La déclaration chinoise, les désaccords et la martiale poignée de main entre Donald Trump et Emmanuel Macron n’y feront rien ! Lors d’une allocution dans la roseraie de la Maison Blanche, Trump annonce son retrait des accords, en twittant qu’il souhaitait « Rendre sa splendeur à l’Amérique ».

Un impact considérable et un tollé planétaire

La décision de Donald Trump a provoqué une bronca planétaire qui ne s’est pas fait attendre. Ce revers est d’ailleurs quasi-unanimement critiqué par la plupart des dirigeants. Trump a réussi à fissurer l’unité internationale tout en liguant contre lui l’Europe et la Chine. Il revenait sur un accord déjà acté par l’une des plus grandes puissances de la planète.

Dans cette déclaration souveraine, le président américain s’en prend à la fois à l’Europe et à la Chine. Il stigmatise des pays en voie de développement, ceux qui financent moins et d’autres qui ne font pas d’efforts. Il prend pour prétexte la sauvegarde des emplois aux États-Unis. Déclarant vouloir œuvrer pour l’emploi des américains, il veut « représenter les habitants de Pittsburgh », dont le maire va dénoncer cette décision unilatérale.

Cet oukase de Trump a suscité de fortes réactions négatives, y compris aux États-Unis. Pour la Chine, cette décision risque de faire diminuer la pression sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Face à la décision de Trump, quasi immédiate, y-aura-t-il un effet domino ? Rappelons que les accords de Paris étaient peu contraignants.

La souplesse - parfois contestée - de l’accord de la COP21 fixant une limitation du réchauffement entre 1,5°C et 2°C d’ici 2100, serait-elle une chance qui permettrait de renverser les alliances ? Pékin était pointé du doigt par une opinion occidentale. Elle estimait qu’elle ne faisait pas assez d’efforts. Avec ce pas en arrière de Trump, les critiques vis-à-vis de Pékin vont sembler déraisonnables, le climat étant devenu la priorité N° 1 de la Chine.

Aujourd’hui, l’opinion internationale se demande si la Chine va pouvoir relever ce défi et reprendre le flambeau environnemental, en palliant la carence des États-Unis. Il s’agit de combler ce déficit pour devenir l’un des plus grands acteurs sur la question climatique. La presse US ne s’y trompe pas : dans le New York Times, il est dit que Trump a fait « un cadeau inestimable à la Chine » en lui abandonnant le leadership sur le climat.

Pour essayer de mieux comprendre les enjeux, l'effet de serre est un phénomène naturel jouant un rôle en tant que régulateur de la température de la terre. Il est amplifié à tel point qu'il y a trop de chaleur retenue dans l'atmosphère. Cet excédent cause un réchauffement global. Il provoque des catastrophes multiples et d’autres effets défavorables sur la météorologie de la planète, en entraînant ce bouleversement climatique.

La Chine et l’Europe sont désormais dans le même bateau. L’enjeu est de taille, qu’il s’agisse d’environnement, de biodiversité, d’énergies douces, de réduction d’effet de serre et d’économies d’énergies. Avant d’estimer les effets de la décision étasunienne, notons un premier bilan positif sur les récents résultats obtenus au niveau mondial dans ce domaine.

Face au retrait de Trump, entre espérances et inquiétudes

Parmi les espoirs que nous pouvons entretenir, la prise de conscience environnementale a déjà eu des effets favorables sur la planète. Par exemple, en 2016, les nouvelles installations d’énergies renouvelables ont battu un record après celui de 2015 (2). Les capacités du solaire photovoltaïque sont en vedette, avec 47% d’augmentation. L’éolien augmente de 34% et l’hydroélectricité de 15,5%.

La Chine a annoncé un plan environnemental sur la période 2016 - 2020 qui prévoit d'investir 361 milliards de dollars dans l'électricité, à base de renouvelables d'ici 2020. En 2016, les nouvelles capacités photovoltaïques installées dans le monde sont en progression avec une équivalence de 31 000 panneaux solaires par heure. La Chine arrive en tête avec 46% des capacités dans le solaire, alors que les États-Unis se situent à 20%, le Japon à 11,5% et l’Inde à 5%. La France n’est pas dans le top 10 des meilleurs élèves.

Depuis 2015, avec une croissance mondiale de 3% et une consommation d’énergie en hausse, cette tendance se confirme. Dans le monde, on installe plus de capacités de productions en énergie renouvelable qu’en énergie d’origine fossile (3). Plusieurs états, villes, ONG, entreprises s’engagent sur un objectif de 100% d’énergie renouvelable consommée pour le climat, l’environnement ou la santé publique, et avec plus d’emplois (4).

De plus, les émissions mondiales de CO2 liées à la consommation d’énergie des secteurs de l’industrie et des énergies fossiles restent stables pour la 3ème année consécutive (5). Grâce aux innovations et à leur généralisation, les coûts de production de l’électricité d’origine solaire et éolienne diminuent rapidement. Le système énergétique - plus flexible et interconnecté - intègre une plus grande quantité d’énergies renouvelables.

Du côté des inquiétudes maintenant, il est à noter que les investissements diminuent. Dans les pays en développement, les investissements dans les renouvelables ont chuté de 30%, liés aux ralentissements des économies. La Chine reste dans ce domaine le plus gros investisseur avec 32% des financements mondiaux et en consacrant une partie de ses fonds à l’amélioration du réseau électrique et à des réformes du marché énergétique.

En résumé, et malgré ces progrès - par exemple dans le développement des véhicules électriques -, des secteurs restent à la traîne dans les transports aériens et maritimes. Les subventions accordées - malgré les promesses faites sur les énergies fossiles et le nucléaire -, continuent de freiner la transition énergétique. Les produits pétroliers comptent toujours pour environ 93% dans la consommation d’énergie finale de ces secteurs.

