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Pierre Picquart

[Pierre Picquart] Pourquoi la technologie est-elle un enjeu de développement ?

Pierre Picquart 2018-09-03 15:39:43

La révolution technologique du XXIème siècle inclut notamment le numérique, internet, les données, la robotisation, l’intelligence artificielle, le traitement des données (data), la communication en réseaux, la communication quasi instantanée et les progrès scientifiques issus de ces techniques. Cette mutation sans précédent va bouleverser nos connaissances, nos mobilités et nos modes de vie, la stratégie et l’essor des entreprises, l’organisation globale des sociétés et la gouvernance des nations et de toute la planète.

L’urgence vitale d’anticipation technologique

Aujourd’hui, les États, les entreprises, les groupes et les institutions qui ne s’y préparent pas - ou qui font des erreurs d’anticipation - vont soit décliner, soit disparaître. C’est un pari et c’est un enjeu économique, financier et géopolitique capital. En effet, à ce jour, les investissements en R&D et les stratégies à adopter pour s’adapter à cette « révolution du troisième millénaire » et au passage à l'intelligence numérique cognitive, ne sont pas encore en mesure d’anticiper les mutations scientifiques et technologiques du monde de 2030.

Selon une étude de Dell et de « l’Institut pour le Futur », un think tank californien, sous le règne du numérique, 85% des emplois de 2030 n'existent pas encore. Les prochaines années verront l’arrivée d'une intelligence cognitive capable de concevoir des solutions, d’analyser des éléments (même approximatifs) comme les êtres humains. L’ère suivante - selon cette étude -, sera l’avènement de l’être « humain virtuel », en 2030.

Les trois révolutions industrielles précédentes ont favorisé grâce à l’électricité, le gaz, le pétrole, la chimie... la mécanisation de l’industrie et de l’agriculture, de nouvelles voies terrestres, maritimes et aériennes, la production de masse, l’accélération des échanges matériels et humains, la diffusion des techniques et des savoir-faire, et l’augmentation des transactions économique et financières. La dernière révolution de 1969 et des années suivantes s’est traduite par des progrès spectaculaires, par une mise en réseau planétaire des personnes, par de nouvelles formes de communication comme les courriels ou les réseaux sociaux, et par une circulation planétaire des connaissances, de l’information et des idées.

Après les trois premières révolutions industrielles de 1775i de 1870ii et de 1969iii, arrive la « quatrième révolution technologique planétaire » qui va modifier de façon spectaculaire nos habitudes et nos modes de travail. La quatrième révolution aura un développement exponentiel. Elle sera caractérisée par une combinaison de techniques et de sciences qui interférera dans des domaines aussi divers que la physique, le numérique ou la biologie, amenant des changements structurels dans les États et les économies, et des transformations dans les systèmes de la production, de la gestion et de la gouvernance.

La quatrième révolution technologique

Cette quatrième révolution mondiale s’appuie sur la dernière. C’est une « industrie 4.0 » ou une « industrie du futur » qui émerge inéluctablement sous nos yeux à l’aube du troisième millénaire. Son essor est lié à l’avancée des connaissances et des sciences fondamentales, numériques et cognitives. Avec Internet, les réseaux virtuels, la futur 5Giv, la fibre optique, la puissance de calcul des serveurs hébergés en « Cloud », des milliards d’objets seront connectés dans le monde. Au-delà des sources incommensurables de données (data) et des applications virtuelles, les technologies, les produits et les services seront accessibles automatiquement. Ils seront disponibles depuis n'importe où. La connectivité, la robotique, la numérisation et l’intelligence artificielle vont révolutionner et démultiplier nos possibilités de production, de distribution, de communication et d’interaction entre les individus.

Cette nouvelle ère technologique, connectée, numérique, scientifique... n’en est qu’à ses débuts, avec des applications concrètes et innovantes dans les domaines de la production (industrie, agriculture, services...), de la consommation, de l’environnement, de la culture, des finances, de la gestion des villes ou des immeubles, des énergies, des ressources, de la productivité, de l’économie durable, de la prévision météorologique, de la prévention ou de la santé... Des effets sont attendus dans des secteurs aussi variés que la reconnaissance visuelle, la connectivité des objets ou celle des réseaux de communication entre eux. Il y aura des applications performantes dans le domaine civil, militaire ou celui de la sécurité.

Ce développement technologique va aussi favoriser la croissance économique. Il va édifier un « nouveau monde virtuel connecté » et au service du « monde physique ».

