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Dorian Malovic

[Dorian Malovic] La Chine seule ne peut pas résoudre la crise nord-coréenne

Dorian Malovic 2017-03-23 04:45:15

Au-delà des relations bilatérales classiques sino-américaines, Chinois et Américains se sont engagés ce week-end à Pékin à travailler ensemble pour amener la Corée du Nord à stopper son programme nucléaire et de missiles. Dans un contexte de plus en plus dangereux dans la région nord-asiatique, le Secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson et son homologue chinois Wang Yi ont semblé avoir trouvé un terrain d’entente pour gérer un dossier nord-coréen de plus en plus explosif.

« Nous pouvons choisir de laisser la situation se détériorer jusqu’à aboutir à un conflit, soit revenir sur la juste voie des négociations » a déclaré Wang Yi. « Nous allons travailler ensemble pour voir si nous ne pourrions pas amener le gouvernement de Pyongyang à changer de position (…) et s’écarter du développement d’armes nucléaires » a précisé de son côté Rex Tillerson à l’issue de son entretien avec Wang Yi. « Nous sommes d’accord pour dire que la tension dans la Péninsule est très élevée et que les choses ont atteint un niveau dangereux » a ajouté celui qui la veille encore à Séoul en Corée du Sud, n’avait pas hésité à déclarer que l’option militaire était « sur la table » pour contrer la Corée du Nord.

L’équation nord-coréenne a toujours été complexe depuis la fin de la guerre de Corée (1953) durant laquelle la République populaire de Chine avait engagé des centaines de milliers de soldats dont un des fils de Mao Tsé-toung qui y avait perdu la vie. Près de 70 ans après, le panorama général a été totalement bousculé. L’URSS s’est effondrée, la République populaire de Chine est devenue la seconde puissance mondiale, les anciennes alliances entre les Américains et ses alliés sud-coréens et japonais n’ont cessé de se renforcer, alors que la Corée du Nord, que tous ses ennemis anticipaient l’effondrement dans les années 1990, n’a cessé de se consolider pour devenir de facto depuis 2006 (date de son premier essai nucléaire) une puissance nucléaire.

Le « story telling » américain a toujours voulu faire croire que cet « Etat voyou » menaçait ses intérêts dans la région où les Etats-Unis entretiennent des bases militaires (30 000 soldats en Corée du Sud et plus de 40 000 au Japon). Du point de vue nord-coréen, la menace d’invasion vient des Américains depuis des décennies, et considère que son programme nucléaire est sa seule « assurance vie ». Du point de vue de Pékin, qui a toujours défendu une Péninsule coréenne dénucléarisée, le soutien de la Corée du Nord est également une question de « sécurité nationale ». Encourageant toujours le dialogue, Pékin a dû accepter la fin du « dialogue à six » en 2008 (Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, Etats-Unis, Japon et Russie) car les préalables américain et nord-coréen, pour vraiment s’entendre, restaient inacceptables pour les deux parties.

Washington demande la fin des programmes nucléaires nord-coréens pour dialoguer. Pyongyang demande la fin des manœuvres militaires conjointes sud-coréenne et américaine qui se tiennent plusieurs fois par an non loin des côtes nord-coréennes. Autant dire que personne ne veut lâcher la proie pour l’ombre et que le dialogue est dans une impasse. Mais depuis 2008 la Corée du Nord n’a cessé de progresser et s’affirme clairement aujourd’hui comme une puissance nucléaire avec qui il faut compter. La Chine ne se satisfait pas de cette réalité et le fait savoir depuis longtemps. Du côté de Washington, depuis l’arrivée du nouveau président Donald Trump, la Chine ne fait pas assez pour faire pression contre la Corée du Nord. Autrement dit, la seule responsable de cette situation tendue viendrait de la Chine alors que les Etats-Unis, eux, n’ont cessé de montrer leur bonne volonté.

En réalité, cette « narration » (story telling) part du principe que la Chine devrait totalement lâcher son allié historique nord-coréen, au risque de la voir s’effondrer, afin de régler le dossier nucléaire. Là encore l’exigence américaine est inacceptable pour Pékin. Cette dernière a déjà montré sa bonne volonté en votant les nombreuses résolutions de l’ONU imposant des sanctions contre la Corée du Nord et ce faisant en appelle à Washington pour qu’elle fasse à son tour sa part du travail : relancer un dialogue, qu’il soit direct avec Pyongyang ou avec l’intermédiaire de la Chine. Ce à quoi se refuse Washington qui ne voit absolument pas que la Chine ne peut pas « abandonner » la Corée du Nord et regarder une réunification coréenne se faire sous la direction américaine. A ses frontières du Liaoning et du Jilin, la Chine ne peut se résoudre à voir des troupes sud-coréennes et américaines.

Ainsi, Pékin a souligné une nouvelle fois qu’elle avait suspendu ses importations de charbon nord-coréen, conformément aux résolutions de l’ONU, lançant un message à Washington pour leur dire qu’il fallait faire un effort à son tour. Au contraire, selon Pékin, les Etats-Unis ont joué un rôle dans l’escalade des tensions avec l’installation du bouclier antimissile en Corée du Sud. De toute évidence, la clé du dossier nord-coréen ne repose pas uniquement entre les mains de Pékin mais dans une nouvelle approche américaine de la menace nord-coréenne. Rex Tillerson a bien parlé de « nouvelle approche » durant sa tournée asiatique mais rien de concret n’est vraiment sur la table.

Dorian Malovic

Lecture parallèle :

« La Corée du Nord en 100 questions »

De Juliette Morillot et Dorian Malovic

Editions Tallandier

384 pages - 15,90€

La Corée du Nord défie le monde. L’intensification des essais nucléaires et des tirs de missiles balistiques menés par le jeune leader Kim Jong-un ravive plus que jamais les tensions en Asie du Nord. Systématiquement diabolisée, la République populaire démocratique de Corée reste pourtant une énigme pour les Occidentaux.

Pour dépasser fantasmes et clichés, Juliette Morillot et Dorian Malovic lèvent le voile sur la réalité de cette puissance nucléaire qui inquiète chaque jour davantage la planète. En 100 questions, ils racontent l’Histoire ancienne pour éclairer le présent, décryptent l’impuissance de la communauté internationale face aux provocations de Pyongyang et nous révèlent une société traversant une mutation sans précédent.

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