Suivez-nous | français

Sonia Bressler

[Sonia Bressler] La route au coeur du Xinjiang

Sonia Bressler 2016-02-18 11:13:16

Pour évoquer la Route de la Soie, il faudrait narrer les heures à imaginer sur une carte un impossible tracé. Et puis, il y eut l’audace de ma demande, celle de parcourir la zone qui se situe au Xinjiang, soit à peu près six mille kilomètres en passant par Ürümqi, Kuqa, Turpan, Kachgar, Hotan, Yengisar…

Au fil des kilomètres, des paysages renversants, des lumières aux mille couleurs, des défis technologiques, des paris écologiques, des histoires singulières. Ici plus qu’ailleurs, la Chine dessine son histoire, elle est composée de ses ethnies. Nous oublions souvent que la Chine compte plus de cinquante ethnies ! Les visages, les corps sont différents, les habitudes aussi, le temps prolonge l’espace autrement. Les lumières s’attardent sur les déserts devenus des roches, les longs couloirs de vent font vibrer les éoliennes en une chorégraphie majestueuse. Le ballet de scintillement des panneaux solaires nous fait entrer dans une autre dimension. le Xinjiang d’aujourd’hui écrit celui de demain. Le futur est une impression du présent. Le passé est là, les vestiges partout ornent la route et apportent une halte de l’histoire. Le passé a une place bien particulière dans le Xinjiang : au travers des musées, des vestiges, des traces de route, etc.

Evidemment, nombreux sont les journalistes occidentaux à ne présenter du Xinjiang qu’une facette négative, ombragée qui prend une figure de tension ethnique, de terrorisme, etc. Mais, ici au fil de mes quelques lignes et de mes milliers de kilomètres, ce n’est pas ce que je tiens à montrer. Ce que je privilégie ce sont les gestes du quotidien, la beauté des couleurs, des fruits, des légumes, des thés, des épices des bazars.

La première impression : l’immensité

Le Xinjiang est loin de la capitale, il faut compter cinq heures d’avion depuis Pékin ou encore plusieurs jours de train même si la ligne à très grande vitesse va bientôt relier le Gansu au Xinjiang. Regarder le Xinjiang en chiffres, c’est être pris de vertige. la Région autonome ouïgoure du Xinjiang est le centre du continent eurasiatique. Sa superficie est de 1,66 millions de km², soit environ trois fois la France métropolitaine et pourtant elle ne représente qu’un sixième du territoire chinois. Sur une longueur de 5 600 km, sa frontière terrestre avoisine huit pays dont la Mongolie, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l'Afghanistan, le Pakistan, et l’Inde.

J’aimerais ici parler de tout, mais l’espace de l’article rend impossible l’exercice, alors je sélectionne pour vous quelques impressions des principales villes. Une façon pour moi de vous inviter à la découverte, au voyage.

Ürümqi

Arrivée à l’aéroport, je m’étonne déjà de sa taille. C’est la capitale de la région. Plus de deux millions d’habitants sont rassemblés ici. La ville s’étend sur vingt kilomètres de plaines fertiles à l’ombre du massif TianShan. Bien que ce ne soit pas une cité historique, cette ville étonne par ses dimensions, ses rues typiquement ouïgoures, son marché couvert, ses mosquées. Les brassages humains, les croisements des différents périphériques en construction, les routes qui vont et viennent dans toutes les directions. Tout lui confère une dimension extrêmement graphique. Ici, la Route de la Soie devient une arithmétique spatiale.

Turpan

Peu à peu, l’altitude se réduit et passe en dessous de zéro. la ville est située à moins 154 mètres en dessous du niveau de la mer. C’est le deuxième point le plus bas du monde. Et l’endroit le plus chaud de Chine. En été, la température dépasse aisément les 40° Celsius. Cependant, il faut absolument se rendre dans cette ville qui regorge de merveilles. En dépit de la chaleur, Turpan est une véritable oasis. Vous y trouverez des vignes fabuleuses, de nombreux vestiges de cités anciennes, de grottes bouddhiques.

Kuqa

Il faut s’y arrêter car c’est une ville ancienne et en plein développement. Elle est à la fois la ville pour se rendre à Hotan et à Kashgar. Ancienne cité-État florissante,
Qiuci (son ancien nom) était un centre bouddhique majeur.

Kachgar

Ville aux confins des mondes. Depuis toujours ce nom m’appelle, j’ai toujours été intriguée par cette sonorité lointaine. Si loin, si proche, une douce mélodie.

Arrivée ici, c’est comme être isolée à l’extrémité ouest de la Chine. Ici, c’est être plus proche de Téhéran que de Pékin. La ville résonne des mille couleurs des déserts et des montagnes. Elle a la poussière des siècles, les rires et les chants des millénaires.

Épicentre du commerce et des échanges culturels dans le passé, elle tend à reprendre cette place au coeur de la Route de la Soie moderne. Ici, les artisans sont partout, ils martèlent, cisèlent dans les ruelles, les commerçants vous interpellent. Les bazars s’animent et se colorent de toute part, les charrettes tirées par des ânes traversent la foule. Les odeurs de grillades et les vapeurs de thé se mêlent aux épices, aux bruits de ferraille. Il faut prendre le temps de vous perdre dans ces ruelles anciennes et nouvelles. Prendre un thé et manger des kebabs maison.

Je m’arrête ici pour ne rien révéler des autres villes, des autres secrets bien gardés du Xinjiang et de la Route de la Soie. Cette route doit se parcourir, au fil des milliers de kilomètres, il faut prendre le temps d’un détour, d’un arrêt féérique au milieu d’une ville en construction, qui sera sans doute une étape incontournable de demain. Chaque mètre de cette route regorge de secrets et de mystères. Il faut plus d’un voyage pour en révéler toutes les dimensions. Chaque mètre de la route est entretenu, parfois même en pleine chaleur pour éviter que le bitume ne fonde. Des camions traversent ce paysage, un train apportent au loin des échanges nouveaux. Tout se dessine, tout se révèle en une musique unique. La nouvelle route émerveille. Elle est porteuse de centaines de milliers de projets collaboratifs entre les pays, entre les cultures. Elle tisse des relations et fait germer de nouveaux projets.


Article également publié en version papier dans notre numéro Spécial Nouvel An chinois 2016, maintenant disponible en ligne ici.

chine-info.com

J’aime

Suivez nous sur Facebook chine-info.com

Suivez nous sur Twitter

@chine-info.com

suivre @chine-info.com