L’industrie du futur va connecter l’ensemble des moyens de production en temps réel avec une communication entre tous les acteurs et les objets connectés au sein d’une ligne de production grâce aux technologies. L’objectif est l’amélioration des prises de décision, une maintenance prédictive, l’anticipation des stocks, une meilleure coordination ou des livraisons automatiques. Cette révolution sera sans doute moins énergivore avec des ressources alternatives dédiées comme des énergies éoliennes, le solaire ou la géothermie. Cette évolution technologique donnera une place de plus en plus importante à la cybersécurité.

L’industrie du futur et les nouvelles technologies auront une place de plus en plus importante dans la construction, la liaison et la gestion des grandes infrastructures, notamment dans la réalisation de l’initiative chinoise « One Belt, One Road ». Il en sera de même dans la conquête spatiale, pour les engins militaires ou pour les armes autonomes. Cette ère générera une nouvelle organisation des moyens de production et des modes de travail. Dans tous les pays, dans tous les domaines et dans tous les secteurs, l’industrie du futur va favoriser la convergence du monde virtuel avec les produits et les services du monde réel, de la conception à la production, en passant par la gestion, la finance et le marketing. De nos jours, il paraît impensable de vivre sans les technologies comme l’ordinateur, le téléphone mobile, la télévision, les réseaux connectés, et les autres progrès. Ces technologies feront de plus en plus partie de notre quotidien. L'innovation technologique est aussi indispensable au développement durable, où l’individu devra garder sa place et ses libertés individuelles. Seule une réglementation internationale et des droits reconnus pour tous les citoyens pourront permettre d’éviter des dérives pour tenter de sauvegarder nos données personnelles.

L’enjeu géopolitique de leadership mondial

Bientôt des robots « conseillers financiers », de contrôle de la circulation et du stationnement, dans les entreprises, les aires de stockage, les hôpitaux, les maisons, les écoles, ou dans la rue vont arriver. Des défis attendent nos sociétés, d’ordres politiques, évolutifs, éthiques, technologiques, éducatifs, financiers, économiques sociétaux, juridiques... Les technologies de demain qui sont en perpétuelle mutation vont changer le monde et la perception que nous en avons. Les groupes ou les pays qui seront les plus avancés dans les domaines technologiques et ceux de l’innovation seront les leaders ou les grandes puissances de demain. Ils auront l’avantage d’avoir plus d’informations dans tous les domaines et dans tous les secteurs en un temps record. Ils analyseront les données relatives aux consommateurs, aux flux des personnes et des marchandises, aux marchés économiques et financiers, aux ressources, aux voies de communication, et à la surveillance des territoires.

La question du respect de la liberté des individus se pose face aux données, à l’intelligence artificielle et à une société connectée. Il en sera de même pour les personnes qui ne doivent pas devenir des « laissés pour compte » dans une société où les objets connectés et les algorithmes vont prendre une place considérable dans les années à venir.

Pour les grands groupes industriels ou les États, les impacts sur leurs avancées scientifiques, économiques, financières et militaires seront incontestables. Il n’est pas étonnant de constater que les nations et les institutions se livrent à une concurrence tenace, avec des budgets colossaux pour leur leadership dans le domaine des technologies. Certes, le développement durable, l’environnement, la santé ou l’organisation du travail représentent des enjeux sociétaux importants. Mais d’autres secteurs sont pour elles prioritaires, car ils vont permettre aux gagnants d’être « le numéro 1 mondial ». Ainsi, qu’il s’agisse de l’intelligence artificielle, de la robotique intelligente, de la reconnaissance visuelle, de la mise en place de la 5G, du domaine spatial ou militaire, de la connectivité des voies de communication, de la sécurité nationale, de la vitesse des ordinateurs les plus puissants, de la géolocalisation, des algorithmes financiers et d’autres programmes secrets, les États-Unis, la Chine et l’U.E sont en compétition. Et le rapport de force sur l’intelligence artificielle ne fait que commencer.

La France fait partie des nations dont la technologie est reconnue, même si elle n’est pas perçue comme la nation N° 1 du numérique. La Suède, la Chine, les États-Unis le Royaume-Uni, la Finlande, l’Allemagne, Israël, Singapour ou l’Estonie bénéficient d’une notoriété actuellement plus grande que la nôtre en termes d’innovation et de numérique.

La France pourrait devenir la « Silicon Valley de l’Europe » pour stimuler et promouvoir la transformation numérique de dizaines de milliers de PME, tout en créant des partenariats internationaux avec des incubateurs de start-up et des pays stratégiques comme la Chine ou d’autres pays et développer une « Smart Economy ». L’objectif est d’inventer un monde intelligent en faveur de près de 8 milliards d’individus pour mettre la technologie au service de leur confort, du développement humain et du bien commun.