Devant le retrait des États-Unis, la Chine déploie ses atouts

Bonne nouvelle pour la planète : la Chine va engager davantage de partenariats pour le climat. Le retrait étasunien offre à Xi Jinping la possibilité de mener sa bataille pour le climat. En France, Emmanuel Macron a indiqué qu’il n’y a pas de « Plan B, ni de planète B ». En réplique, l’Inde s’est engagée également à aller plus loin que les accords de Paris.

À ce jour, des tentatives déconcertantes pour limiter l’effet de la COP21 n’ont pas eu l’effet escompté. Bien au contraire ! Finalement, cette décision des États-Unis pourrait-elle booster les accords de Paris et favoriser le climat ? Des engagements plus contraignants et des mesures volontaristes suivront, avec des partenariats engagés et audacieux.

Ainsi, dès l’allocution de Trump, des villes et des sociétés américaines ont indiqué qu’elles suivront l’accord de Paris. Hawaï est devenue le premier État américain à l’adopter. Aujourd’hui, le respect, voire l’extension des accords de Paris ne sont plus à exclure. Une mobilisation est en train de se dessiner. Quelques jours après cette annonce, la Chine et l'État de Californie ont signé un accord pour réduire les émissions de gaz à effets de serre

Ces nouvelles mesures ne seront pas synonymes de chômage ni de diminution de la croissance économique. Bien au contraire. Ces nouvelles feuilles de route environnementales constitueront un relais pour une croissance et un développement durables, des créations d’emplois et, pour ce qui nous concerne ici, un mieux-être pour la planète et ses habitants.

En France, un « nouveau plan d'action contre le changement climatique » sera engagé fin juin 2017. En Chine, s’affiche des ambitions vertes. Son projet environnemental est ambitieux. Pékin a lancé plusieurs politiques et des chantiers environnementaux volontaristes, intégrant la question de l’environnement et de la croissance durable dans ses exigences de développement économique. Comme l’Europe, Pékin veut envoyer un message clair au monde, à Trump et aux autres pays qui seraient tentés de suivre la décision étasunienne.

Pourquoi la Chine va-t-elle devenir un chef de file dans ce domaine ? En l'espace de quelques années, la Chine s’est imposée de manière spectaculaire comme l'un des leaders en matière d'infrastructures et de production des énergies propres. Suite à l'élection de Trump, Pékin avait mis en garde ce dernier contre son scepticisme lié aux enjeux climatiques. Alors, la Chine peut-elle prendre le relais ? Certainement. Le 1er juin 2017 sera une date mémorable, celle où la Chine aura pris en tant que puissance majeure, le leadership mondial sur le climat.

La presse chinoise, y compris le Global Times ne mâchent pas leurs mots sur la décision étasunienne en la qualifiant de « revers mondial », ou de « décision irresponsable » ou de « gâchis des ressources diplomatiques de plus en plus limitées des États-Unis ». Pékin réfute clairement l’argumentaire de Trump. La diplomatie chinoise va s’activer sur notre destin. Le commentaire du Global Times était direct : « Chercher des causes extérieures à des maux intérieurs n'est en aucun cas la marche à suivre pour la première économie mondiale ».

En outre, dans un spectaculaire réajustement des forces, le premier ministre chinois Li Keqiang, le président du Conseil européen, Donald Tusk et Jean-Claude Juncker de la Commission européenne vont s’engager sur un accord et une nouvelle alliance. Le leadership mondial sur le climat va changer de direction. Des diplomates chinois n’hésitent plus à demander à leurs homologues des engagements concernant leur stratégie sur le climat.

Les efforts de Pékin visant à « décarboner » l’économie et à lutter contre le réchauffement climatique et la pollution se lisent dans l’ensemble de ses politiques économiques. Le Plan quinquennal chinois 2016 - 2020 intègre cette dimension écologique et environnementale dans ses projections économiques, politiques, culturelles et sociales (6). La Chine se positionne désormais parmi les leaders dans les investissements verts.

Demain, la Chine, parions-le, sera un nouveau modèle et une chance à saisir pour sauver notre climat. Pour assurer la survie de l'équilibre écologique de la planète, d’autres pays développés et en développement pourraient soutenir les initiatives et les efforts à venir de la Chine. On n’est jamais à l’abri d’autres bonnes nouvelles !

Notes :

1. COP 21 : L'Accord de Paris est le premier accord universel sur le climat. Cet accord fait suite aux négociations qui se sont tenues lors de la Conférence de paris sur le Climat (COP 21) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Il a été approuvé le 12 décembre 2015 par l'ensemble des 195 délégations pour entrer en vigueur le 4 novembre 2016.

2. la capacité totale mondiale de production d’énergies renouvelables a grimpé d’environ de 9% par rapport à 2015, pour atteindre environ 2017 gigawatts (GW).

3. Toutes énergies fossiles combinées : charbon, pétrole et gaz.

4. Les énergies renouvelables ont employé 8,3 millions de personnes en 2015 et 9,8 millions dans le monde en 2016, contre selon l’Agence internationale des énergies renouvelables (Irena).

5. Grâce à la croissance des énergies renouvelables et à des mesures d’efficacité énergétique, et grâce au déclin de l’utilisation du charbon.

6. Les objectifs comprennent une amélioration de 23% de la gestion de l’eau, une réduction de 15% de la consommation énergétique par unité de PIB, un plafond de 5 milliards de tonnes pour la consommation énergétique et une diminution de 18% de l’intensité de carbone.

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