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Sonia Bressler

La culture en avance sur la diplomatie

Sonia Bressler 2014-01-30 09:26:49

En pleine guerre froide, le 27 janvier 1964, les gouvernements de la République française et de la République populaire de Chine ont décidé d'établir des relations diplomatiques.  Cette décision a été prise par le Général de Gaulle et le président Mao Zedong.  Ces deux hommes étaient des visionnaires, ils incarnent la création de société, la vision du droit, des avancées. Il serait intéressant de comparer leurs écrits politiques, leurs prises de positions qui les ont conduit tous deux à prendre cette décision.
Au départ, je voulais célébrer cet anniversaire en faisant une analyse de l’apparition en Chine des centres culturels français (Institut Français, Alliance Française ou Campus France) et en France des centres Confucius. Mais quand on regarde de plus près, il semble impossible que les échanges culturels entre la France et la Chine, soient si récents. Alors, je vous propose de voyager avec moi sur le fil de l’histoire des idées. Ce fil, cette épistémologie de la culture nous conduit davantage dans le métissage et à la rencontre réelle entre la culture chinoise et celle européenne.

Ce métissage, cette rencontre s’opère autour de Confucius (de l’homme et surtout de sa pensée et plus encore de la traduction qui en a été faite).  Mais comme le souligne le professeur Anne Cheng du Collège de France, de quel Confucius parlons-nous ? « On peut distinguer sommairement deux Confucius qui correspondent à deux grands moments universalistes de l’histoire occidentale : le Confucius hérité des Lumières, puis le Confucius réinventé par le monde issu des deux conflits mondiaux du siècle dernier» (cf. Histoire Intellectuelle de la Chine). Quand on s’intéresse à l’histoire des idées, on se doit de lire l’arrivée des courants des idées, à travers ceux qui l’ont apportée. Ils sont souvent commerçants, voyageurs, mendiants, mais aussi et surtout religieux. Et concernant la rencontre de la pensée française avec la pensée de Confucius c’est en effet les missionnaires chrétiens et particulièrement les jésuites qui ont introduit la pensée chinoise au XVII° siècle. Les « philosophes des lumières » ont donc pris connaissance d’une autre pensée, ou tout se fonde sur le rapport à autrui avant de construire une morale.  Et les traductions ont accommodé les textes de Confucius à la pensée européenne du moment. Confucius devient rationaliste et même agnostique. Mais une chose demeurera inchangée : c’est la quête du perfectionnement de soi. Et si nous suivons ce fil, alors nous pouvons voir comment la philosophie anglaise avec John Locke,  ou David Hume, a été finalement très inspirée par Confucius. Tous leurs écrits partent de l’individu pour en revenir à une construction sociale. Sans comprendre l’humain, toute société est impossible. En d’autres termes, ce changement de repère est bien de source chinoise.  Il faudrait relire l’histoire de la philosophie européenne avec ce prisme. Nous verrions à quel point ce changement de conception fait naître deux grandes écoles. Ceux qui vont résister à cette prise en considération de l’humain en quête de lui-même dans le monde et l’univers et ceux qui vont ouvrir une brèche considérable dans la pensée philosophique. Je pense ici à Hegel qui va faire naître la phénoménologie. L’humain est dans le monde, et il incarne à la fois l’histoire individuelle mais aussi collective. L’univers le traverse, le transperce, il est un tout et en même temps une articulation d’un tout.  

Ce qui s’opère dans un sens, s’opère également dans l’autre, en Chine, les Jésuites, sont investis d’une mission de conversion des Chinois à la foi chrétienne selon les dogmes de la Contre-Réforme. Ils appliquent alors une pratique « d’accommodement ». C’est-à-dire qu’ils cherchent à évangéliser  la Chine. Comme le souligne Anne Cheng : «  La grande idée des savants de la Renaissance du XVI° siècle, reprise par Ricci, est qu’il doit y avoir une « prisca (ou primaeva) theologia (ou philosophia) », théologie ou philosophie première ou naturelle, pas encore altérée et éloignée de la source divine, et relayée par les philosophes grecs » (cf. Histoire Intellectuelle de la Chine).  Mais là les Jésuites vont se heurter au fait que les chinois remontent bien plus loin que les européens. Leur pensée s’enracine dans le Déluge, soit la création du monde et de l’univers. Il va s’en suivre tout un jeu juste de traduction de langue chinoise au latin (puis plus tard du latin vers la langue dite « vulgaire » qu’était le vieux français). C’est là que ce joue toute la transmission du savoir. En 1687 apparaît la traduction de Ruggieri des quatre livres de Confucius sous le titre Confucius Sinarum Philosophus. Il est extrêmement intéressant de voir combien cette traduction a induit une introduction de Confucius dans notre pensée matinée de chrétienté. Confucius est présenté comme un Saint cherchant à établir une morale. Cette vision est d’ailleurs encore très présente dans certains manuels de philosophie.
Ce livre connaît un réel succès et un abrégé d’une centaine de pages paraît en français dès l’année suivante, en 1688, sous le titre La Morale de Confucius, Philosophe de la Chine. Il est à son tour traduit en anglais en 1691 sous le titre The Morals of Confucius, a Chinese Philosopher. Et évidemment l’ensemble des intellectuels européens vont lancer des débats. Nous pouvons citer ici Fénelon (dans son septième Dialogue des morts) ou encore Malebranche dans son texte intitulé Entretiens d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois sur l’existence et la nature de dieu.

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