La Chine, elle, est le leader de l’économie digitale et va devenir le leader mondial de la robotique. Avec ses 171 supercalculateurs (parmi les 500 les plus puissants au monde), Pékin se dispute avec Washington la première place mondiale dans le calcul intensif, alors que la France (qui bat le Royaume-Uni) a la 5ème place avec ses 20 supercalculateurs. La Chine et les États-Unis investissent énormément dans l'intelligence artificielle en créant un nouveau rapport de force. L’enjeu est double pour une croissance économique importante et pour l’objectif essentiel de leur sécurité nationale. De ce fait, les États-uniens sont inquiets de la puissance chinoise car celui qui sera leader en intelligence artificielle sera le leader planétaire.

La transition vers cette nouvelle ère technologique sera le grand défi de demain avec des progrès réels et des avantages économiques et scientifiques. La technologie a de nombreux avantages. Elle simplifie véritablement la vie de tous les jours. Il y aura plus de communication, plus de mobilité et plus de productivité. Le travail digital et la nomadisation du travail va permettre de dégager de nouvelles opportunités et d’autres horizons. Mais pour quels rêves, et sous quelles contraintes sociales ? De nombreuses questions restent en suspens : la révolution numérique va-t-elle mettre à mal l’emploi et le salariat ? Quelles réponses donnerons-nous au respect de la vie privée ? Que se passera-t-il au regard des inégalités sociales sous le règne du numérique ? Comment seront traités les déplacements économiques des populations défavorisées ? Qu’en sera-t-il de l’arbitrage des humains une fois qu’il y aura une décision de l’intelligence artificielle (ou d’un cadre dirigeant) en matière d’économie, d’emploi, de logement ou de santé ? Ces questions sont légitimes et il est normal d’être perplexe, tout en élaborant dès aujourd’hui des pistes et des réflexions.

Néanmoins, cette nouvelle ère promet d’être globalement bénéfique pour l’homme s’il conserve son humanisme. Aux premiers temps de son histoire, il construisit ses outils pour cultiver, se protéger et vivre. Puis il maîtrisa le feu et il mit en place des technologies et des savoir-faire qui lui permettaient de mieux s’alimenter, de se loger, de travailler, de communiquer, de transmettre le savoir aux générations, au-delà des aléas, des famines et des guerres de ces époques. En l’espace d’un seul siècle, avec une vitesse exponentielle, nous sommes passés de la mise en place des premières lignes électriques à une société technologique et numérique globale. Cette ère s’inscrit dans un système mondialisé, où les capacités humaines seront bientôt dépassées par des intelligences artificielles.

Pierre Picquart

Docteur en géopolitique, auteur et expert international spécialiste de la Chine. Il a publié récemment La Renaissance de la route de la soie – l’incroyable défi chinois du XXIe siècle (éditions Favre, 2018)

iLa première révolution industrielle a utilisé l’eau et la vapeur pour mécaniser la production. Suite à une phase de proto-industrialisations, cette révolution (entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle) marque l’arrivée de la mécanisation et une industrie qui structure l'économie en se substituant à l’agriculture. L’extraction de charbon et la machine à vapeur vont développer une énergie qui va favoriser les réseaux ferroviaires et l'accélération des échanges matériels, économiques et humains. Des inventions, le métier à tisser et les savoir-faire vont dessiner les premières usines et villes qui existent aujourd’hui.

iiLa deuxième révolution industrielle a utilisé l’énergie électrique pour créer la production de masse. Des énergies comme l’électricité, le gaz et le pétrole, vont permettre une nouvelle avancée technologique, avec notamment le moteur à explosion. Tandis que la sidérurgie, la production d'acier et la chimie de synthèse se développent avec des textiles artificiels, colorants et engrais, apparaissent le télégraphe, le téléphone, l’automobile et l’avion.... Ces recherches, innovations et capitaux centralisés vont bâtir une nouvelle économie autour de grandes usines et de nouveaux modèles d’organisations économiques et de production.

iiiLa troisième révolution industrielle a utilisé l’électronique et la technologie de l’information pour automatiser la production. Le nucléaire, l’électronique, les transistors, les microprocesseurs吗les télécommunications et l’informatique vont favoriser une troisième révolution industrielle, produisant des produits miniaturisés qui ouvriront les portes de la recherche spatiale et de la biotechnologie. C'est l’ère de l’automatisation, de l’automate, de l’automate programmable industriel (API) et du robot. (Sources www.sentryo.net)

ivLes réseaux de prochaine génération (5G) seront lancés sur le marché à l'horizon 2020. Au-delà de l'amélioration de la vitesse, la 5G devrait faciliter l'émergence d'un immense écosystème IoT dans lequel les réseaux pourront répondre aux besoins en communication de milliards d'objets connectés, grâce à un compromis équilibré entre vitesse, latence et coût. Elle promet un débit dix fois supérieur à la 4G.

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