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Pierre Picquart

[Pierre Picquart] Pourquoi la Chine va devenir le « Champion de l’environnement »

Pierre Picquart 2018-04-18 07:50:11

La Chine fait face à une crise écologique grave. Tous les clignotants sont au rouge en matière d’environnement. Les autorités chinoises n’en font pas mystère, qu’il s’agisse de la qualité de l’air, des inondations, des sécheresses, de la déforestation, ou de la mauvaise qualité des eaux, fleuves, lacs, ou réserves souterraines. Cependant, elle avance et change à une vitesse fulgurante.

La pollution chinoise était liée à une croissance effrénée à deux chiffres. Désormais, la Chine choisit « un développement qualitatif » et non quantitatif. Ce thème sera abordé par Xi Jinping lors du « Davos asiatique » (BOAO) d’avril 2018 dans la province de Hainan. Pékin devrait dès lors devenir un laboratoire d’innovations et le « premier de la classe » en matière d’écologie, de protection de l’environnement, de biodiversité et d’économie d’énergie. C’est que la Chine est confrontée à un double paradoxe. Le premier, est de changer de politique écologique tout en continuant son développement. Le second, est de transformer un pays pollué pour devenir le 1er acteur de la lutte contre la pollution. Si la question écologique est une préoccupation depuis les années 2000, Pékin souhaite devenir un modèle environnemental d’ici 2030. Et si la Chine est le plus grand générateur d’émissions de CO2 dans le monde, c’est aussi désormais le 1er pays dans les investissements verts de la planète.

Pékin réorganise le droit de l’environnement

L’environnement devient la priorité N° 1 de la Chine lorsque Pékin signe en 2016 les Accords de Paris et déclare la guerre aux nuisances environnementales avec le 13 ème plan quinquennal 2016-2020. Celui-ci a prévu de créer 13 millions d'emplois dans l'éolien, l'hydraulique, le solaire et le nucléaire. Le but est de réduire en 5 ans, 25 % de la dépense en eau, 15 % de celle en énergie, et 18 % des émissions de CO2. D’ici 2020, la Chine devrait engager 300 milliards d’euros dans les énergies renouvelables.

La Chine réorganise sa politique environnementale. Ainsi le ministère de l’Environnement écologique (MEE) assure la protection de l’environnement et la lutte contre la pollution, et le ministère des Ressources naturelles (MRN) organise l’allocation des ressources. La « nouvelle ère » de Xi Jinping aura instauré la « Loi sur la prévention et le contrôle de la pollution atmosphérique » et la création d’un « tribunal dédié aux litiges environnementaux » au sein de la Cour Suprême. Depuis 2017, les provinces doivent définir des zones géographiques excluant toute « entreprise de développement ». En définissant une « ligne rouge écologique », les autorités chinoises inaugurent la construction d’un nouveau droit environnemental.

Toutes les ONG chinoises enregistrées et œuvrant depuis au moins cinq ans pour l’environnement peuvent initier une action judiciaire... en demandant réparation pour des dommages environnementaux, écologiques, ou des atteintes à des intérêts publics. Les justiciables peuvent obtenir réparation pour des dommages sur leur personne ou sur leurs biens. Depuis 2015 et la « Loi sur la Protection de l’Environnement », une centaine de litiges ont été portés devant les tribunaux. La majorité des litiges qui ont été jugés ont donné la victoire à ces ONG chinoises selon le service juridique de l’Ambassade de France en Chine (juin 2017). Les citoyens peuvent, sous forme d’associations, se porter partie civile à l’encontre de groupes publics ou privés qui ne respecteraient pas les normes environnementales.

Le 23 février 2018, une ONG pékinoise, Les Amis de la Nature, attaquait devant les tribunaux chinois Kunming Engineering Co. Ltd, une compagnie Fortune 500, en charge de la construction de la centrale hydraulique de Huilong dans le Yunnan. D’après les requérants, celle-ci porterait un lourd préjudice à la forêt tropicale environnante en déboisant et empêcherait les poissons d’aller rejoindre le Mékong. Au vu des intérêts en jeu, la décision des juges est très attendue. © He Junyi/CNS

Actions concrètes et résultats prometteurs

Le ministère de l’environnement centralise et coordonne les lois, puis contrôle et dirige les agences provinciales. Les amendes forfaitaires, qui n’inquiétaient pas les entreprises ou les multinationales, sont remplacées par des fermetures temporaires (jusqu’à la mise aux normes). Les amendes forfaitaires annuelles (que les groupes payaient volontiers, sans se mettre aux normes environnementales) sont désormais remplacées par des astreintes financières importantes, fixées de façon journalière.

En quatre ans, la Chine a réduit ses émissions de particules fines (avec un taux moyen de PM 2,5 de 43 µg/m3, et de PM 10 de 75 µg/m3 en 2017, le taux de particules fines sur près de 74 grandes villes chinoises a baissé de 5 % environ par rapport à 2016. Une « bonne qualité d’air » se situe pour les autorités chinoises entre 0 et 100µg/m3). En 2017, la Chine a atteint son objectif Carbone de 2020, trois ans avant la date prévue. Elle a pu a réduire de 46% son intensité énergétique1 par rapport à 2005 et s’est engagée à ce que 20 % de l’énergie qu’elle consomme soit de source propre d’ici 2030. C’est en Chine également que la moitié des nouvelles capacités éoliennes dans le monde sont installées2 . Fin 2015, Pékin est en tête des pays producteurs de solaire thermique et de panneaux photovoltaïques : la puissance des capteurs solaires3 thermiques y représente 71 % du total mondial. Désormais, l’environnement est dans le cœur de la Chine et des Chinois. Qu’il s’agisse d’une centrale solaire titanesque dans le désert de Gobi, des constructions de véhicules électriques, des batteries au lithium, des bâtiments à faibles émissions de CO2, ou du financement vert... « l’objectif est d’inclure l’écologie dans tous les secteurs ».

Vers une « civilisation chinoise écologique »

Circuler dans les villes chinoises peut devenir un véritable casse-tête... Les plaques d’immatriculation peuvent coûter le prix d’une voiture. Mais celles des véhicules électriques sont gratuites à Shanghai. Plus de 600 000 voitures électriques ont été immatriculées en Chine en 2017, ce qui représente environ la moitié du marché mondial. Des autoroutes avec des voies réservées « aux véhicules propres » vont permettre à des voitures électriques de se recharger en roulant et de produire de l’énergie durable et propre.

Comme pour la construction titanesque de sa Grande Muraille verte, la Chine s’impose comme un leader en économie durable et en énergie propre. Malgré son bilan écologique défavorable, Pékin engage des efforts considérables. Il faut rendre hommage à la volonté chinoise de devenir une « civilisation écologique ». Certains se demandent si cette magnifique dynamique écologique va se maintenir. Avec cette volonté affirmée et des actions concrètes, la Chine va devenir un champion dans l’environnement, en encourageant d’autres pays à suivre cette voie écologique.

Pierre Picquart

Cet article est un complément du dossier « Le combat d'un siècle : reverdir la terre » paru dans Le 9 magazine n°5 / Avril, disponible fin avril en version numérique ici.

1.L'intensité énergétique est le rapport entre la production de dioxyde de carbone (CO2) et le produit intérieur brut (PIB).

2.(30,5GW) Soit 48,4% du total mondial, selon Atlantico .

3.309 470 MWth , soit 442,1 Mm2 (millions de m²) de capteurs

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