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Dorian Malovic

Succès diplomatique de la Chine avec le lancement de la BAII

2015-04-07 11:12:25

Personne ne s’y attendait ! Personne n’y croyait ! Et pourtant c’est un immense succès diplomatique que vient de remporter la Chine. Avec près de 50 pays prêts à rallier sa banque de développement, Pékin a remporté une bataille diplomatique quasiment historique dans la mesure où une telle initiative est sans précédent. Imaginez ! Une puissance mondiale, autre que les Etats-Unis, propose de lancer un projet de Banque Asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII ou AIIB suivant son nom anglais). Et il s’agit de la République populaire de Chine, seconde puissance économique mondiale ! De surcroît, il était difficile de prédire une déferlante de candidatures parmi les pays occidentaux d’autant que les Etats-Unis, depuis l’idée lancée en octobre 2014, exprimaient plus que de la réticence, en menant un intense lobbying contre le projet chinois, accusé par avance de vouloir saper les standards internationaux sur le développement. Aujourd’hui il est clair que la Chine a remporté un grand succès diplomatique. Plus personne ne peut dire « non » à la Chine.

Avec un capital initial de 50 milliards de dollars, la nouvelle structure s'affirme en contrepoids au contrôle exercé par les Etats-Unis sur la Banque mondiale (BM) et -- aux côtés du Japon -- sur la Banque asiatique de développement (BAD). Mais après le ralliement surprise du Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, l'Italie ou encore l'Australie lui ont emboîté le pas, disant vouloir peser sur les négociations préparatoires. Au grand dam de Washington, médusé et impuissant. A la date limite des candidatures le 31 mars, 49 Etats ainsi que Taïwan étaient candidats pour devenir "membres fondateurs potentiels" de la nouvelle institution, dont les statuts restent à définir. Parmi eux, 18 des 34 Etats de l'OCDE.

Etats-Unis et Japon brillent par leur absence, après s'être inquiétés bruyamment par avance d'éventuels standards de gouvernance au rabais. Toutefois, au dernier jour de l’inscription de la candidature des membres fondateurs, les Etats-Unis se sont dit prêts à « accueillir une nouvelle extension » de l’architecture financière internationale a affirmé le secrétaire au Trésor américain Jacob Lew. De retour d’une visite en Chine, il a déclaré à San Francisco que Washington était prêt à accueillir l’AIIB à condition que cette institution « soit complémentaire des autres institutions financières internationales ».

"La Chine est persuadée d'avoir remporté une belle victoire diplomatique. Le fait est que la BAII allait être créée de toute façon, et que (les Occidentaux) ont trouvé plus judicieux d'aider à en façonner le fonctionnement de l'intérieur", a expliqué à l’Agence France Presse Damien Ma, chercheur de l'Institut Paulson à Washington. De son côté, Pékin "veut absolument gagner une crédibilité internationale et obtenir avec la BAII des résultats probants", renchérit Rajiv Biswas, économiste du cabinet IHS. Les Chinois "seront donc heureux de profiter de l'expérience des pays développés". Et vice-versa. Les Européens ne pouvaient pas rester absents d’un tel projet, sous peine d’être écartés d’une des régions les plus dynamiques du monde.

L'enjeu est de taille: l'Asie a des besoins cruciaux d'infrastructures en télécommunications, énergie et transports. Selon la BAD, il faudrait y investir quelque 8.000 milliards de dollars au total entre 2010 et 2020. Mais la nouvelle banque, si elle peut contribuer à combler les déficits d'investissements, sert également des intérêts propres à Pékin qui veut monter une banque de développement des Brics (Brésil-Russie-Inde-Chine-Afrique du sud) et un fonds destiné à financer d'ambitieux projets sur de nouvelles "routes de la Soie", notamment en Asie centrale et Asie du sud.

"La BAII confortera clairement les initiatives de +routes de la Soie+ (...) avec l'idée d'assurer de nouveaux marchés" aux groupes chinois, mais également d'employer à bon escient les massives réserves de devises de Pékin, jugent les experts de la banque australienne et néo-zélandaise ANZ. En butte à la défiance de ses voisins asiatiques, "Pékin joue la carte d'une stratégie de séduction économique, vantant +ses discours apaisés et son épais portefeuille+", commente Damien Ma.

Pour autant, Pékin sait qu'il devra faire ses preuves. D'autant que le bilan des prêts chinois en Afrique et en Amérique latine "est mitigé, avec des projets en faillite ou aux résultats minces", sans parler des dommages environnementaux, insiste Christopher Balding, professeur à l'Université de Pékin. Nombre d'Européens ont averti qu'ils seraient très sensibles aux standards de transparence, d'efficacité et d'environnement au sein de la BAII. Paris et Berlin conditionnent leur participation à la "bonne gouvernance".Et l'afflux des prétendants pourrait compliquer la tâche de la Chine, contrainte de concilier de multiples parties et intérêts.

"Plus il y a de pays à bord, plus ça devient difficile à contrôler, chaque membre espérant raisonnablement avoir son mot à dire", souligne M. Balding. Selon des médias, la Chine aurait déjà abandonné son droit de veto sur les décisions de la banque (Pékin a nié avoir convoité un tel privilège) pour rassurer les Occidentaux. D'un autre côté, la présence des Européens "réduit le danger d'opacité", et la BAII pourrait "contribuer à répandre les bonnes pratiques des pays développés", veut croire Rajiv Biswas. Gage de sa flexibilité et de son ouverture, Pékin a indiqué le 1er avril que la candidature de Taïwan était la bienvenue, quoique "sous un nom approprié", après avoir semblé l'exclure la veille au nom de son principe d'une Chine unique. Cette banque est probablement un des plus grands défis internationaux pour l’image et la crédibilité de la Chine dans le futur.

chine-info.com

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